‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 68 sur 84 · DU TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS, OU MALADIES DE LA COLONNE VERTÉBRALE · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS, OU MALADIES DE LA COLONNE VERTÉBRALE

ARTICLE Îer, Considérations générales.

Depuis nombre d'années je n'ai cessé de continuer mes essais de traitement des sibbosités rachidiennes, Je me suis surtout appliqué à rattacher ce traitement à des principes faciles à saisir, à le mettre, par conséquent, à la portée de tous les praticiens, au niveau de {outes les fortunes; en un mot, à populariser son utile et indispensable application.

Mes motifs sont les suivants :

10 Tous les traités de chirurgie se taisent sur cette matière;

90 Les chaïres et les cliniques chirurgicales laissent les élèves dans l'ignorance complète des ressources de l'art, contre ce genre d'affection ;

30 Les hôpitaux, ouverts si largement à toutes les autres maladies osseuses, n’admettent pas celle qui nous occupe ;

ko La plupart des praticiens n'ont pas d'idées arrêtées sur son traitement, et celui-ci est presque exclusivement réservé à quelques grands établissements ;

5oCes derniers sont trop clair-semés ; ils ne sont guère accessibles qu'aux riches, et encore ont-ils l'inconvénient d'enlever pendant quelques annéesles jeunes personnes à leurs familles ;

6° Les médications propres à combattre les incurvations rachidiennes n’ont cependant rien dé trop spécial, et peuvent se rapporter à celles en usage contre les mauvaises directions, les sonflements , les fausses ankyloses et les fractures des extrémités :

To La diversité, des moyens et le temps qu’exige leur application ne dépendent guère que de la disposition différente des parties et de quelques difficultés de détail, faciles à apprécier et surmonter ;

8o Les préceptes et les appareils applicables au traitement des courbures de l'épine dorsale, peuvent être rangés dans les règles communes de la thérapeutique chirurgicale ;

90 fl est donc possible {et je pourrai en donner plus d’uné preuve) de traiter à domicile un certain nombre de déviations du rachis, comme on y traite une foule d’autres maladies graves et de longue haleine.

Le traitement des tailles contrefaites doit en effet rentrer dans: le domaine médical, aussi bien que celui des autres

maladies des os ; car les affections rachidiennes se rattachent aux mêmes principes : on peut les traiter par des moyens analogues; les agents orthopédiqües nécessaires à ce traitement peuvent être mis à la portée des classes peu fortunées et même indigentes ; et il n'est nullement nécessaire que ces appareils soient compliqués , presque MUNPNIEUTS et si diffi= ciles à manier, qu'on né puisse y parvenir qu après en avoir fait une Hague étude.

Il faut pourtant l'avouer, cette classe de maladies réclame les pansements et les appareils les plus difficiles, les plus compliqués et les plus complexes. La partie déligatoire qui les concerne comprend en effet presque toutes les autres, et est en quelque sorte le complément ou le résumé de tout ce que jusqu'ici j'ai exposé et démontré en fait de déligation,

Ainsi, elle exige à la fois des liens divers et plus d’une modification spéciale , la compresse graduée, bien entendue, largement; et judicieusement conçue, et tellé que je l’ai présentée pour la compression des mamelles, et pour la confection des bandages herniairés ; enfin , elle réclame l’application de la plupart des principes qui président à l’hyponarthécie et à l’action des attelles.

Les soins sont d’ailleurs plus prolongés, les pansements plus longs et plus minutieux, que pour toute autre lésion chirurgicale ; outre que des exercices particuliers, uné gymnas- ‘ tique spéciale et même clinique sont souvent derigueur , et

que l'ensemble de la constitution exige parfois toute la science et tous les moyens du médecin proprement dit.

Je n'ai pas, au demeurant, à m'occuper ici de ces derniers ; car tout mon rôle consistera à indiquer tant seulement lé

-ens déligatoires qui peuvent être applicables aux gibbo-

n0% © TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS.

sités thoraciques. Mais ma tâche en sera déjà assez bellé et suffisamment lourde; je ne serai même point surpris qu'on la trouve beaucoup au-dessus de mes forces, et trop rude

pour mes moyens.

Quoique les difficultés dans le but d’asseoir la théorie et la pratique du traitement des déviations spino-costales soient bien réelles , je n’y découvre cependant aucun motif pour les

soüstraire au jugement et aux mains intelligentes du plus grand nombre des hommes de l'art. La plupart des maladies graves ne sont-elles pas du ressort de toutes les classes de médecins? Malgré leur apparence fâcheuse, ne sont-elles : pas traitées et quéries tous les jours par des hommes de moyenne capacité? et ne serait-il pas étrange et déraisonnable de ne vouloir confier qu'aux notabilités de l’art les soins qu'elles réclament? Les fractures compliquées, les commotions cérébrales, les lésions artérielles , l'extraction de cer— tains corps étrangers, les inflammations de poitrine, les apoplexies , les fièvres typhoïdes , etc., n’appartiennent-elles pas de droit à la généralité des praticiens ?

Convenons plutôt que si même tous ces maux dangereux et de difficile curation relèvent en général du for d'hommes supérieurs, ils peuvent néanmoins et doivent être fréquemment abandonnés au gros bon sens et aux lumières d’individus moins haut placés dans la hiérarchie médico-chirurgicale. Ajoutons que des résultats heureux et incontestables parlent en faveur de cette nécessité, et que des succès obtenus par des mains et des intelligences de médiocre portée légitiment suffisamment cet. abandon aux yeux de la raison et de l'humanité.

Il n’en est pas moins vrai que le traitement des bnsités } de celles tout particulièrement qui sont graves, invétérées , opiniâtres, et qui, par conséquent, exigeront des soins assidus et bien dirigés ; que ce traitement ne pourra être mieux entrepris et couronné de plus de succès que dans les établissements spéciaux. que dirigent des hommes habiles et versés

dans la matière.

La première chose à faire quand on est De pour une sibbosité, c'est de constater le mal. Si, le plus souvent, cette affection est facilement reconnue , et par le premier venu, il

peut aussi y avoir illusion dans les deux sens opposés, c’està-dire qu’on ne soupçonnera pas le mal quand il est déjà fort avancé, ou qu'on le traitera comme tel avec toute la vigueur possible, quand il n'existe pas la moindre altération dans la taille.

Il importe d'ailleurs: qu'on ait, pour soi comme pour les parents des jeunes mälades, des données précises sur l'étendue. de l'affection , afin que le point de départ une fois bien établi, : on puisse plus tard déterminer exactement aussi lequel des trois résultats suivants se prononcera : lequel de l’état stationnaire, du progressif ou du rétrograde, existera lors d'un nouvel examen.

Le moule en plâtre semble être pour ce dernier objet et pour tout le monde Je moyen par excellence, et on y a généralement recours. Mais il a les inconvénients suivants : 1° il est plus ou moins difficile à établir ; 2e il n’est pas à la portée de chaque praticien ; 3° il ne convient pas à tous les sujets et en tous temps; #° il force à répéter l'opération chaque fois qu’on veut juger de l'effet des moyens employés; 5o il prête à la supercherie ; 6° il n'offre que des aperçus vagues et approximatifs; et 7° il n'exempte point des autres moyens de mensuration, îes seuls auxquels on doive se fier lorsqu'il s’agit d’avoir des données déterminées, et exprimées par des chiffres: :

Ce n’est, en effet, que par des mesures prises avec exactitude qu'il est possible de préciser les diverses incurvations rachidienpes et costales qu’on a sous les yeux; et si, sans aucun doute, on peut les prendre sur du plâtre moulé, il est bien plus simple de procéder tout d’abord sur la nature ellemême. Ce dernier mode a d'ailleurs cet avantage, qu'il permet de le réaliser de suite rapidement, et aussi souvent qu’on le croit utile ou nécessaire.

Pour procéder assez bien et sans embarras à cette investigation préliminaire, on n’a besoin que d’un gros fil ou d’une ficelle, et d'un compas d'épaisseur.

Le fil est destiné à indiquer le degré de rectitude ou de déviation du rachis; et pour cet effet on l’étend sur ce dernier, depuis la saillie de l’une des apophyses épineuses cervicales jusqu'au raphé. Ainsi tendu, il sera comme couché en ligne

. droite sur l'extrémité de toutes les apophyses épineuses , si du moins la colonne vertébrale a elle-même sa rectitude normale, et on pourra facilement s'assurer de cette position respective en passant et pressant le doigt le long du fil.

Mais si, au contraire, il existe une anomalie dans la direction de l’épine dorsale, elle se décèlera tout aussitôt par la manière sensible dont une ou plusieurs apophyses épineuses se dévieront et s’écarteront du fil. Or, en les suivant avec le doigt dans leur changement de direction , il sera facile de re+ marquer qu'après avoir décrit une ligne courbe, un are quelconque en dehors, les saillies vertébrales rejoignent insensiblement le fil pour le déborder le plus souvent encore, maïs du côté opposé, et y décrire également un arcen sens inverse du précédent. C’est là ce que l’on connaît sous les noms de double courbure, ou de courbure sygmoïde.

L'un de ces arcs superposés est assez constamment la conséquence de l’autre, sans qu’on puisse constater toujours quel est celui qui a débuté. Il en existe quelquefois jusqu’à trois, dont le premier s’est presque constamment éiped vers les vertèbres cervicales.

Pour mesurer la longueur ou la corde de chacun de ces arcs; en d'autres termes, pour préciser leur étendue sur le rachis, on s’y prend comme suit : on trace à la plume et sur. le fil, tendu comme il a été dit, l'endroit précis où mn + l'é-

cartement, et celui où ce dernier finit lorsqu'il rentre immé-

diatement sous le fil. La distance des deux traits exprimera la longueur de la partie arquée, et en même temps le nombre plus ou moins considérable des vertèbres qui se trouvent déviées de leur situation normale. Le fil représentera donc ici et presque à la lettre la corde de cet arc. La plus grande distance qui existe entre le fil ou la ligne médiane et la vertèbre la plus déviée doit s’estimer avec le compas, dont une des branches sera appliquée sur ie fil, etl'autresur lapophyse : qui en sera plus éloignée. e On peut rendre ou formuler ces mensurations, prisés tant sur la longueur que sur les côtés du fil, par trois lignes tracées sur du papier. La première sera droite, dans le sens de la | longueur et de la direction qu'avait le fil, et représentera la longueur et la direction que devrait avoir l’épine du dos, si

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. 407 elle n’était pas affectée. La seconde sera courbe, et retracera la déviation actuelle du rachis, avec ses points d'intersection sur le fil, c’est-à-dire sur la première ligne. La troisième sera transversale, et désignera l'intervalle qui se trouve entre cette même ligne médiane et le point latéral le plus dévié du rachis. — On la désigne par le nom de flèche.

On peut encore se contenter de simples chiffres, dont le :premier indiquera la longueur du fil ou du rachis; le second, ‘étendue des arcs de tel point à tel autre ou la corde de l'arc; et le troisième, la plus grande distance de ces mêmes arcs au fil vertical ou la longueur de la flèche.

On fera bien du reste de cumuler ces deux modes , puisqu’on aura sous les yeux, de cette manière et tout à la fois, des figures linéaires quireprésenteront assez bien la nature

et l'étendue du mal, et des chiffres qui marqueront la valeur de ces traits.

. Aucune des pièces qui constituent la colonne épinière ne peut se dévier ni changer de place, sans qu'il s’opère à l'instant même des changements très considérables, à droite et à gauche, sur les parties environnantes etqui sont annexées au rachis. Îl y aura des saillies, des reliefs, des renflèments, sur:les points qui correspondront à la convexité des arcs précités, et au contraire des enfoncements , des dépressions , vis-à-vis de la concavité de ces mêmes arcs.

Ces désordres latéraux sont très apparents, etne semblent nullement en rapport avec la cause qui les a produits, avec la déviation souvent peu manifeste des vertèbres. C’est que les changements en sens contraires sont d'autant plus enévidence , et se dessinent d'autant mieux en bosses et en excavations fâcheuses , hideuses même, qu'elles sont placées précisément en face et en regard les unes des autres. Les unes seront done d'autant plus en lumière , que les autres auront un aspect diamétralement opposé, et leur position symétrique recevra par là un double et plus notable échec.

Ces anomalies sont le résultat d'arcs anormaux que Lien vent les côtés, lesquels sont beaucoup plus prononcés que dans l’état naturel, du côté de la convexité rachidienne,, et au contraire presque. effacés du côté opposé. Cette coïnci-

dence bien constatée a une si srande portée pratique , qu il vaut la peine de s’ y arrêter. :

Voici donc ce qui se passe dans ces diverses incurvations spino-costales : la courbure latérale a pour effet immédiat de repousser de la ligne médiane l'extrémité postérieure de celles des côtes qui s’attachent à la partie convexe du rachis, et d'augmenter par là leur incurvation et leur saillie vers la région latérale et postérieure du thorax. On comprend aisément cet excès de courbure costale ; car si l'extrémité sternale de ces mêmes côtes reste immobile, la partie moyenne sera forcée de se courber, en présentant un renflement irrégulier. qui varie chez presque tous les individus.

Les têtes des côtes opposées sont au contraire attirées d'abord vers la ligne médiane ‘et puis successivement entratnées plus loin que cette ligne , en obéissant à la déviation des vertèbres, et en suivant la concavité que ces dernières décrivent, lorsqu'elles se portent au-delà du lieu qu’elles occupaient. Ces côtes doivent donc se trouver notablement redressées et déprimées , et les arcs qu’elles forment répondront à des segments de cercle PAESRE plus grands que dans l’état normal.

C’est par cette différence ‘radicale des courbures costales de l’un et de l’autre côté, que s’expliquent la saillie de l’une des omoplates et sa position plus élevée ; ainsi que l’abaissement du scapulum opposé et sa dépression manifeste. En un mot, c'est par la coïncidence de ces courbures en plus d’un côté; et en moins de l’autre; qu'on se rend raison d’un mal grave , lors même que sa cause paraît légère, ou que “épine dorsale n’est que fort peu déviée.

On peut rendre sensible au moins intelligent cette marche pathologique des côtes, par un moyen bien simple.

Figurez avec un fil métallique une coupe horizontale de - Ja poitrine ; faites ensuite avancer vers l’un des côtés Ja partie qui doit représenter la région rachidienne, et vous verrez à l'instant le demi-cercle de ce côté-là se courber once / tandis que le demi-cercle opposé s’aplatira et s'affaissera en s'étendant. Vous pourrez imiter en même temps et assez bien les changements successifs et inverses que doivent éprouver ces deux demi-cercles, lorsqu’en pres-

sant sur celui qui est renflé, l’un et l’autre reprendront leur forme primitive , et que la vertébre qui est censée déviée rentrera à sa place.

Un autre moyen plus simple pour exposer la formation du mal est le suivant. Placez les bouts des quatre derniers - doigts de vos deux mains les uns contre les autres, et vous aurez, S'ils sont recourbés, le simulacre d’une coupe horizontale du thorax, et celui d’un tronçon de ce dernier avec quatre côtes de chaque côté. Figurez-vous que les ongles sont les vertèbres , et qu’ils sont placés à l'endroit où les côtes s’attachent au rachis. Poussez maintenant un ou deux de ces doigts sur ceux du côté opposé , de manière à les refouler , et vous aurez ce qui arrive dans les déviations rachidiennes , lorsqu'une ou deux vertèbres sortent de leur alignement normal. Vous produirez donc à l'instant d'un côté l'extension graduelle des doigts, avec leur abaissement audessous du nivéau des autres, et vous remarquerez, du côté opposé, que les doigts correspondants se seront courbés davantage, et qu'ils feront saillie en dehors de ceux qui les touchent.

