‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 74 sur 84 · NOUVELLE MANIERE DE TRAITER LES ULCÈRES · texte numérisé non relu

NOUVELLE MANIERE DE TRAITER LES ULCÈRES

Lesulcères chroniques dits atoniques et variqueux, surtout ceux si hideux qui déforment les jambes, qui fournissent une sanie fétide et abondante, qui sent si opiniâtres à guérir, si faciles à se reproduire, et qui font le tourment des hommes de peine et des classes inférieures : ce genre de mal est très commun en Suisse. |

Je l'ai combattu durant ma longue pratique avec toutes les armes indiquées par les auteurs ; mais mes succès étaient souvent 08 longs à obtenir, et surtout de trop courte durée, pour que j'aie cessé de faire de ce triste sujet celui de mes réflexions et de mes recherches. |

Un séjour à Aix , en juillet dernier , me fit faire la connaissance du docteur Bavat: qui à écrit sa thèse en 1833, et en 1836 une monographie Sur le traitement curatif des varices. La lecture de ces deux brochures, les assertions de leur auteur, la confiance qu'il m'inspira , me firent revenir au système préconisé par ce jeune praticien pour la guérison des ulcères ci-dessus'; mais ce fat en opérant d’après la méthode du docteur Fricke, de Hambourg, c’est-à-dire en me contentant de traverser le tronc des veines avec un simple fil. Seulement, et à l'exemple de M. Davat, je multipliai dès lors, : autant que possible , le passage de ces fils, et je vis se former en effet par là des cordons solides, là où auparavant on découvrait de nombreuses et manifestes dilatations veineuses.

J’obtins bien encore par ce même procédé quelques guérisons ; mais, Je dois l'avouer ‘elles furent bien loin d’être aussi sûres et brillantes que j'avais lieu de l’espérer en me rappelant le succès qn’annonçait si positivement le docteur d'Aix. Je n’accusai cependant pas celui-ci d’avoir mal vu ni de s'être laissé engouer, mais je craignis uniquement d’avoir été trop

maladroit dans le choix des troncs veineux sur lesquels j’avais opéré, ou d’avoir négligé quelques branches collatérales et anastomotiques qui continuâient d'entretenir une circulation en quelque sorte pathologique. Aussi je me fis d'autant moins faute de revenir à mes opérations qu’elles étaient tout-à-fait innocentes , et qu “elles ne portaient aucun trouble dans l’économie des opérés.

J'en étais là ces jours derniers ( 26 septembre 1837) avec ces tàtonnements , lorsque j eus , à l'hôpital , la visite d’un habile médecin anglais , le Abe Coxe, en présence duquel je réitérai deux de ces perforations veineuses, que jerecouvris desuite, comme je le fais ordinairement, d’une épaisse couche de coton.

Surpris de ma hardiesse, mon confrère d'outre-mer me demanda si je n'avais pas des.accidents à redouter et si j'étais satisfait de ce mode de faire. Quant aux phlébites, je le rassurai complétement ; mais sous le rapport des résultats, il ne me fut pas possible d’être aussi explicite.

Pour toute réplique, M. Coxe m’envoya le surlendemain une petite brochure que son beau-frère, le docteur Skey, chirurgien à l'hôpital Saint-Barthélemy de Londres, a fait paraître le 20 juin dernier, sous le titre de New mode of trealment of ulcer and granulating wounds. Je m'empressai de parcourif cet opuscule, remarquable autant par la clarté et la logique que par les vues nouvelles qu’il renferme. Aussi j'ai pensé qu’une analyse de cette production, encore si peu connue, ne déparerait pointun nouveau système de déligation, et que je ne dérogerais en aucune manière en jouant ici le rôle subalterne et modeste de traducteur.

Du reste, je me résumerai en ne donnant qu’une simple analyse de ce mémoire, et je ne m'étendrai même guère que sur ce qui me paraîtra utile au praticien. Les déductions théoriques auxquelles se livre par-ci par-là notre auteur peuvent être fort justes et surtout très judicieuses, mais Je ne ferai connaître que les conséquences qu'il en tire.

M. Skey révoque en doute la relation de cause et d’effet qu’on dit exister entre les ulcères des jambes et les varices qu’on observe si fréquemment dans ces parties. On sait en effet qu’on trouve des ulcères sans varices; que ces deux

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formes d'affections sont plus souvent isolées que conjointes ; : qu'il n'y à aucun æappor tentre leur gravité réciproque ; qu'un ulcère, peut être Ta de kS varices très volumineuses ; cl vice versd. W

… Contrairement à ADinion généralement admise, M. Skey ne croit pas que la circulation soit empêchée dans les capillaires par la plus g grande dimension des saphènes il pense au contraire que leur obstruction aura plutôt cet effet-là, et que latransmission du sang. des capillaires dans de gros troncs veineux sera d'autant plus facile et préviendra mieux l’engorgement des petits vaisseaux { lequel on accuse généralement ici), que les saphènes auront acquis un diamètre plus considérable ; car plus ces dernières. seront volumineuses, plus aussi le cours du sang y sera libre du côté des’capillaires , et moins encore.le sang artériel rencontrera d. obstacles à on avancement.

Si notre auteur n'insiste ici que sur la circulation “dans es artères, c'est qu'il envisage les veines comme e purement passives et comme. de simples tubes inertes.

Aussi, ne s’arrêtant qu’à l'influence des artères dans le

mal qui nous occupe , il se.demande si la compression tant recommandée, au moyen de bandes, de bas lacés, de bandelettes agelutinatives, ne devra pas évidemment aceroitre les difficultés de la circulation dans. Tes capillaires artériels , et pourtant on accuse dans ces derniers des obstacles à a Fe transmission du sang. de.

M. Skey, je le répète, tout en admettant un vice circulatoire pourla production des ulcères chroniques, ne l'entrevoit que dans le système capillaire où il existe un défaut manifeste d'impulsion. Que ce défaut d'action soit primitivement dans les extrémités artérielles elles-mêmes ou. dans le système nerveux, peu importe; mais il paraît évident à M.Skey que tous les phénomènes morbides qui ont lieu dans des parties aussi éloignées du cœur ef qui attestent une langueur fonctionnelle , doivent plutôt être rapportés aux systèmes circulatoires. Ce n’est pas, dit-il, que les capillaires artériels éprouvent la moindre difficulté à contenir le sang qui y circule, maisils en ont seulement à le faire passer dans les veines. : .

TRAITEMENT DES ULCÈRES. 475 Je ne suivrai pas l'auteur dans ses déductions sur ce point, ni dans ses distinctions des divérs ulcères ; nous dirôns ‘seulement qu'il-en tire cette conséquence, que le traitement qu'il recommande sera applicable à toute espèce d’ulcère dépent dant de faiblesse, et que dans cette catégorie ikdoïit ranger plus des neuf dixièmes de ceux qui affectent les extrémités inférieures, et une très grande proportion des ulcères situés dans d’autres régions; et il ajoute qu'il n'en est point où son traitement ait plus d'avantages marqués que € dans cette forme si fréquente d’ulcères chroniques et calleux qui à affectent les jambes des personnes âgées. 4 Il cite à l’appui et range ici ce fait constant et: bioin connu, que les plaieëguérissent d'autant plus vite, qu'’ellès ont leur siége plus près du cœur ; et que la torpidité ‘est l'apanage de toutes celles qui sont placées dans les parties éloignées. : M. Skey à divisé sa monographie entroisparties® Il traite dans la première des ulcères «en général, dans la seconde de quelques propriétés de l'opium ;-et dans la troisième:il “5 porte, seize observations.

