CONDITIONS DÉLIGATOIRES DES FRACTURES
$ IIL: DE LA SUSPENSION. La suspension, cette troisième et précieuse condition de tout bon pansement des fractures , nous avons vu comment elle s'opère avec l’hyponarthécie, et il ne nous reste qu’à indiquer le mode de la réaliser avec des attelles ou nos gouttières.
S'il s’agit des extrémités supérieures , et des cas les plus ordinaires , on agira comme on fait déjà partout, et l'écharpe ceryico-brachiale continuera de déployer tous ses bienfaits connus.
Mais, s’il est question des fractures très graves de ces mêmes extrémités, où l’écharpe ne peut pas être appliquée d'abord, où le malade est tenu de garder le lit, et où le membre doit, en conséquence, être placé sur un appareil hyponarthécique, on se conduira pour la suspension: exactement comme elle a été indiquée précédemment ;:et aussi long-temps que l’état des parties ne permettra pas l'emploi de l’écharpe brachiale.
On obtiendra la suspension des extrémités inférieures avec un ou deux triangles placés derrière la jambe, et dont les bouts seront noués et réunis ensemble pour être fixés comme une seule anse à la même corde verticale que l’on connaît suffisamment. |
La suspension de la jambe suffit d’ailleurs pour obtenir celle de la cuisse, tout comme on n’applique l’écharpe qu’à l'avant-bras, lors même que le mal existe au bras ou à la clayicule. |
Le volume des extrémités inférieures, leur importance, leur position relative, la difficulté de les manier pour les adapter d’abord à la progression et au moyen des procédés que j'ai fait connaître, la gravité de leurs lésions qui réclament le plus souvent un repos plus ou moins absolu ; telles sont les causes qui, dans les premiers moments, limitent Ja suspension au lit ou sur une chaise, et qui ne permettent que des mou- Yements très restreints, et en dehors de la progression. Ces circonstances particulières, et qui sont inhérentes aux membres abdominaux, nous feront donc un devoir de nous contenter de ce premier mode de suspension pendant un nombre de jours plus ou moins considérable,
Mais, dès que l’état pathologique se sera suffisamment
amendé, et que le premier orage sera passé ou évité, il sera loisible au chirurgien de procurer à son malade tous les avantages de la progression, tels qu'ils sont praticables avec les autres modes de suspension que j'ai indiqués.
Ceci concerne du moins les fractures de la jambe et du pied, et même, soit dit en passant, toutes les autres lésions graves de ces parties , et qui ne sont point compliquées de fractures.
Mais, s'il s’agit d'une cuisse cassée, la suspension clinique, ou sur un fauteuil, ou sur le banc d’une voiture, est seule admissible. Y aurait-il toutefois des circonstances assez favo- . Tables pour que l’on püt et qu’on osât tenter la progression, quoique le membre füt dans la position déclive, et qu’il n’appuyât sur quoi que ce soit? Ou bien encore {ce que je n’ai pas eu occasion d’'expérimenter), pourrait-on pour la progression se confier en une cuisse artificielle, dont le seul point d'appui serait fixé invariablement à l'ischion ?
Ces modes sont possibles assurément, et n’encourront pas le reproche de témérité et d’imprudence, s'ils sont combinés avec un certain degré de solidité dans les fragments , et avec une fracture exempte d'obliquité ; \orsque surtout, par des moyens contentifs bien choisis et judicieusement appliqués, on se sera mis à l'abri de toute ANauE, de tout mouvement des fragments entre eux.
On comprend donc qu’on ne pourra abandonner à la marche tout blessé atteint de fracture fémorale que long-temps après l'accident. Mais ne fût-ce qu’à la troisième, quatrième ou cinquième semaine, cette concession sera toujours un gain, un. précieux refage, dans certains cas de nécessité absolue, et dans maintes circonstances imprévues.
“Et qui ne voit d’ailleurs que, même après quarante et plus de jours, ces modes de progression pourront avoir de très grands avantages ; que Ces premiers pas ainsi protégés n’empécheront pas le cal d'acquérir définitivement toute la solidité désirable ; qu’on aura, de cette manière, des garanties de
plus, pour attendre, patiemment et sans crainte, ces heureux. résultats?