Forcez encore cette position respective des dois en question , et vous verrez que les uns seront amenés à l'extension parfaite, tandis que les autres se courberont de plus en plus; qu'ils deviendront difformes , anguleux , et que leurs extrémités se trouveront considérablement rapprochées.

- Telle est exactement la marche des côtes dans les déviations vertébrales , et telle est aussi approximativement la figure qu’offrent les arcs costaux dans ces mêmes déviations.

On: voit donc ce que nous aurons occasion de mentionner encore : c’est que, dans le traitement de ces affections , il ne . suffit pas d'agir sur la colonne. vertébrale seule, et de repousser à leur place les pièces qui en sont sorties ; mais qu'il faut encore, d’une part redresser des arcs costaux, et d'autre part en reconstituer de nouveaux avec ceux qui se sont déployés en ligne plus ou moins droite.

Du reste , l'ajustément des doigts, ainsi que les courbes avec le fil de fer, peuvent servir encore pour avoir une idée assez nette de la mensuration avec le fil et le compas, et des résultats qu’on peut obtenir par ces deux moyens.

Quoi qu'il en soit, ce sont ces désordres consécutifs qui

frappent seuls d'abord , ceux auxquels le vulgaire s'arrête tout premièrement, et qu'il convient de constater et de me- Surer avec exactitude. :

Le compas d'épaisseur vient ici à notre aide ; ‘et en plaçant ses branches, l’une sur le fil, etl'autre ARE sur les deux côtés du thorax ou des lombes , nous aurons , avec une plusgrande ouverture du compas, une protubérancemanifeste des côtes , et avec un moindre écartement de ses branches, un déficit sensible dans la saillie costale. Notez donc ces différences relatives avec des lignes ou des chiffres, ou plutôt avec ces deux moyens réunis, ainsi que je l’ai dit plushaut.

L'omoplate, du côté de la convexité rachidienne, sera surtout sensiblement plus soulevée que l'autre, et l'abaissement ou l'enfoncement de cette dernière contrastera d'autant plus péniblement. Mesurez donc cette différence réciproque avec Île compas d'épaisseur , et pour cet effet placez-en successivement l’une des branches sur la partie la plus saillante de chaque scapulum, et faites arriver l’autre branche vis-à-vis de la première et vers un des points de la région mammaire. Prenez également notedeces différentes données.

Multipliez au besoin vos recherches comparatives , vers le bassin , par exemple, pour établir la distance de la crète de l'os des îles à l’aisselle, de l'un et de l’autre côté, vers le sternum, les lombes, etc. Mais ayez soin, avant tout, de faire participer à vos différentes opérations les parents ou les personnes intéressées, et ne manquez pas de leur donner un double de vos dessins et de vos chiffres. Ces pièces leur serviront de conviction et en même temps de contrôle, ainsi qu'à vous-même.

La position à donner au sujet pour prendre ces mesures, consiste à le faire coucher et courber en avant afin de faire saillir les vertèbres , et de placer d’ailleurs les extrémités, tant supérieures qu'inférieures, de manière à obtenir le véritable état des choses , à ne tromper personne, et à ne pas se créer à soi-même des illusions.

On fera bien de procéder à quelques unes de ces Mmensura— tions en plaçant debout l'individu qui fait le sujet de ces examens comparatifs. |

Sijeme suis par trop étendusur ces données préliminaires, c'est qu’elles établissent nettement plusieurs points de pratique sur lesquels je dois revenir, et qu’elles me serviront plus tard pour de nouveaux développements. :

: La distinction à faire et la connexion qui existe entre les ares rachidiens et costaux sont importantes à étudier et à saisir. Elles constituent évidemment la base de tout traitement orthopédique. bien entendu. Car nous voyons tout d’abord que la question de ce traitement est complexe; qu’il s’agit de redresser les uns et les autres de ces arcs, et de faire la part de l'état de l'épine et celle de la différence d'incurvation qu'on remarque entre les côtes de l'un et de l’autre côté.: De là les indications à remplir et les moyens à combiner; de là le précepte de faire porter les agents curatifs sur l’ensemble des pièces qui constituent le tronc, de manière à les ramener simultanément et par une marche inverse et rétrograde, au point où elles étaient avant leur déviation.

L'observation de tous les jours atteste la puissance de l'art pouratteindre ce but ; et nul doute qu'on arrivera à des résultats de plus en plus brillants , à mesure qu'on saura mieux combiner les indications avec les ressources de la mécanique et-de la physiologie.

Mais jusqu’à quel:âge peut-on rem de traiter avecsuccès les difformités de la taille ?

Il est inutile de dire que plus le sujet sera jeune, plus le mal sera récent et léger, et plus aussi on aura de facilité d’arriver au but; queles chances favorables seront, d’ailleurs % en raison directe de la perfeëtion des appareils , des soins qu'on apportera à les placer et modifier , à les rendre supportables , etc:, etc.

Sous ce dernier rapport, je crois faire une part suffisante aux moyens connus etemployés jusqu'ici, en admettant qu'ils ne peuvent être dirigés avec quelque espoir de réussite que lorsque le sujet sera au-dessous de dix-huit ou de vingt ans, et que la gibbosité ne sera pas très considérable. Mais , avec l'ensemble et l'énergie d'agents plus convenables , avec de la persévérance, de la suite, du cou irage , de l'intelligence, etc., on peut affirmer q'UA TOUT AGE , ot quelle que soit l'étendue des désordres, on peut compter sur un résultat plus ow

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moins progressif, mais dans un temps plus ou moins long.

On sait, en effet, que les os les plus durs finissent par cé= der lorsqu'ils sont sous l'influence d’une cause qui agit sans cesse , quoique assez légèrement.

Voyez, par exemple, le sternum et les côtes dans l'anévrysme de l'aorte, le crâne dans les fongus de la dure-mère.

Que devient le vieillard dont les muscles affaiblis ne peuvent plus tenir la colonne épinière en équilibre? Il se voûte sous le poids seul de la tête, ou du laisser-aller.

Qu'arrive-t-il aux hommes les plus forts lorsqu'ils ‘sont pliés dans une attitude forcée et toujours la même ?

En revanche , reconnaïit-on les campagnards ( naguère courbés sous l'influence de rudes et longs travaux) lorsqu'ils ont été quelque temps seulement sous celle de la D militaire ? 2 |

Les bosses occipitales diminuent setisibfemence diteoh ; après la perte des testicules et par le simple affaissement du cervelet.

Les dentistes nous diront comment les dents se dévient à tout ge parles plus petites causes, et comment avec de faibles moyens ils les ramènent au gré de leurs-désirs.

Mais , ce qui se rapporte plus particulièrement à notre sujet , qu'observe-t-on, à tout âge encore , auxcôtes’ et à la colonne vertébrale des individus auxquels on a fait l'opération de l'empyème ? La solidité de l'une et l'élasticité remarquable des autres ne peuvent résister dès que le faible-appui du poumon leur manque et qu'il'se fait un vide permanent au-dessous de ces parties :êlles s’affaissent ausshtôt."

Enfin , que n’obtiennent pas les orthopédistes sur d’autres régions de la charpente osseuse, avec tous leurs moyens si sagement distribués , et que nous allons employer également

contre l'affection qui fait le sujet de ce mémoire? :

En face de ces faits nombreux, n’est-il pas permis de croire que, s’il est donné à l'art de pouvoir diriger des efforts con stants et plus ou moins énergiques vers un but bien déterminé, il ne J'atteigne enfin et plus où moins bien ; et qu’il l’atteindra d'autant mieux qu'il s’agit ici de pièces mobiles, flexibles et disposées à céder sous l’action des corps étrangers?

Mais que doit être cette action , et comment faut-il qu'elle

TRAITEMENT DES GIBROSITÉS. « :13

s'exerce contre les gibbosités et en faveur de leur redressement ? Je l'ai déjà dit : on l'a dirigée long-temps et uniquement sur la saillie costo-scapulaire ; et après s'être enfin convaincu que ce mode, tel qu'il a été employé jusqu’ici, était le plus souvent, son impuissant, du moins très peu actif, on a changé de système. On s’est donc imaginé qu’on serait plus heureux si l’on tournait toutes ses vues et tous ses efforts vers la cause première de la difformité, et si l’on cherchait à redresser directement la colonne vertébrale.

Aux pressions sur la gibbosité ont donc succédé les trac tions sur l'épine dorsale , et ces dernières ont ainsi prévalu dans la pratique, depuis que le célèbre mécanicien de Würz--

bourg y a eu recours et les a préconisées. |

Mais on ne s’est point aperçu qu’à côté d’un principe incontestable, on mettait pour le réaliser le mode le plus défectueu x possible. Du reste, il ne s’agit pas de faire l'extension de l’épine du dos seulement, puisque son incurvation n’est qu'un des éléments qui constituent les gibbosités latérales.

Il faut, dans le traitement de ces gibbosités, obtenir nécessairement les trois objets suivants :

1° La rétrocession et Le redressement de la pédiie viciée de la colonne épinière ; 2° le redressement des arcs costaux, du côté convexe de cette colonne; et 3° le retrait et l’incurvation, à nouveau, des côtes qui correspondent au côté concave.

Ces trois opérations sont indispensables ; et pour qu'elles soient favorables au succès, elles devront se faire simultanément et marcher de front. Car, si l’une reste en arrière , les deux autres seront arrêtées, et leur marche vers la ésison sera enrayée, comme par l'effet d’une force d'inertie. |

Telle. est la coïncidence des changements divers qu'il est important de produire dans les trois parties du squelette thoracique. On ne doit jamais la perdre de vue, et c’est à l'obtenir aussi bien que possible que doivent tendie les agents mécaniques.

Heureusement qu'il est possible d'établir une coïncidence d'effets entre chacun de ces moyens, c'est-à-dire que si l'un d’eux agit directement contre tel ou tel des trois obstacles à la guérison duquel il est préposé, les deux autres se

Eh | TRAITEMENT DÉS GIBBOSITÉS.

trouveront par là avantageusement modifiés, et chacun dans sa sphère d'activité.

Le meilleur système thérapeutique des gibbosités sera done celui qui permettra à chaque objet de tendre librement vers un but commun, et à tous les agents de se prêter mutuellement un secours efficace , un énergique appui.

Afin de mieux déterminer en quoi doit consister cet accord réciproque , et par quel appareil on pourra l'obtenir, je dois revenir encore sur l'aspect du mal à corriger, sur sa nature et sur les indications qu'il présente.

De quoi s'agit-il dans le traitement des défectuosités qui nous occupent? Si l'on a bien saisi ce que j'ai dit de l'état de la charpente osseuse dans les vices de la taille, on se rappellera que le rachis se présente sous la forme d’arcs anormaux ; que les côtes , d’un côté , sont sensiblement plus arquées qu'elles ne devraient l'être ; et que celles du ect opposé le sont beaucoup moins que fe premières.

L'indication consistera donc : 1° à redresser l'arc de l'épine dorsale, placé dans le sens de la ligne médiane ; 26 à faire la même opération sur les arcs costaux qui font saillie en travers, et quisont en quelque sorte perpendiculaires au segment de cercle précédent ; et 3° à fléchir davantage, au contraire ; les côtes opposées, afin de rétablir leur forme arquée primiuve.

Le redressement d’un arc {et c'est'ici la chose importante) s'obtient de deux manières différentes. Supposons une baguette courbée , qu’il s’agit de ramener à la ligne droite. L'homme le plus borné ne balance jamais : il la saisit par ses deux extrémités, et tandis qu'illes attire dans un même sens, il repousse en sens opposé le point central et convexe de cet arc, jusqu’à ce que la baguette soit redressée, ou plutôt jusqu’à ce qu’elle soit courbée dans un sens différent.

C'est qu’en effet ce mode est le plus simple, le plus naturel, le plus expéditif et le plus énergique.

La seconde manière de redresser un arc, consiste à tirer sur ses deux extrémités en sens inverse aussi, tout comme on fait l'extension et la contre-extension lors de la réduction d'une fracture, ou comme on étend un bout de fil en l LES droite.

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS, : De à |:

Ce mode ne pourra réussir que lorsqu'il s'agira de cou: bures peu ou point résistantes, ou de corps souples, parce qu'il est peu énergique, et que ses effets’ ne sont point en rapport avec les efforts violents auxquelsil donne souvent lieu.

C’est cependant celui auquel, à l'exemple de Heyne, on a donné la préférence dans le traitement des courbures costovertébrales. Ainsi, c’est sur la tête d’un côté, et sur le bassin

de l’autre , qu’on exerce presque toujours ces tractions inverses , et sur lesquelles on fonde ses espérances. Mais notez qu'à côté de leur presque nullité, ces tractions ne se font qu'avec des machines très compliquées et dispendieuses ; que leur application est souvent douloureuse, quelquefois dangereuse, et qu'elles ne peuvent guère être confiées qu’à des personnes intelligentes, prudentes, et qu'on a eu grand soin d'instruire et de former par des exercices is ou moins longs et suivis.

Si, dans le traitement des gibbosités, 1l n’était pas possible de faire autrement, il faudrait sans doute se résigner à ces inconvénients, et s'appliquer à les rendre moins graves et : plus supportables..

Mais , déjà en 1829, dans le tome XIII du Journal des Progrès, j'ai démontré combien il est facile d’agir d'une manière plus simple et plus rationnelle, et de faire coïncider les moyens curatifs avec la nature du mal, la pratique avec la théorie.

J'ai assimilé la courbure rachidienne à une fracture des extrémités , et cette heureuse comparaison a eu pour résultat immédiat, non seulement de me révéler le meilleur mode de traitement , mais encore de faire le rapprochement suivant, qu’il est de la plus haute importance de ne pas perdre de vue. Tout comme chaque os fracturé doit rester constamment dans . l'appareil jusqu’à ‘parfaite guérison, de même il faut, pour la bonne règle, que le moyen employé pour redresser l'é- -pine dorsale et les arcs costaux ne cesse son action que lorsque la guérison sera obtenue, et que , jusqu'alors, les points viciés soient toujours et convenablement appuyés et soutenus. = Cependant presque partout on néglige ce précepte essentiel ; aussi le traitement des vices de conformation de la taille est fort long et le plus souvent imparfait. Car on est obligé de

parer à cette négligence, et de regagner un temps perdu par sa faute , en retenant plus long-temps sur l'appareil les sujets qu'on veut absolument redresser. En effet, si pour prendre les repas, des leçons, et pour faire des promenades et des jeux , on quitte les moyens curatifs, même momentanément, il en résulte un retour rapide et manifeste vers le déjettement : un véritable mouvement rétrograde, contre lequel

il faut sans cesse se mettre en garde, et recommencer toujours une lutte à nouveaux frais.

Une condition essentielle du traitement dont il est ici question, sera donc de pouvoir agir, toujours et sans désemparer, avec toute l'énergie désirable , sur la cause et sur les EFFETS du mal.

La cause, avons-nous dit, est la courbure anormale de la colonne épinière , et l’un de ses effets immédiats , la saillie des arcs costaux d'un côté, et la proéminence de l'omoplate COrrespondante.

Arrêtons-nous un moment à cet état des côtes et de l’omoplate , et mettons-nous à la place de ceux qui, entrevoyant tout le mal dans cette protubérance costo-scapulaire, n’indiquent et ne recommandent de machines et de procédés que . contre ce symptôme seul.

Au nombre des agents divers qu'on a mis en usage, je ne citerai que certains corsets compressifs, et le conseil mis en pratique de faire coucher le sujet affecté sur le dos et sur une planche, ou sur tel autre corps résistant.

Ces moyens propres à faire, dit-on, rentrer la bosse, ont sans contredit opéré bien des guérisons, ou amené du . moins des amendements notables dans maintes circonstances. On le conçoit; car en agissant dans le but de refouler les côtes trop arquées, celles-ci à leur tour tendent à réagir sur les vertèbres déviées et à les repousser vers la ligne médiane.