‘ÆEn revenant sur les varices, M. Skey ne croit pas qu al puisse y: avoir un grand ayantage à l’oblitération de ces veines, pour la guérison desulcères, fussent-ils associés avec des varices: et sur le même individu. Il lui parait beaucoup plus raisonnable d'aller au devant. des exigences des veines én guérissant Pulcère ,‘attendu que:là communication éntre ces vaisseaux et les petites artères.sera LE là parlaient rétablie ou plus libre:

Ilse contente, dit-il, de: faire ct l'ulcère, et s’il peut y parvenir sans ‘agoraver la Condition des veines, cela lai suffit pour garartie:du traitement : il die même La on ne doit pas aller plus loin. be M. Skey, en parlant de la compression, estime qu'elle excite et stimule si elle est modérée; mais que si elle ‘est poussée au-delà de ce premier ie elle produit l'infarmmation, ‘Entre ces deux termes il existe celui qui provoque une absorption progressive, et qui est fréquemment mis en usage pour accélérer la guérison. Aussi M: Skey avoue bien que les ulcères. les plus difficiles à guérir, ceux dont les bords

sont calleux, où il n’y a ni bourgeons ni pus louables, acquièrent une surface vermeille et dônnent une bonne matière au liéu d'ichor, aussitôt qu ‘ils sont sous l'influence de la compression, et que celle-ci stimule leur énergie. Cependant notre auteurn’ est nullement convaincu des avantages de cette même compression pour ce qui concerne les ulcères. Il ne peut sans doute nier qu'elle agit comme un stimulant sur les vais- -seaux d’un individu affaibli par l'étatsédentaire et l’inaction ; mais il lui est impossible de se persuader qu’elle ait, au rétablissement.de la santé, non, pas seulement une part essen— tielle , mais même une très accessoire.

Toutefois , et en admettant dans toute sa valeur le mérite que les partisans de la compression assignent à cette dernière , et en l’envisageant comme un bon moyen dans le traitement de quelques ulcères et de certaines plaies, M. Skey est convaincu que ses avantages, s'ils n'ont pas été exagérés, ont du moins été mal. compris. Une compression modérée et sur une surface ulcérée, peut agir comme un excellent stimulant ; elle est d’ailleurs avantageuse lorsque le membre est considérablement engorgé , et lorsque le malade ne peut pas garder le repôs. Cependant dans la plupart de ces cas, si le mal peut être attaqué dans sa cause et guéri radicalement, cette compression sera inutile.

Son application a d’ailleurs bien des inconvénients : 4° le malade souffre si elle est vicieuse, et les soins mêmes du chirurgien ne le garantissent pas toujours de ce résultat; 20 elle exige pour ÔOr, rouler et placer de nouveau la bande

un temps trop long ; 3 elle n’est pas à la portée des pauvres ; Lo elleest souvent accompagnée de tirailtement et d’irritation, surtout si l’on a recours aux bandelettes agplutinatives (1). La manière d'exercer la compression consiste dans une (4) Ce motif aura bien moins de valeur aux veux de M. Skey, quand il saura que mes deux triangles s'appliquent et S’ôtent si Jestement, et qu'ils sont toujours préts à étre réapnliqués. Aussi il y a gros à parier que M. Skey va répudier les bandes aussitôt qu’il aura connaissancetde ces triangles; et que, si aujourd'hui je vante son nouveau mode, demain ilira prônant partout mon, nouveau système. Peut-être ne perdronsnous rien ni l’autre , nike! public, ni les chirargiens , à cette réciprocité

de bons services de conf êres qui se posent, bravement comme nova-

teurs , et en qualité d'’ apôtres zélés d'une réforme radicale dans les pansements.

TRAITEMENT DES ULCÈRES. 471 bande de calicot appliquée avec soin, mais pas trop légèrement. La compression doit diminuer à mesure qu'elle approche du genou, surtout si le mal.a son siége près. des malléoles. S.

Du réste, à.part l’engorgement considérable du membre ) et le cas où celui-ci a besoin de support et d’un. stimülant pour favoriser momentanément l'absor ption , M. Skey refuse toute espèce de mérite à la compression. |

M.Skey s'exprime ainsi en abordant la question suivante : « Est-ce peut-être une opinion plutôt reçue que bien fondée, qui commande certaines précautions lorsqu'il s’agit de guérir de vieux ulcères? L'idée a quelque chose de plausible, qu'une apoplexie, par exemple, ou une autre affection redoutable, puissent survenir après la cessation d’une sécrétion long— temps Continuée; mais cette opinion est-elle basée sur l’expérience, sur des observations exactes ? » L'auteur n’en possède que de négatives, et qui sont toutes en faveur des tentatives propres à faire cicatriser toute espèce d'ulcère qui serait nuisible à la santé où qui aurait des inconvénients. « Mais cette règle de pratique a très probablement des exceptions qui n'échapperont pas à la sagacité du chirurgien. » |

« L'observation des meilleurs praticiens (Whately ON derwood , B. Bell), s'accorde d’ailleurs en ceci , que la conséquence de la guérison d’un ulcère a toujours été l'amélio-

ration de tout le système. 4

» Ilexiste sans contredit plusieurs faits qui prouvent que la mort a été la suite de la disparition d’une irritation locale long-temps continuée ; mais il est bon de noter que le chansement était alors subit , et qu’ila dû produire un choc manifeste sur le système nerveux; tandis que la guérison des ulcères est, dans tous les cas, nécessairement lente et de longue haleine.

» Du reste , dans Île traitement que j ai adopté, et chaque ‘ fais qu'il a été couronné de succès , ça toujours été avec un tel avantage pour la santé générale, que jé ne saurais admettre les craintes d’une nouvelle maladie que sous la réserve expresse qu’elle serait excessivement peu probable,

». Tout paraît ici dépendre de la position sociale et des habitudes du sujet. S'il n’est pas accoutumé à des exercices

BTE ue à TRAITEMENT DES ULCÈRES. ” corporels ; s'il ades moyens et les.dispositions de suivre un genre de vie, indolent ,ilest bon de prendre quelques précautions afin de prévenir un danger, sinon imminent, du

moins possible, Siau contrairetlé malade estrobligé , pour sa propre subsistance, de faire beaucoup d'exerci ices, il estassez naturel de croire,que la ressource. préventive Ja plus efficace sera, pourelui, de contiquer à gagner son pain à. la sueur de son fr ont net de maintenir uniforme et normale la distribution de son'sang'artériel, » js

Notre. auteur n'admet aucun des, motifs qu 'alépusht 1É praticiens en faveur de la permanence ou de la durée plus ou moins, considérable de la guérison, de ce qu'elle. aurait été obtenue par. tel ou tel stimulant local; que celui-cissoit un caustique , la compression oule lint tu UT sert de M té aux chirurgiens anglais ). 7e is

«Chacun, dit-il, comprendra aisément: qu’un tal qui à guéri sous. id Badiée du repos, pourrase reproduire par l'exercice, ou que l'absence. du mouvement sera funeste lorsquel'éxertee a été un, des élémentsindispensables. de la guérison, Ainsi, en supposant. que l occupation d’un malade, dans l’ état de santé , s’ accompagne d’un: éxercice-violent, on doit présumer qu'ilsera convenable que la cures’ ‘effectue par des moyens. qui ne soient pas incompatibles avec quelques. uns de ces mêmes exercices pendant la durée du traitement.

» On pourrait dire, relativement au mode de:traitement que je vais-recommander, que les effets de certaines médications sont. trop rapides pour être permanents, et que les guérisons sont plutôt ébauchées, qu'accomplies. Je les appelle accomplies et de Ja manière la plus favorable que ces sortes de maux.soient susceptibles d'admettre, vu leur naturé spéciale, lorsqu'elles ont lieu sans le secours d'un. moyen local quelconque. Or ,il n'y a aucun rapport entre un agent local et constitutionnel quand il s'agit de la permanence de la cure. Avec le premier onvexcite ; il est vrai, une.action locale qui est essentielle à l'accomplissement de l’ œuyré; mais dès que cette action cesse, le :mabreparaît aussitôt ; parce qu'il exige un topique excitant dont la ne di et l AE d'action sontindispensables..:, di. bou PA ee

» On peut qualifier ces cas d'ébauchés, parce que la non-

Ris. ,

TRAITEMENT DES ULGÈRES. 479:

chalance des convalescents ne peut tenir contre no) des moyens qui sont requis pour continuer la cure, et que la rechute test alors de plein droit. Lors, au contraire pauc le procédé curatif et nécessaire à eu lieu par Vintermé di aire des forces de la nature, celle-ci pour ra conservemceelte faculté awmoÿen, de$ améliorations qu'on lui fera subir, et on les

maintiendra sans difficulté lorsqu'il sera nécessaire continuant l'usage des moyens réquis.

» J'ai obtenu ereffet dans la plupart dés cas que j'ai soi gnés avecun traitément local d’une seule semaine, les condi= tions nécessaires à une parfaite cicatrisation, êt Je DU dire en général que je mai pas eu dé rechutes. »

Dans cette première partie de l'ouvrage de M. "Skey ; Qt que jé viens d'esquisser , cet ingénieux observateur a comparé les ulcères chroniques des RTE à la gangrène.

@ Dans la gangrène les effets sont subits, extensifs etcompleis, et la partie détruite se trouve réduite toutà-coup àtla condition d'un corps étranger. Le changement effectué: par le procédé ulcératif est au contraire st et limité, soit en intensité , soit en étendue. » Là

Dans sa seconde partie, M. Skey remonte d'è abord” au traitement bien connu que Pott a opposé à la garigrène sénile des orteils , et ilprétend que l opium a autant d'efficacité contre cette affecti i0n , que la quinine en a contre Îa fièvre intermittente et le mercure contre la syphilis. Pott cependant en a troplimité l usage, surtout en n attribuant son action; dans cette maladie, qu à Ja faculté qu'il a de calmer les douleurs.

"M. Skey relève” cette erreur, que Pott lui-même n eut pas commise dans la pratique, lorsqu'il aurait eu à traiter une gangrène spontanée dés orteils, et sans douleur.

"M.Skey envisage ici dans léptum une propriété d’une bien plus haute valeur et d'une application bien autrement extensive que la calmanté, et que Pott à méconnue évidemment dans la cure de la gangrènelsénile , où, confondant cause et effet, il n’a dirigé l'énergie ‘du ré de que contre ce dernier, seul : Contre un symptôme et nullement contre ce qui lui donnait näissance. Il n' a pas moins tout l'honneur de la découverte du fait, quelque ‘imparfaite qu’en soit Ja théorie, pour servir de guide dans l'application rationnelle du moyen.

189 TRAÏTEMENT DES ULCÈRES.

« Les pharmacologistes du siècle actuel ont fait faire de grands progrès à la science, surtout dans ce qui concerne les poisons narcotiques. Le plus actif, mais en même temps le plus dangereux de tous, c'est l’opium. Il agit spécifiq uement sur le système nerveux et le’ cerveau,s 1] est donné à hautes doses ; mais, en petites quantités, il provoque la plus agréable chaleur, et, en donnant de l'énergie aux extrémités artérielles, il maintient la balance dans la circulation et dans chaque partie du corps. Il porte dans lés régions les plus éloignées l'activité et la vigueur de leur centre, il anime toutes les fonctions physiologiques , il augmente l'énergie de celles. de la reproduction , et il a une très grande influence sur les sensations morales. Mais c'estuniquement lorsque cette substance est donnée à'de très petites et innocentes doses : car alors il agit comme stimulant, mais d’une manière limitée; et ni le pouls ni le système neryéux ne se ressentent ensuite d’une dépression’ sensible. Quant à la durée de cette influence stimulante, elle est ou trop courte pour être appréciée , ou bien ellereste entièrement inapérçue.

» Je ne saurais mieux caractériser cette puissance de l’opium qu’en disant qu'elle «xcite la dormante énergie des partiés saines , au moyen du système circulatoire , et qu’elle ranime la vitalité épuisée de la plupart des fonctions animales, de la même manière qu'une douce Gndée réveille la languissante sidi du monde végétal après une longue® sécheresse. »

C'est àce 6 et précieux agent que M. She a recours contre les ulcères chroniques , sans qu'il sache trop se rendre compte de sa manière d'agir. Il lui paraît Cependant qu'il ex- . cite plus particulièr ement l'action des petites’artères par tout le corps, et que.cette manifestation est probablement due à l'influence du système nerveux, lequel s’irradie dans les parties les plus éloignées , et où il préside essentiellement à la circulation, à 'exhalation et à l'absorption, et les régularise,.

. Ghacun sait assez sans dputs quel doit être l'effet de cette î puissante innervation dans l'état physiologique; mais M. Skey veut faire apprécier dans un cas pathologique ses rapports fnmédiats ayec.l'opium, et les modifications que celui-ci

À - TRAITEMENT DES ULCÈRES. | | 481 peut imposer à la puissance nerveuse pour réagir sur Certaines fonctions importantes. ;

M. Skey choisit le catarrhe ordinaire donichacun connaît le traitement plus qu'ordinaire.Mais notreauteurne l’attaqueiplus qu'avec la teinture d'opium à la dose de 10,15 ou 20 gouttes, depuis nombre d'années et depuis qu’il a eu l’occasion d’observer le fait suivant :

« Un de ses amis, étudiant en médecine était particulièrement sujet à rhin formes de catarrhe et tellement susceptible, que la moindre brise du matin était capable d’en déterminer un. Il ne cessait alors de cracher et de se moucher pendant toute la leçon. Cependant M. Skey s’aperçut à réité rées fois que son camarade d'étude, lorsqu'il était pris de son catarrhe , remettait sur-le-champ son mouchoir en poche et ne l’en tirait plus pendant une bonne heure, après avoir pris 15 gouttes de laudanum.

» En effet, la sécrétion morbidese trouvait par là enrayée, et le sang qui la fournissait était comme repoussé sur d’autres organes.

» Il est digne de remarque qu’ aucune réaction ne suivait ce traitement ; que la sécrétion ne se reproduisait plus avec autant de violence Comme auparavant , et que, si même elle reparaissait, C'était avec une diminution sensible dans la quantité.

» Mais quels étaient les effets appréciables du remède ainsi administré? Une bouffée de chaleur par tout le corps , accompagnée d’une transpiration uniforme cet en rapport avec la quantité du remède qui avait été prise.

» {1 serait aussi absurde d'attribuer à la réaction ou à la sympathie de l'estomac un effet aussi soudain , que de s'imaginer qu'un vent du nord-est dût d'abord troubler l’organe principal de la digestion pour provoquer un catarrhe, ou qu'un état quelconque du ventricule püt, sous une influence pareille, absorber un mal si facile à surgir et tel qu'il se présentait chez mon ami: ceci en passant et pour cause.

» Qu'il me soit permis de rappeler à quelques critiques que l'expression dont je me suis servi plus haut en faveur de l'opium, « qu'il maintient l'équilibre de la circulation par tout le corps, » n'implique point mon ignorance de la propriété

qu'il a d'accélérer la circulation dans le cerveau, et, comme on le prétend, de produire ainsi le sommeil; d'exciter un accroissement d'action dans le système circulatoire des parties génitales, et d'y appeler une influencé aphrodisiaque; de donner lieu à cette irritation particulière de la peau, surtout aux régions scrotale et périnéale, ét qui est connue sous Île nom de pruritus opt. Non, certes ! et je suis loin de contester son influence sur ces organes ou ces tissus ; MAIS Je Suis tout prêt à controverser, ou plutôt à nier l'influence de l’opium , soit sur le cerveau et les organes génitaux, soit sur la peau, lorsqu'il est administré à la dose d'un demi-grain soir et matin, et à des adultes atteints d’ulcères qui suppurent. De pareils sujets sont. en général plus tolérants sous cette influence , ét la quantité à laquelle je recommande son usage n’est point capable de produire une action excentrique prononcée.