Je signale ici cette action salutaire d’une cause faible sans doute , mais qui, si on la suppose sans cesse agissante, doit avoir un résultat incontestable, et j’en prends acte pour expliquer les effets bien autrement énergiques de mon moyen et pour en faire ressortir l'à-propos.

Par cetté répulsion d’arrière en avant sur la grande convexité costale, on atteint deux buts à la fois. Le premier, dar

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉSS | RAT gir évidemment contre la cause même du mal, étle second, de combattre son effet et de le corriger directement. Par cet heureux enchainement, la médecine des symptômes , lorsqu’elle est dirigée contre des effets , se trouve donc ici hostile à la cause même qui les a produits, et elle aide ue à emporter radicalement cette dernière.

Cette considération est importante et doit engager le praticien à ne négliger aucun des phénomènes qui se présentent, dans le mal dontil s’agit, et à les combattre toujours avec soin, quelle qu’en puisse être la cause. Il y aura donc autant d'indication à remplir que d'anomalies aperçues , autant de moyens curatifs différents que de faces diverses sous lesquelles se présentera l'affection primitive , ses suites ‘èt tous ses accessoires. C’est là un axiome en orthopédie, et qui semble avoir été perdu de vue par les partisans de l’extension de la colonne vertébrale.

Le principe opposé : sublatd causà , tollitur effectus, serait presque toujours d'une application fausse et perfide ; car nous n'avons guère à lutter que contre des effets quelcon-, ques. Il est vrai toutefois que nous pouvons nous retourner sans effort, en accusant hautement tous ces effets-là d’être les causes des difformités que nous devons combattre.

Indiquons en conséquence et rapidement les désordres les plus ordinaires et les plus saillants qu'on observe dans les gibbosités, et mettons de même brièvement en regard les indications générales, les moyens réparateurs et les modifications que ceux-ci peuvent réclamer. Formulons en un mot l'ensemble de nos besoins et de nos agents divers , en les rattachant à quelques données clairement énoncées et précisées. Ainsi donc :

I. La colonne épinière , qui se trouve déjetée latéralement, exige qu’on la ramène à la ligne droite, par le même moyen qu’on emploie pour redresser un arc. Pour cet objet, on pres: sera sur sa partie convexe , tandis que ses extrémités seront dirigées dans un sens diamétralement opposé.

IT. La saillie costo-scapulaire réclame une forte pression par derrière , et celle-ci aura lieu, directement et immédiatement , sur tout l’espace soulevé, et en mettant largement à profit le principe de la compresse graduée.

III. Le côté opposé au contraire doit, à cause de sa forme concaye , être mis à l’abri de toute espèce de compression ; et cette protection lui sera assurée au moyen d’une petite béquille, qui lui permettra de se relever au fur et à mesure que disparaîtront les anomaliesinverses du rachis et des côtes.

IV. À la convexité latérale et sous-axillaire on opposera une compression cireulaire, dont le point d'appui sera la même béquille qui vient d’être indiquée.

V. La tendance qu'aura une épaule à s’abaisser au-dessous du niveau de l'autre, devra être réprimée par la susdite béquille axillo-pelvienne , dont le point d'appui pourra être reporté sur l'épaule opposée au moyen d’une espèce de petit baudrier. |

VI. Le défaut de symétrie des hanches sera combattu par cette même béquille, et par d'exercice judicieux des extrémités inférieures.

VIL. L'exercice et la gymnastique clinique seront calculés de manière à favoriser constamment, et à exalter même l'action des agents ci-dessus mentionnés.

VIE. Tous les liens qui seront nécessaires pour assurer le jeu-de ces agents et pour agir eux-mêmes ne devront jamais blesser ni comprimer les seins : la poitrine et le bassin seront également l'objet de ménagements et de soins particuliers. On protègera chaque partie, ettousles mouvements du corps et des membres devront.pouvoir s'exécuter toujours et avec assez de facilité, le jour comme la nuit.

IX. Des massages et des frictions convenables aideront l'action des moyens mécaniques.

X.. Toutes ces'choses enfin seront simples etfaciles à saisir, afin qu'elles puissent toujours être mises à la portée de toutes les classes de la société, enseignées et pratiquées dans les hôpitaux, comprises par la pape | des hommes.de J art et par les élèves.

Prouvons maintenant que toutes ces exigences pratiques ne sont ni un vain programme, ni des utopies , et parcourons ces propositions fondamentales dans l'ordre suivant, selon que je.viens de, les présenter.

. Mais. je dois. avant toutme permettre.une petite digression. Tout ce qui concerne la déligation.en général, et Les moyens

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. 19 orth6pédiques en particulier , repose sur les principes bien arrêtés de la mécanique. Ils sont connus dés chirurgiens , ou doivent l'être plus ou moins. Aussi je me contenterai d'appeler Pattention des praticiens sur cette condition sine qu % non et toute vifale du mécanicien, LE POINT D'APPUI.

Dès que celui-ci est donné ou qu'il peut être pris , l'artiste adroit est en mesure de tout tenter, de tout obtenir, et, nouvel Archimède, de s’écrier avec fou et plèin d assurance : « Un point d'appui, et j'ébranlerai la terre! »

Or, pour ébranler une bosse, l'homme de l’art a d’abord deux PRES principaux sur lesquels il peut s'appuyer et compter : le bassin et l'aisselle. C’est aussi sur la région iliaque et la Sous-axillaire , que s’étéendra la béquille destinée à lier ensemble ces deux points , et à fournir une longue et so- Hide base de soutènément aux divers leviers qu Al s'agira de mettre en œuvre.

Il est à remarquer que, très souvent et par un heureux concours de circonstances, la bosse et le bassin se prêteront un mutuel appui, et que leur résistance réciproque pourra les faire rentrer l'un etl’autre dans leur état normal, si l'art du mécanicien sait mettre à profit ces deux points résistants, C’est ainsi qu'un des côtés du bassin, le gauche par exemple, se trouvera soulevé , incliné en dehors, tandis que lomoplate droite feraune forte saillie eu sens inverse. Eh bien ! en appliquant les moyens compressifs simultanément sur ces deux anomalies du torse, on les combattra lPune par Pautre;, ét on les verra s’affaisser par l'influence qu’elles auront acquise d'agir mutuellement l'unesur l'autye, par l'effet ER judicieusement répartis et sagement dirigés.

C’est ainsi encore que l’arc vertébral inférieur pourra servir Es point de départ pour régulariser la direction des parties qui sont du côté opposé, et pourrecevoir en même temps une impulsion ou pression favorable qui pourra tendre à redresser cette même convexité rachidienne.

‘L’aplatissementd’un anneau entre lesdoigts, l'écrasement de certains objets dans la main ou entre les mors d'une pince, ne proviennent pas d’une cause différente; et l’on peut dire qué, dans l'exemple pris de l'anneau, çe sont deux ‘ares ou deux segments de cercle qu’on redresse aux dépens l'un de l’autre,

CS

k20 TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS.

Le génie et la sagacité du mécanicien ont là un beau champ pour s’exercer, et si le célèbre Heyne, auquel on ne peut contester ces deux qualités, les éût fait servir dans le sens que je viens d'indiquer, au lieu de les épuiser dans une fausse direction, ses succès eussent été plus sûrs et plus brillants. Du moins n'éprouverait-il pas le chagrin de voir que ses lits ingénieux sont maintenant appréciés à leur juste valeur , et, par céla même, de plus en plus abandonnés et hors de cours.

Aussi l'artiste, quelque habile qu’il soit, devra toujours être dirigé par un homme de l’art, et celui-ci, quelles que soient ses connaissances en médecine , ne pourra pas se passer d'ouvriers adroits et d'hommes versés dans la mécanique. L'orthopédie , ‘en un mot, doit identifier ou faire marcher de front constamment les sciences médico-chirurgicales et le talent du machiniste. Cet accord a manqué jusqu'ici, et c’est là sans doute une des causes qui ontretardé le perfectionnement de cette branche de l'art de guérir, et qui ont fausse sa direction. |

Personne ne voudra contester que le bassin ne s’offre à l’orthopédiste comme un excellent point d'appui; mais on pourra concevoir quelque doute sur la région axillaire , et avoir quel- . ques scrupules sur la convenance de faire servir cette région comme élément de résistance.

Jeconviens qu’il peut y avoir quelque chose à dire à ce sujet; mais on trouvera peut-être que les explications qui suivent ont bien aussi leur valeur : ”

1° L’aisselle, comme point d'appui, est une nécessité; car il faut absolument que le côté concave soit protégé au-dessous de cette partie , et garanti de toute pression, et il ne pent l'étreque par un corps étranger quiappuie fortementsur cette région, ; |

2° Les tendons du pectoral et du grand dorsal diminuent en partie l’action compressive de la béquille sur les premières côtes.

3° Celles-ci sont si courtes et si arquées, qu'elles peuvent supporter sans trop d'inconvénients un certain degré de pression. |

Lo Cette dernière est répartie d’ailleurs entre la direction de bas en haut, et celle de dehors en dedans qu’on doit donner

à la dynamique, quand on l’applique sur ce point au moyen de la béquille.

. bo On doit chercher, en effet, à l’aide de cette béquille axilo-pelvienne à soulever le moignen de l'épaule , afin de rejeter en dedans l'extrémité supérieure de l'arc rachidien, et à donner ainsi une meilleure inclinaison à l'épine dorsale.

60 Enfin, l’action de la béquille est répartie par et sur une surface très large, ce qui atténue considérablement les effets de ce corps sur le point où il prend son appui.

L'ensemble de tous les moyens mécaniques ou orthopédiques peut être formulé diversement avec les bras et les mains; et c’est sur l’action et l'effet de ces organes humains que le praticien pourra se diriger pour la construction, l'application et les modifications de ses divers agents.

Voici à cet égard quelques données générales qui pourront servir de guides, en même temps qu'elles mettront en évidence l'infaillibilité du précepte. j

Le sujet en traitement est debout ; placez-yous du côté opposé à la bosse; faites mettre sur votre épaule le bras qui vous touche ; appuyez votre genou contre la hanche de ce même côté; puis croisez vos deux mains sur Ja bosse après

avoir porté vos bras autour du thorax.

Telle est l'expression vraie d’un appareil drthobédique modèle et vivant, et qui à lui seul pourrait suffire pour amener la guérison.

Voyez, en effet, comment il agira méthodiquement, rationnellement, énergiquement, mais graduellement, savamment enfin, sur les points qu'il s’agit de faire céder et rentrer; et comment il évitera ceux auxquels il faut laisser un libre développement.

Suivons donc l'action et les effets de cet instrument intelligent, et qu'on veuille bien me permettre de ne l'envisager pour un moment que comme une machine : comme un véritable automate.

Si quelques uns de mes lecteurs allaient se formaliser de ce rôle, assurément peu fait pour eux, qu'ils veuillent bien l’adjuger à un tiers, auquel ils feront prendre la position que je viens d'indiquer , et qu'ils en étudient les effets d’ niet les explications qui vont suivre. dé

Le corps de cet aide, qui est appliqué de l’aisselle à la hanche, y représentera exactement une béquille axillo-pelvienne,: une véritable attelle ; dont les points d'appui seront d'un côté au bassin, et de l'autre.à la région supérieure et latérale du thorax, de manière à laisser en pleine liberté toute la partie concaye de ce dernier,

Les bras simuleront un lien circulaire parfait; car ils passent sous les seins , et ils n’appuientnullement sur rle pourtour de la poitrine.

Les mains, qui embrassent et emboïtent la tumeur costoscapulaire ; constituent enfin le corps compressif par excellence. :

Animez maintenant cet AE -commandez-lui d'exécuter fidèlement tous vos ordres , et voyez s’il ne comblera pas vos: désirs.

L'épine du dos forme-t-elle. un are dont la concayité est tournée à gauche, l'homme-machine pressera contre l’aisselle.et contre l'es de la hanche, de ce même côté; puis, se cramponnant su la bosse , avec ses mains, il fera rentrer . Celle-ci, en même temps qu'il inclinera les extrémités de. l'arc rachidien ; dans le sens. diamétralement opposé à.celui où elles sont placées.

Si cette action pouvait se prolonger suffisamment, et si élle était bien dirigée , d’après telle et telle donnée, suivant tel effet obtenu, et eu égard à telle exigence individuelle ; à telle indication nouvelle, nul doute qu’on pourrait arriver à des résultats inattendus, bien positifs et très prompts.

Mais nous allons placer notre automate-orthopédiste dans une position différente , et qui nous donnera la clef de combinaisons nouvelles, et propres à nous faire arriver au but; où, du moins, à nous révéler les meilleurs moyens d'y parveñir.

Ainsi donc, la personne dont la tallle est déviée est assise ; et l’'homme-appareil est placé derrière. Il à un pied sur la chaise, de manière que son genou arrive sur.la protubérance costo-seapulaire ; et ses mains sont passées sous chacune des aisselles. Faites-lui done presser avec le genou’, directement d’arrière en avant, ou obliquement de dehors en dedans, ou alternativement de l’une.et de l’autre manière: Indiquez-lui de tirer en même temps sur le, moignon des

épaules ; d'élever celle-ci ; d'incliner celle-K., de les-diriger, en un:mot, suivant que l’action du genou aura elle-même telle où telle direction , ou tel ou tel but à remplir. Observez attentivement ce qu'on peut obtenir par ces tractions-et-répulsions diverses, et vous serez bién vite convaincu que s’il nous était donné d’avoir de pareils leviers à notre disposition, nous aurions plus d’un espoir fondé de triompher. enfin d'obstacles rebelles etinvétérés.

+ C’est donc à imiter le mieux possible ces mains, ces bras, ce genou, et à méditer sur leur action, que nous devrons nous appliquer en construisant nos appareils, etenles mettant judicieusement en jeu. Car tout ce que nous. imaginerons , et qui ne pourra pas se rattacher, bien naturellement et sans effort aucun, à l’action des organes humains, telle. que je viens dé l'esquisser, devra être désapprouvé etrejeté, quelque ingénieux qu'il puisse paraître d'abord.

Tout traitement mécanique des déviations spino-costales peut et doit done être clairement formulé par la position d’un homme et par ses mouvements combinés. Le triomphe de l’art consistera toujours à mettre en œuvre des appareils qui puissent imiter et remplacer, LE MIEUX POSSIBLE , Cotte heureuse position, et cette énergique combinaison de mouvements variés. Leur action sera d'ailleurs permanente, susceptible d’être graduée à volonté et poussée aussi loin que.le mal l'exigera, ou que le malade pourra la supporter sans en être trop incommodé. Ce sont quelques uns de ces moyens et de ces procédés qu'il me reste maintenant à décrire, : ,

Nous venons de voir que c’est par des pressions. ayec les mains ou le genou qu’un homme pouvait faire céder insensiblement des arcs anormaux du rachis et des côtes. Nous pouvons ajouter que, si ces pressions étaient fortes et, longtemps soutenues , elles seraient capables de produire une incurvation en sens inverse de lapremière, ou d'en occasionner là où 1 n'y en aurait aucune trace.

Cette assertion , qui ne saurait être contredite, établit bien la différence qui existe entre la mollesse et l'insuffisance des tractions, en sens opposés (extension et contre-extension ), telles qu’elles sont en usage partout, et la vigueur des agents de compression auxquels j'ai exclusivement recours.

49h TRAÏTEMENT DES GIBBOSJTÉS.

Du reste, je ne reviendrai pas sur les corps compressifs : leur mode d’agir et les rapports qu'ils ont avec: les compresses graduées, ont été suffisamment expliqués dans le premier volume. Je dois y renvoyer le lecteur, ou supposer que je serai compris dans ce qu'il me reste à dire sur ce sujet. ?