» J'ai été amené à la justesse de cette assertion par l'absence complète de ce phénomène dans le traitement par l'opium de cas combinés avec des jambes irritables et nullement ulcérées , et par ce qui arrivait lorsque l'affection était accompagnée d’une inflammation des téguments, de leur aridité et de leur desquamation. Dans tous ces cas, j'ai fréquemment reconnu en effet que la maladie était aggravée plutôt qu'amendée par l'usage de l'opium. En un mot, la dose de celuici devait toujours être en rapport avec l’état de la plaie et de la constitution, et de plus en plus faible à mesure que cet état phlogistique était comparativement plus prononcé.

» L'opium est un remède précieux dans le traitement de linflammation, aussitôt que l’état aigu a été suffisamment amendé par les moyens connus de déplétion ; car dès que les vaisseaux sont désemplis et que leur activité est convenablement réduite, je ne Connais aucun moyen plus propre à remplir l'indication ultérieure, et qui puisse y satisfaire d’une manière plus éminente que l’opium administré à doses minimes, mais répétées ; tandis qu'à doses plus fortes ce médicament est aujourd'hui généralemeut reconnu comme le plus convenable pour prévenir la réaction et amortir la sensibilité. du sysème nerveux,

» OBS. — Je soignais avec quelques confrères un enfant de six mois,

atteint d’une violente bronchite. Malgré deux applications de sangsues, la toux. était incessante, la respiration plus précipitée , le pouls plus rapide, mais moins dur. Je prescrivis une goutte de teinture d’opium,et la toux devint évidemment.moins fréquente ; au bout d’une heure, jedonnai une seconde goutte, et le pouls tomba de 130 à 410;1la toux se calma, et la peau, aprés avoir élé le siége d’une ardeur intense , reprit sa température naturelle ét se couvrit de moiteur : l'enfant guérit.

» L'influence de l’opium est plus évidente sur les capillaires des jeunes sujets, chez lesquels il produit constamment une sueur abondante sur tout le visage, effet qui est rendu plus sensible encore par la pâleur qui succède le jour suivant, et qui résulte du collapsus. Ç

» J'ai bien certainement sauvé Ja vie À plus un individu en donnant l’opium immédiatement après de fortes saignées, et j'aurais probablement obtenu des succès pareils en bien plus grand nombre , si j'avais pu me délivrer complétement du respect que j'avais pour certaines doctrines, inculquées par des hommes d’une haute autorité. »

Dans le but d’éclaircir mieux le principe d'action qu'il attribue à l'opium, M. Skey cite le cas remarquable d'une ‘hypérémie nasale qui fut guérie par l'usage interne de la teinture thébaïque , malgré le froid des extrémités , la circulation languissante et l'aspect misérable du sujet, lequel avait été traité inutilement et pendant deux ans par des méthodes actives et passives variées.

« Dans le 15° volume.des Commentaires de la Société scientifique de Gottingue, on lit la relation suivante d'un cas extraordinaire par Richter. Le sujet était un pauvre menuisier de quarante ans, ayant aux jambes des ulcères affreux, qui s'étendaient jusqu'au-dessous des malléoles avec un engorgement du jarret. Il souffrait horriblement, surtout la nuits la peau était extrêmement dure et douloureuse, et, divers.remèdes tant internes qu'externes, pris pendant quinze j jours, avaientété sans effet sur la marche toujours croissante du mal. ” » J'étais, dit Richter, épouvanté de l'extension que prenait le mal , et voulant procurer du repos à ce malheureuxet du soulagement à ses souffrances, je lui fis prendre un grain d’opium toutes les quatre heures.

» L'effet de ce médicament fut inespéré et des plus salutaires. Après en avoir continué l'usage pendant trois jours, le

cloaque fétide et gangréneux commença à se séparer de la surface de l’ulcère ; le pus parut de bonne nature , la douleur diminua et finit bientôt par disparaître entièrement, et la dureté de chaque pied s’amollit.

» Je continua l'usage de l’opium à la dose d’un grain toutes les deux heures et pendant douze jours. Au seizième jour lorsque les ulcères furent détergés et couverts d’un pus louable, que la dureté de chaque membre et surtout celle si violente du jarret, eurent cessé, ét que tout promettait un résultat heureux : hélas! une hémorrhagie foudroyante se manifesta à l’ulcère de la jambe droite, et elle enleva le malade au milieu même de son sommeil.

» Qui n’admire ici dans l’opium le résolutif le plus efficace ? Certes , je n'ai jamais vu d'exemple pareil d’une dureté si vite et aussi complétement disparue, que celle du cas que je viens de citer. On ne peut douter que le malade en question ne füt dans un état asthénique, et qu'ici l’opium n’ait eu pour résultat heureux comme narcotique , de diminuer les douleurs et de résoudre les spasmes qui, en resserrant les vaisseaux, entretéraient l'accumulation des humeurs, {a dureté et l’engorgement. Je ne crois pas qu aucun stimulant quelconque et qui sérait privé de la proprièté narcotique, eût pu produire un pareil effet. »

Après avoir cité en entier le passage latin de l’immortel chirurgien allemand, M. Skey fait observer que la question suivante doit naturellement s'élever dans l'esprit des praticiens : « N'y a-t-1l pas des inconvénients à cette médication par l’opium? Est-ce que la santé générale n’en souffrira pas? Ne portera-t-elle pas atteinte aux forces digestives, au système nerveux ? etc. Je réponds sans aucune hésitation, non! Aussi long-temps qu’une puissance artificielle est nécessaire ; aussi long-temps qu’il reste quelque chose à faire , le remède peut être administré en toute confiance. Passé ce terme je ne réponds plus de rien.

» C'est à cette même condition que la constitution est réduite après de copieuses évacuations sanguines, lorsque nous avons recours à l'opium comme à notre plus puissant auxiliaire. Appliquez-vous seulement à réduire l'activité du mouvement inflammatoire , et l'expérience de tous les jours con-

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firmera les inestimables effets qui découleront de l'assistance de l'opium, lorsqu'il s'agira de régulariser la circulation, et de maintenir son équilibre général par toute l'économie. Tant qu'il existe un désordre dynamique dans la circulation, on trouvera que l'opium a sur la santé générale une influence, je ne dirai pas seulement sans inconvénient quelconque, mais des plus efficaces.

» On pourra peut-êtrem’accuser de chercher à excéder les bornes de la vérité ; de me complaire dans le roman et l'hyperbole ; d’attacher une valeur factice ou imaginaire au traitement de certaines maladies par le moyen de l’opium. Je ne me défendrai qu'en en appelant aux faits. Si j'ai tort, qu’on s’empresse de me réfuter , et si mon tableau est surchargé, on saura aisément le découvrir (1). Mais, en attendant , qu’on me laisse déterminer distinctement le sens que j'attache à mon exposé. |

(4) ZL est bon là, le cher confrère, de s’imaginer qu’on aille du coup penser à lui, et s'occuper immédiatement de son affaire. Jg crois pouvoir au contraire lui présager une des trois alternatives suivantes : 4° ou on le croira sur parole, mais on se gardera bien de suivre ses préceptes; 20 ou bien on le prendra pour un érergumène, et on rejettera le livre; 3° ou plutôt encore on pourra bien avoir quelque confiance dans lopium ; mais ellesera accompaghée de quelques bons scrupuies. Sans doute qu’on pourrait aisément lever ceux-ci par quelque innocent essai; mais les moyens, je veux dire la volonté d'expérimenter, manqueront, et on finira enfin par perdre de vue l’objet lui-même. Peut-être dira-t-on aussi qu’il ne vaut pas la peine de l’étudier dans-ce moment. que les esprits ne sont, d’ailleurs, pas mûrs encore pour son adoption. pour un semblable bouleversement. que d’autres et ce femps en CSront probablement justice... plus tard... enfin que cette nouvelle doctrine engage à trop d'efforts, qu’elle trouble mal à ‘propos le commode statu yuo et la douce rou- TINE !.. Et qu'on n’aille pas me traiter d'impertirent, car, mieux que personne, je puis donner des nouvelles d’un pareil mode de faire. C’est ainsi, par exemple et pas autrement, que, depuis vingt-cinq ans, j’appelle en vain l'attention du publie médical sur l’hyponarthécie, et que, sans le bon esprit de M. Munaret, tous mes efforts n’auraient abouti à rien du tout. Mais c’est surtout à l'égard du coton que la question se complique furieusement. Hé! quel est lhonnête homme de l'art qui aurait pu se décider depuis cinq ou six ans à couvrir un ulcêre, si sordide qu'il fût, de quelques pauvres brins de coton, et courir par là des chances aussi terribles ? Et quel est le chirurgien qui ait seulement cru devoir entrer en lice à ce sujet ? Il ne s’en est pas trouvé un SEUL, non pas même un de la trempe aimable, spirituelle et franchement chirurgicale de M. Vidal de Cassis. Est-ce que la presse chirurgicale manquait par hasard d'organes? Était-elle encombrée par le grand nombre des ma-