Je n’ai pas besoin, j'espère, de donner la démonstration de la puissance que peut déployer la compression, contre les anomalies du squelette thoracique ; car on sait assez que cet agent est, après le fer, la ligature et les caustiques, le moyen de destruction le plus énergique et le plus commun de la chirurgie. Il suffit qu'il soit bien dirigé , poussé suffisamment loin , et appliqué assez long-temps', pour le voir triompher des plus grands obstacles.

La simple compression du dos, sur un lit dur, sur le plancher , n’a-t-elle pas enrayé, guéri même, le mal qui nous occupe ? Si j'en parle en passant, c’est moins pour Constater le grand effet d’un bien petit moyen , lorsque celui-ci est mis en usage avec constance, que pour signaler son absurde mode d'application à toute la région postérieure du corps et des extrémités inférieures, lorsqu'il n'est question que de comprimer.…. un seul point du thorax! N'’est-il pas de toute évidence qu'un corps compressif de quelques pouces d'étendue seulement peut atteindre le même but avec plus de vigueur et de rapidité quand il sera placé sur la saillie anormale’, et qu'il y concentrera son action? Ne vaut-il pas mieux, en tout état de: cause, localiser la compression sur le mal même, que de recourir à des attitudes pénibles et insolites? N'’est-il pas plus rationnel de rendre l’action compressive permanente, régulière et forte, que de ue l'obtenir que pour quelques instants, et d'une manière aussi peu efficace que mal déterminée? On tient cependant encore aux lits durs, et on les recommande expressément partout! +

Le corps compressif des arcs anormaux , du rachis et des côtes, est exactement comme celui qni est destiné à la compression des mamelles, et que j'ai fait connaître à l'article LIT de cet ouvrage, |

La manière de déterminer les dimensions que ce moyen doit avoir, la manière de le construire, garnir et placer, est

: absolument la même pour les bosses ha is que pour les tumeurs du sein.

L'adjonction du fil de fer sur sa bies extérieure, et d'où doit dépendre un accroissement d'action, par une plus grande élévation de la plaque au-dessus du niveau de la tumeur; cette adjonction pourra également avoir lieu, et d'après les mêmes principes que j'ai établis LIEE.

Mais cette plaque, en rapport avec les dimensions de la bosse à comprimer, et qu’elle doit recouvrir , a besoin d'être exactement établie et fixée sur le renflement costo-rachidien ou scapulo-costal ; et, pour cet effet, j ai recours à un gilet en toile assez forte, et qui doitremplir les conditions suivantes:

4° De laisser libre la partie supérieure ct antérieure de la poitrine.

2° De s'étendre en bas, jusqu’au grand trochanter.

3° D’avoir des épaulettes très larges, rembourrées et piquées vers le tendon du grand pectoral.

4° D'être fermé par devant comme les corsets ordinaires.

5° De se fermer derrière le dos, par trois simples liens, dans le genre de ceux que j'ai décrits et que j'emploie partout. L’un sera en haut, le second au milieu et le troisième au bas du gilet. Ces trois attaches, qui doivent remplacer le lacet, les crochets ou les boutôns des gilets etdes corsets ordinaires, sont suffisants ; car le gilet n’a pour but essentiel que de porter et soutenir le corps compressif sur l'endroit précis où il doit être en permanence , et sans lui imprimer le plus léger degré de force compressive.

Le moyen important, essentiel, dynamique , résidera dans ce que les couturières appellent un second dos, et qui consistera en deux bandes de toile forte, de quelques pouces de largeur, sur une longueur égale , à peu près , au corps compressif. dont on aura besoin.

Ces deux petites pièces seront cousues longitudinalement de chaque côté du gilet, et derrière la bosse à comprimer, c’est-à-dire derrière le corps compressif qui doit y être placé.

À l'une de ces bandes longitudinales du second dos, on établira une ou deux rangées de ganses fortes, telles que je: les ai si souvent indiquées; et à l'autre bande on coudra un pareil nombre de doubles attaches, propres à passer dans les

426 TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS: | ganses; et à sérrer d’après mon mode connü. Il est suffisant du reste qu'il y ait un pouce et demi d'intervalle entre chaque ganse, ainsi qu'entre les doubles attaches.

Ce gilet, destiné tout simplement à à porter le corps compressif, devient apte maintenant à lui communiquer uné très grande force , par l'effet de la constriction qu'on pourra opérer, au moyen du second dos et de ses liens.

Mais cette constriction serait pernicieuse évidemment pour le côté concave du thorax, dont les côtes ont déjà une trop grande tendance à se redresser , et qui ne manqueraïent pas de céder de plus en plus’, affaissées qu’elles seraient par l’ascendant de leurs congénères plus cintrées. En un mot, elles ne pourraient pas supporter. une lutte si inégale, établie au moyen d'un lien circulaire , tel que le représente la partie du gilet où se trouve le second dos.

Pour parer à ce grave inconvénient; pour placer le côté concave à l'abri de toute compression ; et pour le mettre, en - conséquence ; en position de pouvoir se relever et se Cintrer de nouveau , il conviendra d'établir , vers toute cette partie du thorax, un point d'appui solide. [se trouve sous la forme de la béquille axillo-pelvienne , a il à été question si souvent.

Cet instrument consiste donc dans une baguette en fer ; et qui porte vers là partie qui doit répondre à l’aisselle; une plaque concave ; assez large, et terminée par un croissant de quelques pouces d'ouverture, pour s'adapter au haut du bras comme une petite béquille. L'autre extrémité est terminée également par une plaque concave en forme de cœur renversé; et assez large pour emboîter trois ou quatre pouces de la rotondité de la hanche. Ces deux plaques terminales seront convenablement rembourrées , puisque c’est par elles que devra s'exercer la compression à l’aisselle et au bassin, lorsque sera produite la constriction au moyen du second dos.

Cette béquille sera maintenue en piéces tout comme le corps compressif, au moyen du gilet; et; pour cet effet ; on coudra l’une et l’autre à ce gilet, et à sa face interne , précisément vers lesendroits qui répondront à ceux que la béquille et laïplaque compressive devront occuper : celle-ci pour

| comprimer la bosse; et celle-là pour servir de point d'appui

à la puissance de compression , à la force constrictive du second dos.

Je désignerai cette force de constriction inhérente au second dos, sous le nom de compression fixe , par opposition à cette autre que j'appellerai mobile; et que je dois faire connaître. Cette dernière est plus efficace et a moins d’inconvénients que la première, parce qu'elle prend son point d'appui en dehors de l'individu; qu'elle ne réclame point de constriction ‘circulaire, et qu'elle n’exige par conséquent aucune béquille axiHo-pelvienne.

La dynamique est exercée ici par le poids éenl du corps sur la plaque compressive, et, pour cet effet, on dirige sur cette plaque-un fort lien ; qui doit être aussi large que la plaque a de longueur.

Les deux bouts de ce lien aboutiront à un petit bâton transversal, dont le milieu sera pris par une corde verticale, semblable à celle de notre hyponarthécie, et qui permettra de hisser et d'élever à volonté la partie du corps qui estsupportée par la plaque compressive et le lien.

. La résistance à cette compression mobile réside, sans aucun doute ; dans le poids du corps tout éntier ; mais elle est rendue surtout efficace par l’inflexion des parties placées au-dessus et au-dessous du lien, et qui tendent à s’incliner en sens contraire à l'action du lien.

Le compresseur fixe a le grand avantage de permettre les exercices et les jeux hors du lit et en plein air ; les leçons qui ne sauraient avoir lieu lorsque le sujet est couché , les repas à table, les voyages: Mais il à l'inconvénient de la compression du thorax, de la pression assez désagréable de l’aisselle, etil est, dans beaucoup de cas; pat RTE que le compressetir mobile:

Celui-ci se distingue donc par l’absence totale de constriction circulaire et de gêne de la poitrine ; par une plus forte compression des organes déviés, par sa plus facile tolérance, par une position plus favorable à la reconstruction de la courbure, dont sont privées plus où moins ES côtes qui ont. été patHolifiasement étendues et redre ssées. Mais ces faveurs sont chèrement payées par la privation fâcheuse de tous

les avantages dont brille le compresseur fixe, et que nous venons d'énumérer.

Le lecteur a sans doute déjà aplani ces difficultés, et, faisant la juste part de ce qui revient à chacun de mes compresseurs , il dira avec moi qu’il faut savoir mettre en usage les deux systèmes, les faire alterner à propos, accorder à chacun d'eux un temps convenable, mesurer ce temps par l'effet produit et à produire. Il y a d’ailleurs des circonstances individuelles, des éventualités, la nécessité et un grand-nombre d'exigences, qui dominent le praticien , et le forcent, tantôt à de judicieuses et prudentes concessions, tantôt à une juste sévérité et à une impassibilité indispensable.

On n'aura, d’ailleurs et le plus souvent, que l'embarras du choix, attendu que les deux modes de compression et de redressement sont assez identiques dans leurs effets immédiats. Ainsi tous les deux repoussent vigoureusement la partie arquée du rachis et des côtes , en agissant surtout contre le point le plus saillant des diverses incurvations ; tous deux tendent à faire saïlir les côtes opposées et à les écarter les unes des autres.

Si ces déductions préliminaires et ces explications préalables ont été suffisamment éclaircies , pour être bien saisies, tout ce qu'il me reste à dire, en fait d'application, sera facile à comprendre.

Ces vues théoriques auront en effet ouvert et aplani toutes les voies qui conduisent à une pratique simple, énergique, fondée sur la raison, et qui, j'ose le dire, a la sanction de l'expérience. L'essentiel, c'est qu'on ait toujours présent à l'esprit, d’un côté la forme du mal, et de l’autre les rapports qui doivent exister entre cette forme constante et les agents. dont l’orthopédie peut disposer.

Les points suivants serviront donc de Ne à l'homme de l'art.

1° La forme du mal , laquelle on peut toujours ramener à des incurvations osseuses, ARARPEUES à ce quon observe dans les fractures.

20 Le procédé le plus simple de redresser ces courbes anormales, et qui est connu de l'homme le plus borné.

80 La puissance dynamique propre à opérer ce redressement.

* ko Les points d'appui convenables pour faire agir cette puissance.

5° La compression qui doit être l'effet constant de cette force.

6° Sa répartition judicieuse, des manière qu’elle porte sur tel et tel point et qu’elle s’abstienne sur tels autres ; qu’elle s’exerce sur les parties les plus saillantes et les plus arquées; et qu'elle ménage celles qui ont besoin d’être soulevées, et de se prononcer en sens opposé des premières,

Ces données s’appliquent du reste au traitement de toutes les déviations osseuses, de fous les cas orthopédiques , sans distinction, depuis les orteils jusqu'à la tête inclusivement. Ils sont si pea contestables, qu'ils doivent servir de points de départ, chaque fois qu’il s'agira d'apprécier la valeur respective de tous les appareils passés, présénts et à venir.

Le meilleur sera sans contredit celui auquel on reconnaitra le plus de rapports avec les six conditions précitées ; qui les remplira avec le plus de facilité et de simplicité, et qui se rapprochera le plus des principes fondamentaux que je viens d'établir.

* On voit donc que je m’efforce de remonter tout d’abord aux PRINCIPES, sauf à en faire plus tard l'application aux cas particuliers et individuels , et que je suis en cela la marche inverse qu’on a parcourue pour éclaircir ce sujet.

Il est assez étrange que les corps savants semblent donner, eux aussi, le signal de persévérer dans une aussi mauvaise direction, et qu'ils l'ont même nettement tracée. Car on veut, avant tout, des résultats; et, comme si nous étions encore dans l'enfance de la mécanique et de la physiologie, on se résume à ne vouloir juger une machine quelconque qu'à ses œuvres.

Sans doute que la meilleure sera celle qui fonctionnera le mieux ; mais on peut dire en même temps, et sans compromettre la science, que celle qui ira le mieux sera bien aussi celle qu'on aura construite d' après les meilleures données. Demandez à un habile ouvrier pourquoi ce chronomètre est si parfait? pourquoi vous opérez si bien avec tel bistouri? Croyez-vous: bonnement qu’il vous dira : c’est parce que l’un mesure très exactement le temps, et que l’autre coupe très

bien? Non ! mais il vous parlera principes. H vous dira , par exemple, qu'une montre va bien, et qu’elle règle. le soleil, parce que toutes les pièces qui la composent sont parfaitement établies et häbilement calculées.

. Si l'on s’écarte de cette manière logique dej juger les appareils, quelque mauvais plaisant pourrait bien venir nous soutenir.que son instrument guérit, parce qu'il a une certaine qualité occulte, une vertu orthopédique, comme la morphine en possède une dormitive. En un mot, la science ‘est assez avancée et les chirurgiens suffisamment instruits pour que la démonstration la plus rigoureuse puisse intervenir dans cette partie déligatoire , comme en faveur de toutes les autres, et que,les décisions à priorine paient être clairement motivées et justifiées.

Si nous nous mêttons sur le pied, en orthopédie , de n’avancer qu'à l'aide de l'expérience pure ‘et de l’empirisme éclairé, lorsque nous pouvons prendre les sciences exactes pour guides, notre marche sera incertaine, chancelante et surtout très lente. Nous continuerons d’être témoins de ce qu'on voit tous les jours : des individus sans connaissances, qui.se croient vocation à tâtonner comme d’autres ; et qui à comme tant d'autres, finiront toujours par nous parler de résultats obtenus.

Les jugements à bu sont ‘indispansälslés en médecine, parce que nous ne CORNaISSONS pas l'état pathologique qu'il convient de modifier, et encore moins les propriétés des modificateurs qu'on nous propose; parce que nous 1gn0rons absolument les rapports qui existent , par exemple, en: tre la forme périodique de certaines. maladies et la kinine , entre le rarcotisme.et l’opium, entre l’estomac et lantimoine. Là, il faut de toute nécessité laisser et faire parler les faits; et les enregistrer. pour notre gouverne.

Mais en chirurgie, mais surtout en orthopédie, tout est sous l'empire des sens, et subordonné aux règles ordinaires du calcul ; et il serait peu sage de remettre en question, pour de simples appareils, Feffet. ossible ou probable du levier, dans tel cas donné , ainsi que le besoin de chercher des points d appui convenables , et de faire agir "do d'une manière judicieuse.

Si donc on veut greffer l'orthopédie sur l'arbre des sciences médico-chirurgicales , et si l’on ést jaloux de lui faire porter les plus heureux fruits, 11 semble que les.corps académiques deyraient changer le programme de leurs concours. Hls laisseront de côté la question des résultats ou des effets, parce qu’elle se débattra d'elle-même, et qu’elle sera la première à surgir et à s’éclaircir de la manière la plus lucide aussitôt qu'on aura abordé et traité celle de l'instrument ou de la cause qui doit produireles changements demandés.

Le meilleur programme sera celui où l’on parlera principes, où J’on basera ceux-ci sur l’ostéologie wivante et sur la mécanique, et où l’on demandera entre autres généralités :

4° L’analopie qui peut ‘exister entre toutes les déviations osseuses, quelle que soit la région du squelette qu'elles occupent.

2 Le mécanisme de leur guérison au moyen de Porthopédie (des leviers ).

8° Les principes que celle-ci doit adopter.

4°.La meilleure manière deles formuler par des appareils.

5° Et Je mode le plus convenable de faire agir ces derniers.

À mesure que.ces questions générales seront élucidées, et qu'on sera mieux d'accord sur les bases, on verra s’aplanir toutes les difficultés orthopédiques, ou du moins on ne marchéra plus que le flambeau à la main.

Sans doute que les concurrents arriveront chacun avec un motif, un pourquoi, un comment différents. Or,-quoiqu'il ne puisse.y avoir qu’un seul principe vrai ,ilest probable cependant que, dans certains cas particuliers , la réunion de tel moyen. puisse être utile comme accessoire; que la statistique mettra un jour tout le monde d'accord, ou tendrà du moins à avancer singulièrement la solution de la question pratique qui nous occupe.

Je crois déjà pouvoir annoncer que toutes des déviations des os forment une seule et même classe d’affections morbides, qui sous le rapport orthopédique admettent exactement les mêmes aperçus thérapeutiques. Ainsi, avec la même clef de ce,qu'il vous faut, pour attaquer un des.individus de cette famille, vous aurez -également .celle de l'arsenal où

h32 TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS.

vous puiserez vos meilleures armes pour combattre tous les autres. Moyens, manière de les diriger, marche à suivre pour arriver, tout peut et doit être parfaitement identique dans cette lutte. Du reste on peut et l'on doit assimiler ce traitement à celui des fractures , et les confondre quelquefois tous les deux. Maïs aussi voyez comme tout ce qui concerne la cure de ces solutions osseuses est uniforme , et comme ce qui convient au petit doigt fracturé s'applique également et sans aucune hésitation au fémur en éclats. C'est qu’on est ENFIN arrivé à ériger et à fixer des principes pour le traitement mécanique ou orthopédique des fractûres : c’est qu'on a la clef de ce traitement.

Si, lorsque la chirurgie était encore dans ses langes, un de ces hommes simples, à vues saines. et à gros bon sens, qu'on décore du nom de génies, eût tout d'abord proclamé les principes immuables qui doivent nous diriger en face d’une fracture quelconque, croit-on peut-être qu'on eùt été pendant une cinquantaine de siècles à se débattre en éternels et fàcheux tàtonnements sur ce point? et n’est-il pas permis de se défier un peu de ce mode scientifique de procéder ?

Passons maintenant à l’application de mes doctrines, et voyons sije leur suis resté fidèle dans les nombreux détails qu'elles comportent, et qui doivent en assurer le succès.

ARTICLE Il. Pression latérale, dans le but de redresser l’arc anormal de la colonne épinière. — Pression d'avant en arrière, pour redresser des côlestrop arquées.

Ces deux pressions peuvent être exercées'par lemême appareil, et indistinctement par le compresseur fixe :et par le mobile. Tout dépendra de la forme de la plaque, des points sur lesquels on la.fera appuyer ; et de l'énergie avec laquelle on pourra la faire agir. C'est aux! praticiens à donner les directions , et à faire le nécessaire. Je dirai un mot toutefois du parti qu’on peut tirer du compresseur mobile:

Nous savons qu'il soulève et maille, en quelque sorte, le thorax et le dos, dans la partie où ils sont déjetés et font saillie. Or, cet exhaussement et cette distorsion pourront facilement être augmentés ou gradués, puisqu'ils sont sous la dépendance de la simple corde ‘verticale, qu'il suffira de

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. 433 tendre ou de relâcher, pour que le corps soit à l'instant plus ou moins pressé et élevé.

Cette opération peut se faire de la manière simple que voici : la corde passe sur une poulie, et l’un de ses bouts étant fixé au bâton transversal, il suffira de tirer sur l’autre pour soulever ce bâton, ainsi que le lien auquelil est attaché , et le corps tout entier sur lequel il repose.

Pour arrêter et fixer ce degré d’élévation , vous aurez fait, au bout de la corde qui tient au bâton , et près de celui-ci ; un nœud à boucle, ce qui vous donnera une véritable boutonnière. À l’autre bout de la corde, vous aurez pratiqué également une série de quelques nœuds qui figureront autant de boutons solides et commodes: Or, en passant l'un de ces nœuds-boutons dans la boucle-boutonnière , il y aura arrêt, et celui-ci pourra l'être au degré d'élévation qu’on voudra ou pourra donner au corps lui-même. |

On le voit, cette suspension sera accompagnée presque toujours d’une espèce de courbure latérale du torse , ou du moins d’une certaine tendance à produire une concavité opposée à celle qui existe au thorax. C’est sur ce moyen, qui-fait saillir en dehors le côté concave ; et écarte en même temps les côtes les unes des autres, qu’on peut fonder quelque espoir , pour opérer la restauration graduelle des arcs costaux de ce même côté concave.

Cette incurvation nouvelle , qui doit marcher du même pas avec le redressement des côtes opposées, facilitera: encore l'extension du rachis; et le retrait de l’arc de ce dernier ; ou le raccourcissement de sa flèche, sera évidemment favorisé - par la forte compression des côtes trop arquées. Car, en forçant celles-ci à se redresser , on fait en même temps archou- -ter leur extrémité postérieure contre le corps des vertèbres déplacées , et fcette répulsion, plus ou moins ee constante , aide évidemment à les faire rentrer. |

L'effet deces pressions paraît ici trop manifeste pour, qu’ on n’y ait pas confiance , et on doit s’estimer heureux de pouvoir les combiner , ainsi que je ïe fais, avec tous les autres moyens rationnels qui tendent au même but, mais surtout de les faire coïncider sans relâche et avec autant de facilité. mn

ARTICLE III. Protection du côté concave du thorax.

: Autant il faut s’appliquer à comprimer et écraser, en quelque sorte, les côtes qui sont déformées par une courbure exagérée, autant il importe de s'attacher à éloigner du côté opposé tout ce qui pourrait le moins du monde le Pam e ou gêner son libre développement.

Les côtes qui répondent à la concavité é rachidienne , sont, comme onsait, redresséés , et quelquefois même tellement enfoncées et refoulées en dedan$, qu'au lieu de se manifester en dehors par une forme convexe, c'est sous l'aspect de la cavité qu'elles s’y présentent. Cette extrême et déplorable difformité est très souvent le résultat de l’action des pièces de vêtement, des corsets mal entendus ; et surtout des objets variés dont on recouvre le même côté, dans le but perfide d'en masquer la difformité.

Ces côtes, déjà moins favorablement disposées à la rési-

Stance que dans l'état naturel, puisqu'elles sont moins cin-

trées , reçoivent donc à chaque instant des pressions fortes et des chocs plus ou moins violents , sous lesquels elles finissent tôt où tard par disparaître et s’agelomérer vers l'omoplate

Celle-ci n’étant pointsoutenue, paraît commerentrée et inper-

ceptible, de sorte que si vous mesurez l'espace qui, de l'un et l'autre côté, sépare la dernière des fausses côtes de l'épinede l'emoplate, vous aurez une différence en plus de la moitié, et parfois des deuxtiers pour ce qui concerne le côté convexe. * Cette épouvantable difformité a lieu surtout chez les jeunes personnes , que leur qualité de filles uniques , ou que d'heureuses dispositions rendent si chères aux parents, qu'ils veulent à toute force les voir sans défaut physique, et auxquelles on s’évertue de faire garnir, par de malcontreux coussinets , les vides quelaissent paraître les rapports vicieux des pièces du thorax. |

C'est une conduite tout inverse qu'il faudrait oser tenir, et que je mets en pratique. Elle est indispensable dans le traitement curatif; car les côtes qui se sont étendues doivent pouvoir se courber de nouveau, et se relever vers leur place naturelle, à mesure que le rachis et les côtes opposées tendront à rentrer dans la leur.

TRAÏÎTEMENT DES GIBBOSITÉS. ‘35 Or, ce-retrait n'a lieu que par la courbure graduelle, bien lente.et bien difficile. des côtes qui se.sont étendues ; mais si vous l'empêchez de se prononcer, eñ lui opposant des.pressions fâcheuses, vous entraverez par cela même le retour à l’état normal de la colonne épinière, et des côtes. qui sont trop arquées. | La béquille axillo-pelvienne a donc pour premier. offos de s'interposer, entre ce côté concave ou aplati, et toutes. iles pièces, de ‘vêtement, et d'empêcher, par là qu’ auçune force étrangère ne le comprime. Mais nous avons vu. que cette béquille. a pour second objet de. servir de point .dappui au lien circulaire, à la puissance. dynamique, et-que celle-ci peut s'exercer contre cette béquille, sans ateinars. les côtes et sans leur nuire.

La tige en sera ronde comme une baguette ou une EAN ou bien elle sera composée de plusieurs fils de.fer parallèles ; comme. les cordes d'une Ilyre, afin de protéger, une plus grande partie de la surface concave. Lesuris et. les autres.de ces moyens protecteurs peuvent être inflexibles, où aequérir par la trempe toute l'élasticité du ressort. Ils seront toujours convenables au but qu'on se propose, s'ils se:tiennent suffisamment écartés du corps, et:si, lors même:de:da plus forte constriction du second dos ;ilya constamment un yide entre cette tige et les téguments. f eob ou’ Ilest évident d'ailleurs que cette béquille ; joue 101 le role d'une attelle, et que:de plus simple agriculteur reconnaîtrait en elle un de ces tuteurs dont il fait usage avec: tant de succès pour faire plier à volonté la tige’ d'un jeune arbre, et pour ramener ses branches tortueuses à une. bonne direction. Imitez donc cet homme des champs , et: vous pourrez compter d'être aussi heureux que lui avec les res Me d difformes qui seront confiées à vos soins. 04, 210908 1

ARTICLE IV. Soins que réclament les épaules.

“Les épaules, dans: les gibbosités latérales 31560 D nitint ordinairement à des degrés différents d'élévation, - et cette

circonstance résulte de Plaseurs causes réunies. Les aa ""

pales sont:

19 L'inclinaison de la colonne épinière, qui A onA lieu à

l’abaissement du moignon de l'épaule, du côté de la conicavité;

20 L’affaissement ns côtes et du scapulum dans ce méme sens ; Lin

30 La faiblesse Masétaité et les mauvaises attitudes qu’elle fait contracter.

Les circonstances inverses, et qui prév valent du côté convexe, tendent d’ailleurs à rendre plus fâchéux et WE À 1° A Taspect dontil est ici question.

*On'conçoit déjà que c'est à’ la petite béquille que noûs aurons recours pour soutenir cette épaule, et elle nous servira même à la relever au-dessus du niveau de l’autre ; voici comment. La plaque inférieure de la béquille est percée d’un trou qui donne passage à une attache qui traverse également le gilet par un trou correspondant de ce dérnier. C’est à cette attache que viendront aboutir deux rubans suspenseurs, destinés à soulever, et par conséquent à remonter verticalement la béquille'et, avec elle , les parties qu'elle soutient, C’est-àdire l'aisselle et le moignon de l'épaule: !

Maïs ces rubans ; pour agir comme élévateurs , sont fixés à unëé ‘espèce d'épaulette qui a son point de départ et d’appui à l'épaule opposée, derrière et au-dessus de! Ja plaque compréssive (lien oblique scapulo- pelvien ).

Îl'suit de ‘cet arrangement , qu’à mesure qu’on élèvera l'une des épaules ce sera pour ainsi diré aux dépens de l'autre ; que plus on agira sur la béquille pour la faire remonter, et plus aussi on abaissera l'épaule opposée, et que celle-ci sera decette manière condamnée à supporter Fautre.

Il résulte trois avantages essentiels’ de cette disposition.

Le premier, c’est qu'en soulevañt la mauvaise‘épaule, on fait saillir en dehors le côté correspondant; que les côtes sé: cartent les unes des autres, et qu'elles tendent à se courbér’

Le second, qu’on refoule d'autant plus le côté convexe !du côté de la ligne médiane.

Et le troisième, qu'on repousse vers cette même ligne médiane l'extrémité suphbcnré de: éres râchidien sur s'en trouve écartée. F&f:fE

L'énergie et l’'à-propos de cemoyen sont mis en lumière ( deux manières palpables : {° en l'appliquant à un :sujêt #or2 mal , qui ne manguerait pàs decdevexir bossu ; detel ou tel

; TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. ” 437 côté: qu'on désignerait d'avance, si on laissait agirla béquille d'une mañière permanente , et 2 en l’essayant réellement ou par la pensée sur un individu contrefait, mais dans le sens inverse à celui que je viens d'indiquer.

Si done vous vous avisiez d'appliquer la béquille sur le côté convexe , et de la soulever en prenant votre point d’'appui sur l'épaule déjà écrasée, nul doute que le. premier

venu vous prendrait pour un insensé , et qu’il pourrait vous

accuser à bon droit de ne chercher, par vos agents orthopédiques ,; qu'à augmenter rapidement et à plaisir un mal que. vous auriez annoncé vouloir guérir. Cela est si vrai, que si l’orthopédiste s’avisait malheureusement de faire porter son moyen suspenseur sur la mauvaise épaule, il verrait s'aggraver sur-le-champ la difformité actuelle, et qu'il pourrait, en insistant, la faire arriver rapidement jusqu à

l'extrême.

Or, c'est pour moi une véritable merre de touche de tout bon procédé déligatoire, qu’il puisse, lorsqu'il est appliqué au rebours du bon sens, précisément produire ou augmenter le mal même qu'il est appelé à détruire ou corriger. Je pense qu’à cet égard il ne peut pas y avoir partage d'opinions.

Ainsi donc, et pour répéter en d'autres termes ce que je viens d'énoncer, il sera loisible à l'homme de l’art, au moyen

. de la petite béquille, de faire porter l’une des épaules par

l'autre, d'élever l’une aux dépens de l’autre, et de faire incliner Ja colonne épinière à volonté de l’un ou de l’autre côté. Or, comme la gibbosité latérale est l’effet d'une inclinaison vicieuse du rachis, il s’ensuit qu’en obtenant l’inclinaison inverse , on aura un des éléments qui doivent concourir à son plus prompt redressement.

ARTICLE V. Soins que réclament les hanches.

La critique etl'œil maternel s’empressent à l’envi de signaler l'état peu symétrique des hanches pendant le traitement des

individus affectés de gibbosité. Cette difformité artificielle

résulte de l’appui de la béquille qui déjette fortement le bassin du côté opposé, en même temps qu’elle provoque l'élévation de l'épaule sous laquelle elle se trouve. Les mamans poussent de gros soupirs en voyant leurs filles ainsi contre-

faites; et l'une d'elles ne put contenir ses larmes ét ses repro< ches en présence de son enfant que j'avais, disait-elle, rendue bossüe du côté opposé.

L'aspect d'une jeune personne en traitement offre, en effet, l'apparence d’une difformité qui a changé de place ; c'est-àdire que si Ja bossé existe réellement du côté droit, elle pourra paraitre avec quelques uns des caractères de la bosse qui aurait son siège au côté gauche, ef vice vers4. Cela doit être, etje suis heureux quand je mérite l'accusation d’avoir produit une pareïlle métamorphose. L’individu intelligent qui, pour mieux redresser un bâton, le tient courbé en sens opposé, ne s’expose-t-il pas à la même récrimination? Il est vrai qu'on ne peut y être sujet avec les lits mécaniques, ét malgré tout le cortége obligé des moyens propres à produire l'extension etla contre-extension de la colonne épinière. Mais aussi...

Voici, au surplus, quelques réflexions ou règles générales qu'on peut inéttre en avant pour calmer les inquiétudes vraies ou supposées dont il peut être ici question.

4° Cette disgracieuse position ou contorsion n’est guère qu momeñntanée, et cesse presque aussitôt qu’on discontinne l’usage de la béquille ; c’est ce dont on peut s’assurer à chaque pansement.

2o Si le contraire a lieu quelquefois, on ne doit pas perdre de vue que l’essentiel , pour la santé et la bonne façon, c’est que l’état du thorax soit corrigé. Or, si, pour y-parvenir

plus tôt et plus sûrement, on est obligé de négliger un peu l'aspect sous lequel peut se présenter le bassin lorsqu'on y prend un point d'appui quelconque, qu'on se rappelle l'adage vulgaire de ne jamais courir deux lèvres à la fois; que l'on coule donc à fond le mal essentiel, sauf à se retourner ensuite contre l'accessoire s’il y a lieu.