186 FRAÏTÉMENT DÉS ULCÈRES.

» Ainsi donc je ne prétends pas qu'il faille traiter tous les ulcères , quels qu'ils soient, ni même aucun d'eux, par le ôyen de l'opium. C’est qu'il y à une prande différence entre traiter et quérir un ulcère. Le mot traiter est beaucoup plus facile à saisir dans son application, et embrasse toutes les variétés de changements physiologiques et pathologiques par lesquels cet ulcère doit passer pour arriver au procédé final d'une parfaite cicatrisation. L'expression guérir est plus circonscrite, et ne s'applique qu'à cette dernière période du mal, laquelle comprend la sécrétion de la Tymphe plastique, son organisation en vaisseaux et nerfs, et l'opération nécessaire à 4 formation de la peau. Or, je le répète, eette propriété est inhérente à l’opium , mais sous certaines restrictions | essentielles.

» Ilest, par exemple, moins efficace s'il s'agit de tempéraments fleuris et sanguins, non que son influence soit moins marquée , mais parce que ces constitutions-là sont communément dérangées par l'effet des narcotiques. Re Op est de même moins salutaire dars le jeune âge et l'enfance, à raison de la susceptibilité naturelle des systèmes nerveux et sanguins à cette période de la vie, et il ne convient point dans les cas où il existe dans le système quelque affection” maligne ou de très mauvais caractère. À part Ces exceptions, qui toutes d’ailleurs peuvent avoir leurs exceptions particulières, notre auteur assure toujours que les neuf dixièmes des ulcères sont susceptibles d'une entière guérison par son procédé.

» Pour ne laisser du reste aucun doute sur la nature du mal qu'il qualifie d’ulcère , il en donne uñ spécimen, dont le tableau est aussi hideux que fidèle; puis il se demande: Comment traiter un cas pareil? Toute la médication adoptée de nos jours est une modification de celle de M. Baynton, qui recommande de rapprocher les bords de l'ulcère. Mais c'est impossible : ils sont aussi durs et inflexibles qu'une planche. Cependant les informations prises sur le cas précité nous apprennent que ce mal dure probablement depuis des années, et que pendant tout ce temps il s’est montré sous les aspects tières qui lui sont dévolues? Hé, non ! mais les sujets cités n'avaient

sans doute pas assez d'importance aux yeux des praticiens pour mériter leur attention!

TRAITEMENT DES ULCÈRES. 487 variés qui accompagnent la thérapeutique active ou irritante de ces maux-là. Traité à l'hôpital par le repos, la dicte, Ja compression, le bandage roulé, le caustique, le précipité, ete., l'individu qui portait cet ulcère fut renvoyé comme convalescent. Une rechute ayant eu lieu, le malade se rendit dans un dispensaire , d'où, après y avoir reçu des soins pendant six mois avec une régularité exemplaire , il fut renvoyé dans un état d'amélioration. Un léger accident lui fit de nouveau chercher du secours dans un autre hôpital, d’où , après un séjour de quelques semaines, il fut dirigé sur là ville privé des moyens d'obtenir l’unique objet diététique qui püt le protéger contre une rechute, c’est-à-dire l’eau-de-vie (gin),»

Après cet exposé sur ce qui se passe journellement sous les yeux des chirurgiens, M. Skey aborde enfin le traitement qu'il recommande et qu'il a adopté dans sa pratique publique et privée depuis plusieurs années. Il est basé sur ce principe, qu’une médication interne. ét constitutionnelle doit être substituée à un agent local et mécanique. ‘

«Je ne prétends point affirmer que sa supériorité dépende d'un principe abstrait; car s’il importe assez peu de quelle manière une maladie guérit, pourvu qu'on en obtienne la cessation; toutefois, on peut bien se permettre ici cette légère

supposition, que dans le but de mettre un terme à uneaffection compliquée et locale , # soit possible de faire intervenir les seules ressources de la nature pour l'accomplissement de cette œuvre, et qu'elle nous donnera la juste mesure de l'état actuel de la santé générale, si, à l’aide d’un moyen quelconque, elle réveille l'énergie etle pouvoir réparateur dela circulation.

» J'ai depuis long-temps reconnu cette propriété-là à l'opium, et je fus conduit à la découverte de son efficacité en . réfléchissant quelle pouvait être la cause du bon effet du traitement de Pott contre la gangrène des pieds. Je fis des essais dans ce sens, et je fus promptement à même d'apprécier exactement le fait qui suit ainsi que sa cause. Dans l’espace de neuf jours (1), depuis la première administration de l'opium, l’engorgement du pied et des malléoles fut totalement dissipé ; les téguments reprirent leur couleur naturelle, tous les tissus

(4) Ce fait est, sans nul doute, le même cas fâcheux dont l’histoire vient d’être interrompue par notre auteur, et qu’il reprend dans ce moment,

mortifiés commencèrent à se séparer entièrement, et ils furent détachés et expulsés. Dès la semaine suivante, Ja matière fut bonne et l’incarnation vermeille.

» Une autre circonstance qui se présenta m’encouragea à continuer mes observations sur l'influence de l’opium dans les ulcères. Un de mes amis, àgé d'environ trente ans , dont la circulation était languissante , souffrait durant les mois d'hiver d’un froid excessif aux pieds ; et comme il avait donné dans cette absurde manie de manger de l'opium, qui devint si générale après la publication de l’ouvrage de M. de Quincy , il continua l'usage de cette drogue, mais occasionnellement et à la dose d’un grain seulement. Un jour que je discutais avec lui au sujet de l’opium , il m’affirma , ce qu'il avait observé depuis long-temps, qu'aucun objet de vêtement n’opérait aussi efficacement, pour conserver à ses pieds une température uniforme et agréable, qu’un seul grain ou un grain et demi d’opium; qu'il y avait souvent eu recours dans la mauvaise saison, et que ses effets sur sa santé générale n'étaient nullement mauvais.

» Dans l’été de 1834, pendant mon service à l'hôpital de Saint-Barthélemy, et durant une absence de M. Earle, mon attention fut dirigée sur un cas de jambe ulcérée qui avait bravé tous les efforts tentés pendant très long-temps pour la guérir. Le sujet était âgé de cinquante- -six ans. L’ ulcère avait environ trois pouces de diamètre ; il occupait" le côté externe de la jambe droite dans son tiers moyen; il était fortement creusé et entouré de téguments boursouflés et malades ; la surface en était pâle et mollasse, sans aucun vestige de granulation , et elle sécrétait un ichor séreux. Ce malade occupait un lit à l'hôpital depuis deux mois, et pendant tout ce temps on l'avait traité conformément à la routine. usitée, avec des remèdes généraux ct locaux. L'opinion des assistants qui l'avaient vu, à réitérées fois, flottait indécise si le mal avait diminué ou non depuis l'admission de l'individu. |

> J'ordonnai pour toute application locale du lint { charpie des Anglais) humecté dans de l’eau chaude, et je prescrivis un demi-grain d'opium à prendre soir ét matin. Au bout de trois jours il fut évident que l’ulcère avait subi quelque chan-

: TRAITEMENT DES ULCÉRES. 489

gement ; la sécrétion s’était amendée et la teinte générale de sa couleur était meilleure.