3° L'inclinaison des hanches dépend le plus ordinairement de la courbure supérieure du rachis, et du besoin qu’éprouve la nature de donner à la colonne épinière telles directions inverses pour conserver intact le centre de gravité qui est nécessaire à la station. Mais si l’on parvient à corriger la cause première du désordre , ses dépendances ou accessoires ne

tarderont pas à disparaitre.

. 9 Si, contre toute attente, l'effet résistait après que la cause

TRAITEMENT DES GIBPOSITÉS. 439

qui l'a fait naître et l’entretient a disparu complétement, on pourra toujours chercher à dompter ce symptôme consécutif, et à diriger contre lui des moyens efficaces et connus.

5° On peut au besoin compliquer légèrement l'appareil , et rétablir le niveau ou la symétrie des hanches en appuyant aussi celle qui est déviée avec une tige qu'on ferait-aboutir à la plaque, et en dirigeant vers le bas de cette tige un lien eblique qui descendrait du côté opposé. Le bassin et le thorax se trouveraient donc ainsi comme assimilés à un membre cassé qu'on s’efforcerait d'appuyer par deux attelles collatérales.

Toutefois on est heureux assez souvent d’avoir à faire à une :

hanche qui fait saillie vers le côté concave, et de devoir la repousser de l’autre côté en faisant agir contre elle la partie inférieure de la béquille, Du reste, pour remédier à cette complication désagréable, on a recours avec succès aux moyens indiqués dans quelques uns des articles suivants, tels que les massages, les poses, etc.

. Si cependant l’on a lieu de soupçonner que les déviations rachidiennes ont débuté par celle qui se manifeste au bas de la colonne, et si elle est plus prononcée que celle qui existe au-dessus, il est bien clair qu'on devra diriger ses principaux efforts contre l’inclinaison pelvienne, et Hagen la thoracique en seconde ligne.

Dans un cas pareil, j'ajuste à la plaque compressive une tige propre à appuyer le côté correspondant du bassin, et je ne fais arriver la partie inférieure de la béquille que sur le point culminant de l'arc dorso-lombaire. Cet arc sera comme coiffé par une plaque convenable qu’on adaptera au bas de la béquille, en lieu et place de celle en forme de cœur renversé qui la termine ordinairement.

De cette manière, je détermine une compression sur les deux régions saillantes et inverses qui se trouvent à droite et à gauche du rachis; je tends à redresser simultanément les deux courbures sygmoïdes; je protège les deux concavités qui se trouvent l’une entre les fausses côtes et l'os des iles, et l’autre à la partie latérale et opposée du thorax, et, plus que tout cela! je préviens les inquiétudes maternelles et autres en ménageant une tournure qui ne fasse pas trop peur!

440 TRAITEMENT DES GIBBOSITES.

ARTICLE VI. Massages, pressions et frictions avec la main.

On dit avoir guéri des gibbosités légères en massant et frictionnant le dos. Du moins l’on a pu arrêter leur développement par ces moyens réunis et employés long-temps et judicieusement; on ne doit donc pas les négliger. En effet, les pressions variées et les massages, faits avec une certaine force, assouplissent et font fléchir les articulations costales et vertébrales, font plier les côtes et facilitent leur redressement; ces moyens indiquent d’ailleurs quels sont les endroits les plus rénitents, et ceux sur lesquels il convient de faire agir plus spécialement la compression. Ils permettent encore de se débarrasser momentanément des appareils , et de rafraichir, s’il le faut, les parties qui se trouvent plus ou moins froissées par une compression indispensable et continue.

Mais, pour que cet ordre de moyenssait tout le succès qu'on en peut désirer, il faut s’y prendre avec les précautions suivantes. L'individu qui doit opérer se placera sous l’aisselle de la petite épaule, le malade ayant par conséquent son bras soulevé sur l’une des épaules de l'opérateur. Celui-ci attirera à lui les arcs anormaux qu’il s’agit d'assouplir et de faire céder, et il les frictionnera et pressera avec une de ses mains ; mais, en même temps, il repoussera en sens contraire l’ais- - selle sous laquelle il a son épaule, et soutiendra et comprimera avec l’autre de ses mains la région axillaire opposée. Peut-être qu'en associantaux massages, pressionset frictions, tel ou tel'liniment, pourrait-on réveiller et modifier favorablement l’action vitale; aussi on aurait tort de négliger ces topiques , et de ne pas les rendre alternativement relâchants etstimulants, suivant l'indicationqu'oncroiraitdevoirremplir.

Ces manœuvres peuvent du reste s'effectuer impunément, car la frêle tige vertébrale se trouve étayée suffisamment pendant tout le temps que les agents suspensifs et compressifs cessent d'être appliqués.

Quant à la composition des liniments , je les abandonne au bon plaisir de chaque praticien. Je n’emploie guère que l'esprit de savon pur ou mêlé à une proportion quelconque d'alcool camphré , et j'en fais frotter tout le trajet de la colonne épinière ainsi que les endroits particulièrement exposés à l’action

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. ke

compressive de mes diverses pièces d'appareil. La plupart des individus se trouvent mieux après ces manipulations et ces, frictions, et aiment assez qu'on les répète une ou deux fois dans les vingt-quatre heures.

Voici, d’ailleurs, ce que j'entends par massage. Appliquée aux gibbosités, cette action tend 1° à refouler plus ou moins fortement avec les mains les régions spino-costales qui font saillie ; 2 à les faire céder par des frictions et des pressions alternativement douces, lentes, et parfois saccadées, et dans tel ou tel sens; 3° à incliner vers la ligne médiane l’extrémité supérieure de ce que j'ai appelé arc rachidien, tandis qu'avec les mains on appuiera fortement sur le point culminant de ce même arc, et qu’on s’efforcera par là de faire saillir le côté concave, tout en provoquant l affaissement des convexités vertébrale et costo- -scapulaire.

L'action simultanée de ces mains, de l'épaule et de la hanche de l'opérateur , telle-que je l'ai déjà indiquée en parlant de l’automate-orthopédiste, imprime aux diverses pièces osseuses qui constituent la gibbosité une direction opposée à celle qu’elles affectent. Cette action assouplit ces pièces, les ébranle, les allonge, et elle tend en même temps à faire céder les moyens d'union {ligaments , cartilages ;, tant physiologiques que pathologiques, quiles retiennent dans leur fausse position. Il doit résulter de ces diverses manipulations que les appareiïlsmécaniques qu'on appliquera immédiatement après, pourront s'emparer avantageusemen: du bien qui a été obtenu par ces efforts intelligents, et qu'ils le rendront par là de plus en plus permanent et durable.

Mais il est facile de le prévoir, ce n’est que lorsque toutes ces diverses manœuvres auront été poussées jusqu’à un certain point, qu'elles seront vraiment efficaces. Aussi je n’épar- gne rien pour les rendre aussi fortes que possible. |

Je me suis convaincu par un très grand nombre d’observations qu’en effet on pouvait aller bien loin sous ce rapport; que les personnes en traitement supporteraient fort bien ces espèces de violences, et que, loin de les redouter, elles en exigeaient souvent la fréquente réitération. Sans doute que la confiance en ce moyen énergique entre pour beaucoup dans le désir que manifestentles malades d'y être longuement sou-

k2 TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS.

mis. Cependant , s'il était bien pénible, ils se garderaienñt sûrement d'en rappeler et d'en provoquer le trop fréquent usage, et ils éviteraient d'encourager l’homme del’art à poursuivre de semblables efforts.

Mais céux-ci doivent être parfois si violents et ils rencon- : trent des obstacles si difficiles à surmonter, qu’on ne trouvera pas étrange qu’on leur oppose la facile et commode se des PRESSES MÉCANIQUES. |

C'est en éffet à ce moyen auxiliaire que j'ai dû avoir recours , je ne dirai pas en déséspoir de cause, mais à cause dé l'emploi considérable de forces que réclame ce point orthopédique ; cet emploi est bien au-dessus de ce qu’on peüt prétendre d'un homme ordinaire , surtouts’ils’ agit du traiteñent de plusieurs sujets à la fois. l

La presse dont je me sers à cet usage réalise exactement et sans effort ce que j'obtiens péniblement par les pressions dont je viens de parler. Elle consiste dans uñe vis dont l’extrémité peut être coiffée par une petite plaque mobile et légèrement concave , destinée à appuyer sur les diverses nuancés de la convexité scapulo-costale et à les emboiter. Ce levier, d'un piedet demienviron delongueursur deux pouces de diamètre, prend son point d'appui à là hanche par le moyen d'un large et fort lien semi-circulaire , dont les deux extrémités viennent s'attacher à une pe etite traverse de deux pieds de longueur. C'est à celle-ci qu'est adapté l'écrou pour le jeu de la vis, et pour régulariser les rapports de cette dernière avec les points qu’elle doit comprimer à l’aide de sa plaque terminale.

Lorsque l'instrument est placé, il suffit de serrer là vis ou d'en soulever l'extrémité libre, pour presser à volonté sur cette plaque, et pour refouler les saillies sur lesquelles elle appuie. Mais par cette même manœuvre , la hanche, ou plutôt la partie inférieure de l'arc rachidien , se trouve fortement attirée vers la ligne médiane.

Ainsi donc, par la répulsion forcée d’une part, et par la traction non moins vive et énergique , mais inverse, d'autre part, je parviens aux deux buts essentiels que j'ai en vue: la rétrocession de la bosse, et celle de la hanche vers la ligne médiane, mais dans uné direction opposée.

J'obtiens, en un mot, par l'effet de cet instrument, exacte-

ment le même résultat que si j'agissais sur Ja convexité avec mes deux mains réunies, tandis qu'avec le genou ou ma hanche, je chercherais à repousser en sens inverse la partie inférieure du torse. AE

J'aila facilité en outre d'arrêter la pression réciproque des deux régions opposées au degré précis que je désire, en faisant soutenir le bout libre du levier sur un point fixe et en de: hors du sujet que je presse actuellement; par exemple, sur le dossier d’une chaise. Je dois ajouter cependant que cette fixation n’est point absolue, et que l'individu ainsi pressé des deux côtés peut à volonté et par un léser mouvement modérer ou renforcer l’action de la presse. Il la renfonce ét la modère en effet alternativement et successivement, en variant son attitude , et suivant qu'il est plus ou moins incommodé ou fatigué par cette compression. Il est HOPPER libre à cet égard.

J'oubliais de dire que, pour assurer l'effet de cette petite machine en forme de croix, l'individu qui doit en supporter l'effet doit être placé sur une chaise, de manière que son aisselle, du côté concave, soit appuyée sur Île dossier de la chaise comme elle serait passée sur l'épaule de lopérateur , si celui-ci devait agir seul et indépendamment de la presse.

Je n’aipas besoin d'ajouter qu’à une plus facile et plus juste application de la dynamique, cette presse joint encore cer- | taines convenances, et prévient des manœuvres qu'il peut être bon d'éviter. Ainsi, on serait obligé dé passer les bras, les mains et le genou sur les régions que comprime la presse, afin d'obtenir les mêmes effets qu'avec celle-ci, sans compter le désagrément , pour l'opérateur et l'opéré, d'être exposés au contact mutuel de leur transpiratien.

ARTICLE VIE. Poses et attitudes dans les déviations vertébrocostales.

On réussit assez souvent à aider, ou du moins à ne pas oâter l’action de tous les moyens indiqués jusqu'ici, si l'on examine avec attention quelles sont la pose et l'attitude qui “présentent le plus d'avantages au sujeten traitement : 1° lorsqu'il est assis ou debout; 20 lorsqu’ il se livre à telle ou telle

Bel TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS.

occupation sédentaire ; et 3° lorsqu'il est dans le cas dé marcher et de faire un exercice quelconque , Soit en chambre, soit en plein air.

On. observera donc très facilement qu'en appuyant fortement tel ou tel pied contre un corps résistant, le côté convexe sera rejeté et penché vers la ligne médiane , tandis que . l’autre fera saillie en sens inverse. Indiquez donc ce: facile accessoire , ou du moins faites éviter la pose opposée qui don nerait infailliblement des résultats contraires et fâcheux.

J'ai donc recommandé dans ce but à une jeune personne, lorsqu'elle écrirait, dessinerait, etc., de se mettre sur.un fauteuil dont les bras, au lieu d’être tournés contre la table, seraient parallèles au bord de cette dernière, afin que le côté convexe pût s'appuyer contre l'un des bras du fauteuil, qui ferait ainsi l'office de compresseur. À

J'ai fait sentir de même à un autre individu combien il lui importait, en dessinant et écrivant, d’avoir le coude du côté concave , soutenu à un certain [degré d’élévation au moyen d’un livre ou d’un corps quelconque rembourré.

Pour remplir les deux indications ci-dessus, j'ai fait ajuster à une simple chaise et au côté corespondant à la concavité costo-rachidienne, une béquille mobile en tous sens et à crémaillère, laquelle fait exactement l'office de notre béquille axillo-pelvienne , et à laquelle vient se serrer un lien assez large, qui tend à comprimer toute la convéxité qui existe de l’autre côté sans intéresser le côté concave. La mobilité de cette béquille permet tous les mouvements et toutes les attitudes, et la crémaillère sert à hausser ou baisser l'épaule au degré convenable.

J'ai conseillé également, pour des occupations sédentaires, de tendre autant que possible l'extrémité inférieure attenant au côté convexe, et de retirer l’autre à sol.

J'ai pareïllement obtenu d’une jeune demoiselle , lorsqu'elle . était debout , qu’elle se plaçât sur le pied du côté convexe; qu'elle avançât légèrement l’autre, en laissant pendre le bras nonchalamment du premier côté, et plaçant la main de l’autre bras sur son côté correspondant. |

On peut, par ces poses diverses, et en donnant a à directions faciles , obtenir une inclinaison manifeste et favo-

TRAÎTEMENT DES GIBBOSITÉS. 5 rable Qui se produirait tout différemment , si l'on négligeait d'y regarder de près.

On devra donc régler et établir l'attitude du vorps et des extrémités , telle qu'elle doit être , etinsister pour qu’elle soit observée avec quelque suite dans les trois positions d’une personne assise, debout ou en marche.

Dans la promenade à pied , on se trouvera bien d'avoir [a main du côté convexe placée sur la hanche correspondante, tandis que l’autre main paraîtra occupée à faire mouvoir et élever une canne, un parasol, un petit sac, etc., et toujours avec l'intention de déjeter en dedans la saillie spino-costale,

Grâce à l'action de la béquille et du compresseur fixe, on peut autoriser, sans aucun inconvénient, la marche, le saut, la course, la danse, la voiture, et le cheval même. Le com presseur mobile serait d’ailleurs facilement applicable à une voiture. et à un lit d’auberge, s’il s'agissait d'un Yoyage de long cours.

ARTICLE VIII. Exercices variés. — Gymnastique.