» A la fin de la première semaine , la plaie ET un bon pus, et le fond s’étaït recouvert de ce que Pott eût appelé une incarnation vermeille. Mais déjà dans la seconde semaine un autre changement important était en progrès manifeste; car les bords élevés s'étaient successivement réduits, et les bourgeons charnus amenés rapidement à leur niveau. Au bout du mois, cette vieille affection, qui avait défié bandages et escarrotiques, cataplasmes et bandelettes agglutinatives , parvint à sa dernière période d'existence lorsque cet individu quitta l'hôpital , en promettant qu’il reviendrait si son mal n’attei® gnait pas progressivement et rapidement son dernier terme.

» Dans plusieurs cas un effet palpable se trouve réalisé avec huit gouttes de teinture d’opium prises deux fois par jour ; mais je commence rarement avec moins d’un demi-srain de son extrait, soir et matin. Cette quantité, du reste, est proportionnée à l’âge, au sexe et à la constitution du patient. Les personnes âgées supporteut l’opium mieux que les jeunes , et certaines autres ne l'admettent point à raison d'une

idiosyncrasie particulière.

» Un sujet au-dessus de soixante ans, doit le pouls est mi- sérable , la peau froide, et dont le système nerveux a été affaibli par l'abus des spiritueux , prendra de l'opium presque sans effet médical non seulement avec impunité, mais encore avec un avantage marqué. Lors même que les cas me paraissent favorables à cette médication, je commence toujours par: la dose mentionnée ci-dessus, c’est-à-dire avec un demi-grain ou deux tiers de grain, sous la réserve cependant d'augmenter rapidement, si c'est nécessaire, jusqu’à deux grains soir ét matin.

__ » C’est une erreur de supposer que l'opium, lorsqu'il est administré de cette manière, et pris fréquemment et à certaine dose , dérange ou constipe les fonctions alvines. Il est plus ordinaire de trouver qu’il agit comme un laxatif (1); et

(1) On sait assez que l’opium prédispose à la constipation, et cette circonstance n'est pas peu de chose chez un peuple qui a presque en horreur les lavements. On conçoitla bonne fortune, pour M. Skev, de pouvoir affirmer que son moyen est sans effet fâcheux sur la défécation. Un

bien loin qu’il soit nuisible à la santé du patient, il est géné ralement reconnu qu'il augmente les forces, améliore l'appétit et donne plus de vigueur à tout le corps.

» Comme règle générale et dans le but de constater l’influence de l'opium , j'ai coutume, à l'hôpital , de faire cesser tout traitement local: les malades ayant déjà suffisamment fait usage de cataplasmes ou d’autres topiques émollients. On trouvera que l’opium est plus efficace dans le cas d’ulcères chroniques chez les vieillards qui ont l'habitude des liqueurs spiritueuses, et qui sont disposés à la leucophlegmasie.

« > J'ai donné l’opium avec certaines restrictions aux individus entre quinze et dix-huit ans, et ses effets se sont prononcés d’une manière favorable sur les ulcères de toutes les parties de leur corps. Sous le rapport du temps, lés jambes cependant sont moins impressionnables que la tête et le tronc, dont les ulcères se sont fréquemment guéris en quatre jours, lorsque , sous l'influence d'une autre médication, ils auraient exigé un temps beaucoup plus long. Plusieurs de ces cas ontété soumis à l'observation critique, etsouvent très fine, d'élèves intelligents, qui en ont suivi les progrès avec un intérêt croissant et mêlé de surprise.

» Lorsqu'il existe un ulcère ou une plaie sur un sujet bien portant, et qu'il se présente avec des caractères avantageux, l'art ne doit intervenir que le moins possible. On le lavera chaque jour , bien plutôt dans le but de protéger la nouvelle peau qui l'entoure, que d’être utile à l’ulcère lui-même. On recouvrira celui-ci avec quelque objet inerte qu'on étendra au-delà deses bords , et on] enveloppera simplement et légerément. Si les granulations se boursouflent, elles sont en même temps pales, et cette circonstance n’indique pas un défaut d'action, mais l’absence d’une action normale ou un manque d'énergie dans les agents denutrition locale ou directe.

» Lorsque cet état n'existe qu'à un faible degré et. dans une légère proportion avec la surface entière, que ce soitun

malade de l'hôpital de Lausanne, interrogé sur ce point, me dit, en effet, «qu'il avait une légére diarrhée, produite sans doute par les pilules.» Cependant, d’autres se sont plaints de constipation, et on a dû la combattre par quelques moyens pharmaceutiques. Kile à même été très opiniâtre et presque fàcheuse chez l’un d’eux.

TRAÎTEMENT DES ÜULCÈRES. 491 ulcère ou une plaie déchirée ou incisée, une brülure où un moignon ; que la surface ait été exposée à l'air, pendant un quart d'heure et plus, le pansement doit être comme nous venons de l'indiquer.

» Quand les chairs transparentes sont vraiment baveuses , surtout si elles s'élèvent au-dessus du niveau de la peau, on les couvrira avec le duvet (flue) DU LINT , QU'ON RACLERA AVEC LE TRANCHANT D'UN COUTEAU ET QU'ON APPLIQUERA EN MASSE CONSIDÉRABLE SUR LA SURFACE DE LA PLAIE (1).

»Le degré décompression dépendra du besoin d'obtenir labsorption partielle ou complète de ce nouveau tissu cellulaire.

» Je viens de supposer qué le duvet cotonneux du lint est un puissant stimulant. Lorsqu'il est appliqué en masse sur des ulcères indolents, on pourra, je pense, le trouver tel et d'une manière très prononcée, car il occasionne une vive douleur pendant quelques instants après son application. Je me souviens surtout du cas suivant, où une jeune fille qui avait un reste de petite plaie sur l'os de la jambe par suite d'une brülure, et à laquelle cette raclure dé lint causait tant de douleur qu’elle ne pouvait la supporter au-delà d'une demi-heure (2).

» Plus ce duvet sera fin et mieux il agira (ah! je le crois sans peine!). I est plus efficace lorsqu'il est appliqué en

(4) J'ai souligné cette phrase remarquable , d’abord pour prouver, contre l'assertion de quelques envieux,queles Anglaïs, bien décidément, ne se servent pas de coton dans leurs pansements, et, en second lieu, pour faire voir comment un homme aussi exempt de préjugés que l’est M. Skey, n'ose pourtant pas même recommander le coton! Mais, je le demande, quelle différence peut-il y avoir à.la vue, au toucher, au goût, à l'action, etc., entre cette précieuse substance et le corps cotonneux qu’on vient de créer à force de gratter du lint? Hé! M. Skey, vous êtes vraiment bon de reste en nous donnant là pour du nouveau ce qu'on fait en pareil cas dans toutes nos chaumiéres, et depuis un (emps immémorial. Il est vrai que cette manière, quoique excellente, n’est presque plus de bon ton, et passe un peu de mode chez nos campagnards. Probablement qu’à l'instigation des experts ils veulent se mettre insensiblemeut à l’unisson des ciladins et qu’ils s’'imaginent bonnement qu'ils sont progressifs et font merveille en se servant, au lieu de leurs brins moelleux et cotonneux, d’un gâchis de bouts de fils roides, durs, grossiers et passablement dégoûtants.