Les résultats des moyens que je viens d'indiquer sont, en général, plus heureux, plus prompts et plus faciles, lorsqu'en physiologistes judicieux nous savons faire agir tel ou tel appareïl musculaire, et que, par des jeux et des exercices appropriés, nous tirons de l’atonie ; et nous cxerçcons Convenablement certains muscles dont l'équilibre ou l'antagonisme ont été rompus. On a recommandé l’escarpolette, le volant 4 l'escrime et des exercices gymnastiques de toute espèce. -On'ne peut trop applaudir, assurément, à des vues aussi sages ; et le médecin ne saurait assez élever sa voix en faveur deces moyens préventifs et curatifs, si népligés chez les jeunes personnes du sexe. Combinés adroitement, ils ont seuls redressé bien des tailles contrefaites , et sans eux il estrare qu'on obtienne des résultats durables. rs - TI est un exercice à la portée de tout le monde et que je puis recommander, c’est celui avec un bout de bâton , Suspendu transversalement à une hauteur proportionnée à la taille de l'individu , et auquel celui-ci se pend avec les mains et se balance. Mais ce bâton doit être placé obliquement, de manière à avoir l'une de ses extrémités plus haute que l’autre, et c’est

l46 TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS.

celle qui est plus élevée qu'il faut faire saisir de la, main du côté concave , afin de courber et de faire saillir davantage celui-ci, et de ramener l’autre en sens contraire.

ARTICLE IX. Gymnastique clinique.

Lorsque la faiblesse est si grande, qu'il est presque impossible de se livrer hors du lit aux exercices corporels , et lorsque les personnes bossues sont obligées de passer une partie de la journée sur le lit, comment recourir aux mouvements propres à combattre la cause présumée du mal, c’est-à-dire la faiblesse de certains muscles? Comment mettre en jeu cette action musculaire dont on attend avec raison des effets aussi heureux ?

On doit surtout à Shaw l'idée de l'emploi de la mécanique vivante comme élément essentiel du traitement des gibhbosités. Il a cherché à la mettre à exécution dès l’année 1821, surtout aprés avoir êté témoin des beaux résultats dus aux exercices variésintroduits en Angleterre par le capitaine Clias, de Berne. Aidé des conseils et de l'expérience de cet habile et zélé professeur de gymnastique, il a posé les bases d'un des grands moyens de redressement, et en a démontré la facile et Re reuse application.

C'est. dans ce but aussi que déjà, en 1829, et dans le AE des Progrès, tome XII, page 170-181, j'avais indiqué un moyen simple de satisfaire à cette RU) indication , lequel j'ai compris sous le nom de gymnastique clinique.

Les exercices, au litmême des malades, ont ce grand avan: tage, qu’ils peuyent avoir lieu pendant que les appareils compressifs déploient toute leur action. Car, il faut le dire , c'est au lit que les individus en traitement obtiennentles plusbeaux résultats, et c’est là aussi, comme pour une foule d’affections chirurgicales, de maladies osseuses et articulaires, par exemple, que se trouve la condition sine qu, non du succès. 1p

Hors du lit, tout est souvent remis en question dans certains traitements des déviations vertébrales., La colonne épinière n’estpas aussi bien soutenue dans la station et la progression ; le poids de la tête l’écrase ; de faux mouvements et des inflexions vicieuses viennent lui imprimer de mauvaises directions; les appareils agissent moins bien , de sorte que tout le

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. ‘ : 4 temps qui se passe hors du lit est non seulement perdu pour l'effet des agents mécaniques, mais on rétrograde visiblement vers le mal, et on perd une partie du bien qu’on avait péniblement obtenu. |

C’est donc un véritable progrès que celui d'avoir réuni sur le lit même tous les moyens propres à développer la force et l'agilité musculaire , et à favoriser les mouyements les plus variés. Mais ces moyens seront d'autant plus heureux et à propos, si, lorsqu'ils pourront être mis en jeu, leur action se reporte presque tout entière sur l'appareil lui-même, et s'il renforce notablement l'énergie des pièces diverses qui la composent.

Essayons de faire ressortir ces propositions, et de donner une idée de l'espèce de gymnastique qu’on peut obtenir à la faveur de mon appareil mobile,

On se rappellera que le bout de la corde à laquelle est attaché le bâton passe sur une poulie. Or, la personne en traitement peut elle-même, en tirant sur cette corde, se soulever et se hisser plus ou moins ; elle tendra par là à se courber en sens inverse de l’état pathologique de sa colonne épinière, et à produire encore une plus forte pression sur le sommet de Ja plaque,

De cette manière, ce sommet portera tout le poids du COTPS, et les côtes convexes se trouveront par conséquent fortement comprimées par ces élévations successives.

Il y a plus, les tractions sur la corde pourront être vives, fréquentes et saccadées , et leur effet compressif et répulsif se produira par là avec plus d'avantage encore,

Mais ne voyez-xous pas que pour obtenir ces mêmes effets salutaires , vous avez en outre le choix de faire agir les deux mains à la fois, ou l'une plutôt que l’autre, et par conséquent les muscles d’une des moitiés du corps seulement, si l’exercice prédominant de ces masses musculaires vous parait surtout avantageux. |

Supposons maintenant que la jeune personne en traitement soit fatiguée par ces mouvements des extrémités thoraciques , et qu'elle veuille se reposer : elle sera libre alors d’arrêter la corde, de manière que son dos soit complétement détaché du lit et qu’elle se trouve comme sur une balançoire,

Il lui sera facile, dans cet état, d'imprimer tous les mouvements possibles à cette dernière en n’agissant qu'avec les extrémités inférieures.

Mais chacun de ces mouvements sera une espèce de choc sur-ajouté au poids du corps, et qui va doubler l'effet déjà considérable de cette position. Celle-ci, du reste, pourra changer à l'infini, et donner lieu à une foule de mouvements variés et d’inflexions diverses, qu'il sera d’autant plus facile de multiplier et de combiner qu’on pourra se servir de poulies de renvoi, de moufles, etc.

En somme, mon compresseur mobile semble fait exprès pour se prèter à toutes les intentions du praticien et pour réaliser sur-le-champ toutes les indications qu'il croira de-

voir poser.

Ilaura de plus cet avantage, qu'on ne craindra pas d’indisposer les malades en leur recommandant mon moyen énergique ; c'est qu'ils se font un véritable jeu de ces exercices bizarres, et qu’on a plutôt besoin de modérer leur ardeur, que de les exciter à accélérer leur guérison par des procédés dont il leur est donné de connaître si bien toute la portée.

Le petit bâton transversal peut servir d’ailleurs à remplacer la plupart des exercices qu’on obtient au moyen d’une foule de machines ingénieuses et très compliquées, qu’on aperçoit dans les vastes salles destinées à la gymnastique. Ce luxe de procédés divers qu’on y déploie aboutit en dernière analyse à exercer diversement les extrémités supérieures et inférieures, et à provoquer de leur part une combinaison d'efforts variés. Eh bien! il n’est aucun de ces efforts que je ne puisse reproduire au moyen de mon bâton lorsqu'il est suspendu à une corde.

Figurez-vous en effet que le bout libre de cette corde, après avoir passé sur une poulie, tienne en suspension un

“poids quelconque. N’est-il pas évident que cette résistance.

pourra être vaincue de foutes manières et par des tractions dans tous les sens imaginables ; qu'une poulie de renvoi les variera encore ; que les pieds pourront y prendre part, au

LA

-gré de l'orthopédiste, et alternativement avec les bras, et.

dans telle ou telle position du corps que l’on jugera favorable?

Mais une considération du premier ordre tend à faire

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. k49 donner la préférence aux exercices du bâton , sur la plupart de ceux en usage danses grands établissements d'orthopédie. C'est que dans presque tous les mouvements qu'on cherche à y provoquer les quatre extrémités agissent avec [a . Même vigueur. Les deux membres supérieurs et les inférieurs

sont appelés en effet à faire les mêmes efforts, et certes cette action répartie, au même degré de force et sans distinction 2 sur les quatre extrémités et sur toutes les masses locomotrices, est le plus souvent un grossier contre-sens en orthopédie. Car, en bonne règle, l’un des côtés doit l'emporter sans cesse sur l'autre pour l'exercice, et il faut constamment faire prévaloir ce côté-là dans la gymnastique et les jeux.

Or, le bâton, au moyen de l'inclinaison qu'il peut prendre et garder, déterminera toujours et à volonté une prédominence partielle de contractions musculaires dans tous les exercices, quels qu’ils soient. Ainsi, par exemple, c’est le côté droit qui est en excès, et c’est lecôté gauche qu’on doit chercher à mettre plus particulièrement en jeu, en tout état de cause et aux dépens du côté droit. On y parviendra en plaçant le bâton de telle manière que celui de ses bouts que doit saisir la main gauche soit toujours le plus élevé, et que par conséquent cette main soit aussi celle qui ‘ait toujours le plus d'efforts à faire et sur laquelle roule la plus forte besogne. Sans vouloir provoquer de réformes trop radicales sur ce point, dans les grands instituts orthopédiques, je dois cependant appeler l'attention de mes confrères sur les moyens dont ils font usage, afin de les faire mieux coïncider avec le but qu’ils se proposent. |

Il est, du reste , un autre moyen facile de réaliser les bons effets de la gymnastique clinique, soit pour les personnes affectées de gibbosités , soit encore en faveur des individus faibles , convalescents, ou que leurs infirmités forcent de garder le lit. |

Un montant est placé au pied du lit, et s'élève de quelques pieds au-dessus de ce dernier. Un trou ou mieux une poulie donne passage dans la partie supérieure à une corde. A l'ex-

. trémité de cette corde, qui pend derrière le montant, on fixe . un petit sac qu'on peut charger plus ou moins pesimment, . et qui tend constamment à descendre. La personne fixée sur

le.Jit s’occupera à remonter de temps en temps ce sac, en tirant sur l’autre bout de la corde de la manière que lui prescrira son médecin , et avec l'effort aus celui-ci jugera convenable.

C’est ici, en effet, que la coopération. d’un homme de l'art judicieux est absolument nécessaire ; qu'il importe qu'il détermine quels sont les muscles qui doivent être mis particulièrement en action , et comment il faut les exercer.

Voici quels sont les différents exercices qui peuvent avoir lieu sur cette couchette surmontée d’un montant vertical : avec les deux mains réunies, ou alternativement avec l’une ou l’autre main, s’il s’agit de fortifier tout l'appareil musculaire , on saisit la corde placée comme il vient d’être dit, et on soulève, en tirant dessus, le sachet plus ou moins pesant qui y est attaché. En lâchant ensuite la corde, le poids redescend brusquement pour être de nouveau enlevé aveceffort et relâché de même , et ainsi de suite.

S'il n’est question de rappeler la force que d’un côté seulement, l'exercice dont nous venons de parler n’a lieu qu'avec la main et le bras de ce même côté-là ; du côté gauche , par exemple , si la convexité est à droite, ef vice versd. Or, cette main et ce bras , et par suite tous les muscles du côté correspondant qui s’attachent au tronc, sont diversement agités et mis en jeu par les mouvements variés qu’ils exécutent quand on tire sur cette corde ; et je dois dire qu'il en est peu qu'on pe puisse imiter très bien par ce procédé. Car si d’un côté il faut tirer à soi pour soulever le poids qui pend derrière le montant fixé au pied du lit, d’autre part en faisant passer la même corde derrière la tête sur une poulie de renvoi, on pourra faire remonter le petit sac en poussant devant soi.

De ces deux mouvements de traction et de répulsion et des efforts qu'ils nécessitent, naissent ainsi des exercices tellement variés avec les extrémités thoraciques, que l'homme de l’art pourra faire choix à volonté de ceux qu'il croira particulièrement convenables et utiles, et les faire exécuter aussi long-temps et aussi souvent qu'il le jugera nécessaire.

Veut-il également mettre en jeu les efforts musculaires des extrémités abdominales , et lui importe-t-il par exemple d'obtenir ceux qui accompagnent la progression et même

l'ascension d'une échelle , d'une colline ? Il fera ajuster aux pieds et en forme d’étriers , des cravates qui seront fixées à la corde qui passe sous la poulie de renvoi, de sorte qu’en étendant et fléchissant alternativement les deux cuisses et les deux jambes et en appuyant des pieds , il sera facile de faire descendre et remonter alternativement aussi le pesant sachet, c’est-à-dire qu’on pourra exécuter avec les extrémités inférieures les mêmes efforts auxquels on est obligé de se livrer quand on veut faire une ascension quelconque.

Maintenant, à ces efforts des pieds, des jambes et des cuisses , ajoutez ceux que, simultanément, vous pouvez faire avec les mains et les bras sur une autre corde à votre disposition , Comme pour saisir un point d'appui et vous y accro cher : vous aurez par cescombinaisons le complément de tout ce qui nous arrive quand nous gravissons la montée la plus escarpée.

Il est évident qu’au moyen de ces dispositions , assez simples, on peut, dans un lit, imiter l’homme qui scie, celui qui tire, pousse, soulève , marche, monte et gravit. Mais ce qui est ici surtout de la plus hauteimportance , c'est que tous ces exercices variés se feront toujours avec tel degré de force qu'on croira utile et nécessaire , puisqu'il ne s'agira en effet

que de modifier en plus ou en moins la résistance fixée à la corde par l'addition ou la soustraction d’une partie du poids des sachets.

Remarquez bien encore que ces efforts sur ce montant sont d'autant plus précieux, qu’ils ont lieu dans une position avantageuse pour l’épine affectée, et sans qu’elle soit fatiguée par le poids de la tête ou des parties superposées à la déviation. Ajoutez enfin que ces exercices deviennent des espèces de passe-temps , d'occupation, de récréation, de jeux même, qui rompent agréablement la triste monotonie du séjour prolongé sur un lit, et qui sont d'autant plus commodes qu’on peut les prendre, les laisser, les reprendre et les varier à l'infini , suivant une foule de circonstances qu’il est inutilé d'énumérer. |

Du reste, on voit encore ici que, fidèle à mon système, : j'écris surtout en faveur du grand nombre, et que je m’applique sans cesse à ramener mes moyens aux termes les plus

simples. I sera toujours assez facile de les surcharger de ressorts et de poulies : la tendance naturelle de l'homme de l'art, du malade ou de ses parents pour ce qui s'éloigne de la simplicité , et le besoin qu’ontles ouvriers, en général, de faire briller leurs talents et leur génie inventif, sont d’assez sûrs garants qu'ici comme partout on ne restera pas en arrière en fait de luxe de machines et de moyens ingénieux et très compliqués.

Je dois le répéter , le mérite essentiel et incontestable de ceux que j'indique , et qui constituent ma gymnastique clinique, c’est d'être simples , faciles à saisir, à la portée des ressources pécuniaires et de Fintelligence de tout le monde, les plus expéditifs et les moins gênants que je connaisse (1).

(4) La gymnastique clinique se recommande d’ailleurs tout particulièrement comme agent soit (thérapeutique, soil hygiénique. Aussi ai-je conseillée avec succés aux convalescents, aux personnes valétudinaires, nerveuses , hypocondriaques ; à tous les sujets délicats, scrofuleux, rachitiques, scorbutiques ; aux gens casaniers par inclination ou besoin; à certains paralytiques. Ne pourrait-on pas établir quelques moyens analogues dans les maisons de détention ?

Dans les hôpitaux ils doivent surtout trouver faveur, et principalement dans ceux pour les enfants, où ceux-ci ont tant besoin d’activité, de passe-temps et d'objets de récréation. J’ai introduit ce moyen d'exercice à l'hospice de Lausanne , où l’on a vu un malade perclus de douleurs regagner ses forces et assouplir sessmembres demi-ankylosés, en même temps qu’il a égayé la chambrée par ses mouvements grotesques et les lazzi auxquels ils donnaieut lieu.

On pourra sans doute rendre mon appareil pour les malades plus élégant, plus compliqué et plus recherché, mais je ne le conseille pas, et je ne vois pas trop ce qu'on y gagnerait. Des trous à une planche ou à un montant qui donnent passage aux cordes et qui font l'office de poulies, n’ont pas l'inconvénient de faire du brait comme ces derniéres, et les sacs de toile en glissant le long de la planche, sont également inaperçus, et sont, sous ce rapport, préférables à des poids métalliques qu’on accrocherait aux cordes, et dont le frottement serait incommode et. bruyant; il faudrait au moins rembourrer les montants. Je le répète, c’est par son extrême simplicité et sa facile application que je désire que mon moyense distingne. Il peut ainsi s'adapter sur le plus triste grabat, comme sur la couche somptueuse préparée par la mollesse, et permettre au pauvre et au riche de soutenir leurs forces musculaires , et d’en acqüérir même, tout en leur donnant les moyens d’un travail et d'un jeu propres à faire diversion aux circonstances où ils se trouvent.

Comme hygiénique proprement dit, et pouvant étre utile aux personnes actuellement bien portantes, mon nouveau système se recommande encore d'une manière avantageuse. |

On pourra en faire usage partout: dans un jardin comme dans un sa-

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. 453 ARTICLE X. fnnocuité de mes moyens.

Nous avons vu que tous nos liens sont larges et ouatés, d'où il résulte qu'ils blessent rarement, et qu'on s’habitue bien vite à leur pression et à l'espèce de gène qu’ils occasionnent dans le début. On peut éviter d’ailleurs toute irritation en Jes desserrant au besoin, en variant la pression, et en interposant de petits matelas ouatés là où ils seront jugés nécessaires pour protéger les parties,

Les frictions spiritueuses dont j'ai parlé viennent. encore fort à propos pour durcir les téguments et détruire leur sensibilité , quand elle a été momentanément exaltée.

Pu reste , il est facile de voir qu'aucun de ces liens ne peut blesser les seins, et que le bassin n’est comprimé que d’un Côté, et JAMAIS circulairement et de manière à le déformer.

Quant à la poitrine , on peut dire que le gilet ne presse pas davantage que le corset ordinaire des femmes ; que son action nest point circulaire comme celle de ce dernier ; que le côté concave ne la perçoit point, puisque la béquille axillo-pelvienne le protège ; que la compression n’atteint guère que la moitié de cette cavité; qu’elle peut donc en quelque sorte être assimilée à une simple pression semi-circulaire , et bornée presque à la partie convexe et antérieure du thorax.

Cette dernière proposition ou estimation ressort de ce que la saillie de la bosse sur laquelle passe le lien, protège toute

la région dorsale, tout comme la béquille soulage ce qui con- cerne la région latérale. Aussi tous les mouvements. et tous les exercices restent faciles , malgré la présence de ces divers moyens contentifs.

D'ailleurs, à chaque instant du jour comme de nuit, la personne elle-même peut modérer leur action et la faire disparaître complétement. Il suffira, pour obtenir ce dernier résultat dès qu'on le croira nécessaire,ou simplement utile, d'adapter à la partie antérieure du gilet ‘quelques attaches pareilles à celles du second dos et qui le serrent par derrière. Les unes seront en quelque sorte les régulatrices des autres, Jon, dans un cabinet de travail, et même au coin du feu, debout, assis

ou couché, etc., suivant les circonstances, les besoins ou les caprices de chacun.

et leur action pourra se modifier réciproquement, de manière qu’en serrant ou relâchant celles qui sont par devant, on relàchera et serrera celles quiagissentpar derrière, ef vice versd.

ARTICLE XI. Simplicité de mes moyens, et facilité qu’ils ont d’être mis à la portée de tout le monde.

Tous les hommes de l’art qui ont pris la peine de visiter les établissements orthopédiques les plus célèbres, et de chercher à se rendre raison du jeu des machines de tous genres qu’on y entasse, seront frappés de la simplicité de mes appareils ; et j'aime à croire qu’ils voudront bien leur accorder aussi, ce qui ne s'allie guère qu'avec la simplicité , une plus grande énergie et une utilité plus générale.

Pour mettre mes confrères à même de mieux juger de mon travail actuel et de son application facile, je vais passer en revue mes divers moyens, enles plaçant successivement dans l'ordre où ils doivent être appliqués , lors d’un pansement ordinaire.

Le sujet en traitement est déshabillé , dans ce qui concerne la région postérieure et latérale du thorax, et on a eu soin de recouvrir préalablement tout le reste du corps, suivant les “exigences de la température actuelle, et d’après les règles qu'imposent la pudeur et les convenances. On vient de faire disparaitre toutes les pièces d'appareils, de sorte que les saillies osseuses se trouvent maintenant à découvert.

La personne est assise ou debout, le bras du côté concave soutenu sur le dossier de la chaise ou sur l'épaule de l’opérateur. Celui-ci porte une main sous l’aisselle du côté convexe et l’appuie suffisamment, tandis que de l’autre main il procède aux pressions, massages et frictions, pendant le temps et avec la force convenables.

Le gilet est ensuite réappliqué sur la chemise et avec la différence que réclameni à ce sujetles deux modes de compression que j'ai indiqués , et suivant qu’on veut faire immédiatement usage de l’un ou de l’autre des compresseurs connus. Dans les deux suppositions, on réitèrera en masse de nouvelles pressions, qui auront pour but d'asseoir mieux encore les diverses pièces de compression et de constriction.

Giles bras, les mains et le genou ne suffisent pas pour

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. k55

cette opération subsidiaire, on fera jouer da presse mécanique sur tous les points qu'on veut assouplir et faire céder encore, et aussi long-temps qu'on le jugera à propos.

Comme cette forte pression a ordinairement un effet marqué, et que ce résultat avantageux se manifeste par un léger relâchement des liens, on resserrera ceux-ci avec le jugement et la prudence nécessaires. C’est du moins la conduite qu'il faudra tenir si l'on a recours au compresseur fixe.

Mais si c'est au compresseur mobile qu’on veut confier la suite de l’opération de redressement, on placera l'individu sous la corde de suspension, et l'on y adaptera l'appareil que j'ai décrit, et dont on connäît le jeu facile. On le dirigeraà à volonté en indiquant la pose sur le dos ou sur le côté, suivant qu’on aura à repousser de préférence la partie postérieure , ou celle plus ou moins latérale de la convexité thoracique.

On le voit &'ailleurs, l'appareil sera exactement le même, soit qu'il s'agisse d'abandonner la compression ultérieure à l'agent fixe ou au mobile ; mais avec cette différence essentielle que , si le compresseur fixe doit être en action permanente, les liens seront sfrictement serrés; tandis qu'ils ne seront que modérément appuyés, si l’on veut faire usage du compresseur mobile.

On conçoit sans peine la raison de cette différence ; mais si l'on avait quelque doute sur l’utilité de la présence d’un appareil complet, lorsqu'il ne serait question que de faire agir le compresseur mobile, je dois rappeler que je tiens comme à un précepte de rigueur que, dans aucun cas, le thorax ne soit sans un soutien permanent, et qu'il faut donc toujours être en mesure de recourir à ce soutien, chaque fois que pour des besoins naturels ou imprévus, des leçons, des repas, etc., le sujet en traitement devra quitter momentanément le compresseur mobile.

Or, dans toutes ces suppositions, on s’empressera de serrer tous les liens du compresseur fixe, afin que l'absence d'appui, même instantanée , ne gête rien au bénéfice obtenu , et qu’en rentrant sous la corde de suspension, on n'ait rien perdu de l'effet produit par l'influence de la compression mobile. Il va sans dire qu’on relâchera ces mêmes liens aussitôt qu’on recourra de nouveau à ce dernier mode de compression,

C’est dans ces cifconstances qu’on pourra apprécier l’avantage des quelques liens placés sur le devant du gilet, puisque leur constriction seule équivaudra à celle des liens du second dos ,,et mettra ainsi tout individu intelligent en demeure de les serrer par précaution , quand il devra quitter la corde verticale , et de les desserrer immédiatement après qu’il se sera remis sous l'action énergique de ce même moyen.

Il est clair qu'on ne tiendrait pas une conduite moins prudente s’il était question de la fracture d’un membre. Or, le redressement d'une déviation spino-costale exige exactement, avons-nous dit, les mêmes procédés, les mêmes précautions que les solutions de continuité des os des extrémités , si, du moins, l’on est jaloux d'obtenir des résultats prompts, heureux et sûrs.

On voit, au surplus , que je ne veux négliger aucun des moyens propres à mieux arriver au but, pourvu qu'ils puissent se concilier avec le principe que j'ai établi pour le re- ‘ dressement mécanique des ares cos{to-rachidiens anormaux. On remarquera, en effet, que je suis constamment resté fidèle à ce principe d'agir simultanément et contrairement sur les extrémités de ces arcs d’un côté, et sur leur centre de l’autre ; car il est assez indifférent pour l'effet d'attirer les unes et de repousser l’autre, comme je l'indique au sujet du lit, ou de repousser les premières et d'attirer le second, ainsi que je le fais au moyen de la béquille.

L'essentiel sera toujours d'éviter le système irrationnel des tractions opposées sur la tête et le bassin, ou, ce qui est la même chose, sur les bouts de la courbure spinale. On renoncera d'autant plus volontiers à ce mode fâcheux peu énergique et excessivement compliqué et difficile à manier, qu'on aura à sa disposition aujourd'hui des moyens entièrement différents et bien propres à abréger beaucoup une médication , jusqu'ici aussi longue que pénible et coûteuse.

Tout praticien intelligent sera donc à même maintenant de saisir le mécanisme simple de ces moyens, et d'en faire une judicieuse application. Et comme le mal n’est pas un de ceux où les indications varient rapidement, où les changements dans l'appareil soient fréquents , et où la réapplication de ce dernier offre de grandes difficultés, on pourra s’en rapporter

TRAITEMENT DES GIBBOSITÉS. L57 encore aux Soins d'une personne intelligente, étrangère à l’art de guérir , et qu'il suffira de diriger, de loin en loin, après qu'elle aura été suffisamment éclairée. La cause du mal , ses effets, ceux qu’on veut obtenir de l'appareil, la manière d'agir de ce dernier, les procédés à suivre , et les détails que réclament les pansements de tous les jours : tels sont les objets sur lesquels doivent rouler les explications.

Ce sont , du reste et le plus souvent, des jeunes filles qui sont affectées de déviations spino-costales, et les convenances exigent que des mamans, des femmes de chambre, des personnes du sexe en un mot, soient chargées des détails déligatoires de chaque jour. Elles s’acquittent en général mieux que les hommes de ces soins minutieux de toilette: elles en suivent les effets sans peine, et n’ont guère besoin que d’une surveillance , à des intervalles plus ou moins longs, pour être maintenues dans la bonne voie, et pour faire et recevoir des observations convenables, afin qu’on avise aux changements à apporter à quelques pièces de l'appareil, s’il y a lieu.

Les femmes sont plus propres que nous à ces petits soins : ce sont des objets de leur ressort, et elles s’en acquittent si bien , qu'on peut les leur confier en toute sécurité. Il m'est arrivé assez souvent d’avoir été des semaines, et des mois même, sans revoir des jeunes personnes, ainsi soignées et abandonnées. Mais si, le plus souvent, je n'avais que des éloges à distribuer malgré ce défaut de surveillance , j'ai eu lieu , dans quelques circonstances , de regretter vivement l'absence de mes conseils et de l'œil du maître. L’éloignement des sujets affectés ; l'opinion avantageuse qu’avaient de leurs talents les mères ou les gouvernantes ; leur déplorable négligence ou le contentement qu’elles éprouvaient pour des résultats obtenus et jugés suffisants; voilà une partie des causes qui n’ont fait gémir, et que je dois signaler aux hommes de l’art, afin qu'ils les évitent s'ils le peuvent.

Nous devons d’ailleurs abandonner aux dames tous les détails de toilette propres à masquer ou à atténuer l'aspect que présente une jeune personne qui est en traitement, et quon voudrait produire dans le monde. On pourra y avoir égard, dans la confection de la béquille et de ses diverses pièces ; on se relâchera momentanément pour un bal, une soirée, de la

rigueur des constrictions et de l'élévation de l'épaule par la béquille. On aura une plaque plus légère et moins saillante : on permettra d'innocents remplissages sur quelques endroits suffisamment protégés : d’ailleurs on s’en rapportera à l’art de la tailleuse en dames , pourvu qu'il soit bien dirigé , etc.

J'ai été l'heureux témoin du bonheur qu’éprouva une demoiselle âgée de dix-neuf ans, d’avoir pu enfin se parer avec une certaine robe. C'était là le terme de son ambition, ét, gräce à quelques petits manéges , elle a été pleinement satisfaite. En partageant l'extrême contentement de mademoiselle G., j'ai eu l'avantage encore d’apprendre ce qu’est, en termes de l’art, une robe lisse.

Il n’a été question jusqu'ici que des gibbosités latérales ; mais s'il s'agit d'une déviation postérieure, les mêmes principes seront applicables , et avec bien plus de facilité : position, massages, pression , compression, tout sera exécuté avec les seules réserves apportées par la différence de région.

La presse est cependant inadmissible , et je lui substitue un cylindre plus ou moins volumineux ou élevé, sur lequel se couchent et se roulent plusieurs fois par jour les sujets en traitement {1). Ce moyen suffit assez souvent pour assouplir et repousser en avant la saillie spinale. Le compresseur mobile n’a d’ailleurs rien de particulier , et le fixe prend son point d'appui sur les deux moignons de lépaule , au moyen de liens larges et ouatés , placés à peu près dans le genre du 8 de chiffre des auteurs.

Si la déviation occupe les vertèbres cervicales, la tête se présente dans une mauvaise position. Il est assez souvent possible de là ramener ou de corriger cette défectuosité en agissant avec prudence sur le front, le menton ou les tempes, et en prenant son point d'appui sur le thorax au moyen d'une tige métallique. Les massages que l'on connaît, les attitudes

(4) On conçoit aisément qu'un pareil rouleau aurait également une trés grande efficacité dans les déviations latérales. En y plaçant directement sur le côté convexe les jeunes personnes contrefaites, et en leur recommaudant des mouvements de va-et-vient dans cette position et avec la tête inclinée en bas, il est clair qu’on aura par là un moyen trés énergique de compression locale. (Voyez, du reste, la figure 97 et l’explicatiou des planches, page 44, où se trouve un compresseur nouveau, le dorso-bis-axillaire. }

qu'on fait prendre et garder, les efforts variés qu'on engage à faire et à soutenir , contribuent puissamment à d’heureux changements lorsqu'ils sont encore possibles.

Ces derniers mots s'appliquent du reste à toutes les affections en général, et à celles des os en particulier. Il est bien clair , en effet, qu'ici comme ailleurs, des bornes sont Imposées à la volonté et à la puissance de l'artiste ; et que là où il y a ankylose complète, amalgame de plusieurs vertèbres entre elles, destruction du corps de quelques autres , etc. , il faut savoir se résigner. Or, ces circonstances se rencontrent trop souvent; et si elles attestent les heureux efforts de la nâture contre un mal grave antérieur, elles nous commamdent aussi les plus grandes réserves pour ne pas donner lieu à sa reproduction.

Dans les déviations des côtes , où celles-ci, au lieu de se présenter sous la forme pius ou moins régulière d’un segment de cercle, affectent celle d'angles plus ou moins aigus, et presque tranchants du côté de la bosse; lorsque les côtes vis-à-vis sont en même temps droites où même concaves , êt que pour surcroit de malheur les vertèbres déviées figurent elles-mêmes une incurvation angulaire, il semble qu'il y a bien peu de chose à espérer. Le cas est, en effet, très difficile et embarrassant. C'était cependant celui de la jeune demoiselle à la robe lisse! Mais où trouver encore une pareille force de volonté, un caractère si prononcé , et une résignation à tant d'épreuves ? Elle voulait remettre sa taille absolüment et à tout prix, et elle ne se platgnaït que de ce qu'on ne faisa t pas agir la presse assez souvent et avec assez de violence. Guérir ou mourir, telle était sa devise; et il lui est même échappé de s'écrier un jour : Guérir, ét puis... MOURIR !

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