(2) Je puis affirmer que jamaæs je nai rien observé de pareil de la part du coton , soit seul ; soit mis sur de la mousseline.

masses suffisamment épaisses, afin qu’il absorbe mieux le. pus et qu'il maintienne la ‘plaie parfaitement propre (1). Je. considère l'application du lint sec comme préférable à celle de tout autre stimulant ou escarrotique à moi connu. C’est que l’action des autres excitants , tels que le sulfate de cuivre, le nitrate d'argent, l’alun , etc., n’est que momentanée, tandis que celle du lint est permanente ou au moins plus prolongée ; car à tout mal de longue durée il faut opposer un moyen de résistance continuée. Celui que j'ai indiqué, non seulement Stimulera , mais il conservera sa facalté stimulante jusqu’à ce qu'il provoque une réaction.

» Je ne saurais dire s’il est des cas où les escarrotiques et le lint sec soient simultanément applicables; mais le lint est à coup sûr bien supérieur à la compression, et je suis heureux de recommander un agent aussisimple et aussi commode pour les patientset le chirurgien (2).

» L'effet général des escarrotiques est la reproduction de chairs baveuses, pareilles à celles qu’on a détruites , à moins que le germe de ces chairs n’ait été aussi emporté. Car si nous nous contentons de faire purement la guerre aux tissus luxurieux et anormaux, la nouvelle production présentera les mêmes mauvais caractères que la première. Ainsi, lorsque nous cautérisons une verrue au niveau de la peau seulement, nous détruisons bien ce produit-là , mais non sa cause, et la verrue repullulera ; or, nous pouvons extirper cette même verrue entièrement en persévérant dans l’application de stimulant , quoique plus faibles.

» Si la suppuration est considérable, j'ai recours assez ordinairement au cataplasmeémollient (3) pour la nuit, età un pan-

(1) De la mousseline et une légère couche de coton suffisent amplement; car le pus, après avoir débordé ce dernier , continuera à s’épancher dans les compresses, toutiausei bien que dans le duvet ou le coton.

(2) Nous sommes, mes maladesiet moi, bien plus heureux encore avec le simple coton, que M. Skey ne tardera pas d'adopter sans doute aussi. Je n'accepte, du reste, aucune solidarité avec notre auteur pour tout ce qu’il dit ici, et que j'ai supprimé en partie. |

.®) ) Il est vraiment curieux de voir quelle diversité les habitudes localesetune espêce de routine nationale ont introduite dans la composition des cataplasmes, Au-delà du détroit, on ne jure, avec notre auteur, que sur le pain et l’eau; en deçà, la farine de graine de lin et l'eau de guimauye sont les éléments obligés du cataplasme normal; hors du pain

TRAIÎTEMENT DES ULCÈRES. 193

sement simple ou au lint sec pour le jour. — Tant que l'ulcère va progressivement et de mieux en mieux, on ne saurait

mettre trop de soin à choisir parmi les topiques le moins irritant et celui qui sera le plus doux.

» Au sujet du repos comme condition essentielle du traitement des ulcères, on sait que quelques auteurs insistent sur sa stricte observation, tandis que d’autres permettent ou même recommandent le mouvement et des exercices légers. Mais ceux-ci exigent en même temps une compression uniforme et bien soignée du membre. Nous sommes redevables de cet assujettissement à la vieille école de chirurgie ; à Wiseman, qui le premier a fait usage des bas lacés ; à MM. Else et B. Bell, qui les ont approuvés ; à Underwood, qui leur a

ét du lait, ilne saurait y avoir de salut derriére les Alpes; les peuples d’outre-Rhin et du Nord sont moins constants, et ne redoutent nullement l’introduction d'unequantité quelconque de pommes de terre; chez nous, on a grande foi à la mauve, du riz; et quelques personnés s’imaginent même que l’amidon et le lait, la bouillie de courge ,etc., ont une vertü toute particuliére. Je me rappelle qu’au début de ma pratique, et, sans doute, pour me familiariser de bonne heure avec les bizarres conceptions (hérapeutiques dont je devais étre témoin durantma longue carrière médicale ; je me souviers d’une mére qui attendait impatiemment que son petit nourrisson se fût sali pour appliquer ses excréments tout chauds sur un panaris. °

On a beaucoup parlé dans le temps de cataplasmes maturatifs et résolutifs, et l’on ne manquait pas d’oseille, de miel, d'oignons, de térébenthine, d'huiles et d’onguents même, qui étaient destinés à être intercalés à ces bouillies et à ces pâtes, afin d'en diversifier à l'infini l’action vraie ou préiendue. $

Si la variété de composition de ces corps pultacés doit rehausser leur mérite respectif, je puis réclamer en fayeur de la bouse de vaches. Composée de détritus végétaux, qui passent très rapidement dans les organes de l’espêce bovine, qui s’y cuisent en quelque sorteen se chargeant de bile, de mucus, de suc gastrique, de calorique, etc., cette partie excrémentitielle, quand elle est récemment rendue, peut en effet, en qualité de cataplasme végéto-animal , produife les heureux résultats dont j'ai été Lémoin, et ceux non moins brillants qui m'ont été rapportés de plus d'un côté. C’est surtout contre les tumeurs indolentes des mameiles, de l'abdomen et des articulations que je les ai vu employer, et qu’on peut les recommander. J'ai coanu plus d’unejeune femme qui en a fait usage, sans qu'on s’en doutât, et avec succés, pendant plusieurs mois, pour des maux de seins rebelles, et qui,nullementincommodées elles-mêmes par l'odeur du topique, savaient la masquer trés facilement pour les autres; car ces matières sont loin d’affecter l'odorat d’une manière trop forte et trop désagréable.

h9% TRAITEMENT DES ULCÈRES.

substitué la bande de flanelle; à Whately, qui a adopté le même principe. Mais l'application en a été rendue plus vigoureuse encore par Baynton, qui s’est servi de bandelettes agolutinatives pour les sur-ajouter à Ja bande.

» Le repos absolu et le lit ont été recommandés par Bell et : l'école française, dès l’année 1780. L'exercice n’a pas seulement été permis, mais préconisé par Else, Underwood, Whately et Baynton. »

M. Skey pense que la controverse sur cette base du traitement des ulcères ne saurait être très utile "qu'il est probable qu’entre des prétentions si directement opposées, il y a un juste milieu quelconque, et qu'il serait bien difficile d'établir une règle générale qui embrassât toutes les variétés d’ulcères ou toute espèce de constitutions.

« Il ne me paraît pas que le repos absolu soit indispensable ni même désirable, lorsque l’ulcère est soutenu par une bande judicieusement appliquée ; tout comme aussi je suis convaincu qu'il faut éviter les exercices violents, tant que l'énergie vitale de la partie continue d'être trop affaiblie. Lorsque certaines foncuons dont une bonne granulation est le produit se trouvent complétement rétablies, un exercice modéré peut être utile, par exemple pour activer la circulation du sang et ranimer celle des vaisseaux lymphatiques.

» Mais, après tout, il ne ffeut y avoir aucun inconvénient à faire quelques essais. Si les chairs en souffrent, elles offriront bien vite un accroissement dans la vascularité et de la douleur ; et si elles n'éprouvent aucun changement par ces exercices, elles en retireront des avantages.

i » Sije pouvais tracer une règle positive, je dirais : un exercice modéré doit être permis dans tous les cas d’uicères dits variqueux , ou lors d’un ulcère qui est accompagné de veines yariqueuses et quiksont supposées la cause du mal. J'ai traité un très grand nombre de ces cas-là, et les exemples les plus frappants des succès que j'ai obtenus ont été ceux où je ne donnais d'autre direction aux malades que celle de prendre soir et matin leur pilule d'opium. Les résultats avantageux et très ordinaires de ce traitement sur l’état des veines malades, ef même après la guérison de l’ulcère, ne peuvent que m'encourager à persévérer dans cette marche. Dans

les cas fâcheux d’ulcères calleux, l'exercice ne doit nullement être conseillé.

» Les malades de cette Catégorie exigent presque toujours une diète ammale, ét lon peut leur concéder avec avantage de la bonne bière ou de l'eau-de-vie , qui constitue tout à la fois la moins chère et la plus chérie de leurs boissons. La quantité de ces stimulants pourra d’ailleurs dépendre dela dose d'opium qu’on aura prescrite. »

En terminant ce chapitre, M. Skey éprouve le besoin de se disculper du reproche qu'on pourrait lui adresser de ne jurer que sur l'opium pour le traitement de tous les ulcères, — 4] reconnaît donc l'inefficacité de ce médicament dans les wlcérations ; il le récuse également dans les affections de nature inflammatoire ; il prévient que s’il accélère l'action suppurative, il augmentera de même, et qu'il ne manquera pas dans ce cas de prolonger et d'agpraver l'inflammation des parties affectées. Il faut absolument que toute action morbide (in= flammatoire ) ait céssé, sans quoi ce remède ne produira que du mal. Si un ulcère fait supposer un foyer d'inflammation , où seulement un élément inflammatoire (sthénique), Vindi-. cation curative ne peut être remplie par l’opiumz mais par le repos , les fomentations, les cataplasmes ordinaires ou par quelque autre topique adoûcissant, et même par les évacuants plus ou moins actifs et suivant les circonstances. La terminaison de tous ces états devra en général requérir de trois à dix jours de préparation préalable , au bout desquels on pourra avoir recours à l opium , comme au meilleur moyen de remédier à l'affection qu'on aura ainsi amendée-

Dans un avant-propos qui précède les seize observations que présente M. Skey à l'appui de ses doctrines , il nous dit qu’il a employé l’opium intérieurement à T hôpital de Saint- Barthélemy pendant plusieurs années; il invoque le témoignage dé son ami le docteur Earle et de M. Vincent.» Il ne veut donner d’ailleurs que des résultats sur le traitement en question et’sur son efficacité « à ramener à leurs fonctions normales le système capillaire artériel veineux. et lymphatique (etle système nerveux aussi sans doute ?.)'et à faciliter par là une crise finale de plusieurs dé ces formes rebelles qu’affectent certaines maladies locales., . » |

Je ne rapporterai pas ces observations, bien qu'elles soient très intéressantes, parce qu'elles n’offrent guère que la répétition de ce que nous savons déjà, et l'application à seize individus différents des principes et du médicament dont nous connaissons la grande et rare efficacité.

Deux de ces cas concernent des ulcères calleux: et chroniques.

Cinq ont rapport à des ulcères dits variqueux ou compliqués de varices.

Six attestent l'influence extraordinaire de l opium sur des affections qui ont fini par revêtir une forme chronique ou un certain caractère adynamique et ataxique , et qui pouvaient. donc être assimilés aux ulcères atoniques des jambes. Dans ce nombre , on voit figurer entre autres : {° un mal du pénis, suite de syphilis ; 2° des ulcères phagédéniques sur diverses. parties du corps ; 3° un vaste ulcère à la jambe chez un indi=. vidu atteint d’un porrigo à la tête ; 4° une immense excroissance verruqueuse sur le prépuce ; 5° un ptyalisme rebelle.

Enfin les trois dernières observations tendent à constater l'énergie de l'opium, non seulement sur les petites artères.en réveillant leur activité normale, mais essentiellement sur le système absorbant: « Richter l’a déjà proclamé dans le cas cité Eee haut : En opium remedium resolvens efficacissimum (1). Qu'il me soit aussi permis de le placer seul en tête . de cette classe d’agents thérapeutiques , où pour à efficacité et la rapidité d'action il est absolument sans rival.

Ainsi donc, la résolution d’un bubon en RES jours, et celle de vastes dépôts, suites de graves blessures; des bubons dégénérés se couvrant rapidement de bourgeons naturels, tels sont les phénomènes qui ressortent ici. |

« Quoi qu'il en soit, s'écrie M. Skey en écrivant les ne nières lignes de sa monographie , je ne crains paside m’aventurer en prédisant que l'influence de l'opium, non pas seule-

ment sur les artères les plus éloignées du centre, ou sur les

(4) Cette exclamation du célébre professeur de Gottingue rappellelcelle du fougueux systématique Brown: Opium, mehercle! non sedat ! Il est probable qu à mesure qu'on saura mieux observer les effets de ce pré: : cieux médicament, on les verra salués par de pareilles seniqAces et que, le nombre de celles-ci ne tardera pas à s’accroître.

absorbants, mais sur le complément de leurs fonctions ; que cette influence n’a besoin pour être bien constatée que de la voix d'une autorité médicale plus puissante.que la mienne, et qui, en se prononçant, nous dotera d’un agent d’une immense portée pratique. »

‘ On a pu s’apercevoir par quelques citations que j emploie déjà ce nouveau mode de traiter les ulcères. Je l’ai, en effet, mis en épreuve aussitôt que j’eus parcouru les quatre-vingtcinq pages du mémoire de notre ingénieux auteur. C’est que j'ai pour maxime , que c’est un devoir sacré pour tout homme doué de jugement, de conscience et de cœur, de s’éclairer de l'expérience des autres, de croire aux progrès et aux découvertes, de supposer que la lumière peut venir inopinément de tous côtés, de la rechercher, et d’en profiter d’où qu’elle puisse poindre. |

EN PROFITER! {car c’est ainsi qu’on s'exprime) Mais ne dirait-on pas vraiment que c’est de notre intérêt personnel, de nos ridicules caprices , de notre sot amour-propre, de sentiments puérils et mal déguisés, de je ne sais quelle gloriole nationale qu’il s’agit ici, et que l'intérêt bien entengu des élèves, ni même celui des malheureux commis à nos soins, ne sont pour rien dans cette affaire. C'est cependant ce qu'on observe assez généralement. Et nous osons nous targuer de zèle et du beau nom de PHILANTHROPES! Et nous nous croyons autorisés à plaindre les gens à préjugés, à haus$er les épaules en face des stationnaires, à condamner les PRÉSOMPTUEUX, à accuser les routiniers, à montrer au doigt les retardataires, à railler les sots, à rire des niais, à persifler les apathiques, et à stigmatiser les ignorants !

Quoi qu'il en soit de ces inconséquences, j'avais précisé— ment alors (26 septembre) cinq individus auxquels l'opium, pris à la manière de M. Skey, paraissait applicable, et je suivis avec soin, en le prescrivant, les préceptes du maître. Je fis les pansements de même qu'à l'hôpital de Saint-Barthélemy, sauf qu'au lieu du dry lint, j appliquai de la mousselineet du coton, et qu’en place de la bande de calicot, je fis usage des triangles pédieux et jambier , également de toile de coton. Mais je déclare que je ne crois point avoir manqué aux principes de l'art, ni de respect à notre auteur par cette substitution hardie; que

je suis bien loin de me faire un cas de conscience de cette liberté grande, de cette courageuse innovation ; et que je mé confie à l’indulgence du spirituel écrivain, si, sur ce point comme sur quelques autres, j'ai peut-être mal interprété sa pensée, et rendu plus mal encore l'originalité de ses idées et de son style.

Depuis environ vingt-huit jours, je suis en observation auprès de ces malades, dont le nombre s’est successivement accru, êt j'ai attiré sur leur état l'attention de mon interne, M. le docteur Recordon, qui en a recueilli soigneusement les observations. ,

Il résulte de celles-ci :

1° Que l'opium peut être donné impanément et sans effet marqué sur l'économie pendant fort long-temps à la dose d'un, de deux, detrois, et même de cinq grains par jour;

20 Qu'on peut faire prendre cette quantité en deux fois seulement, c’est-à-dire matin et soir;

3° Que nous avons cru toutefois devoir la fractionner davantage, surtout lorsqu'il s'agissait de prescrire le remède à très hautes doses ; que nous en avons donné trois où quatre fois par jour, au lieu de deux, et qu’il nous semblait que l’action du médicament devait de cette manière être plus soutenue;

lo Que la plupart de nos malades se sont bien trouvés de cette médication, et que leur état s'est assez promptement amendé sous son infldence ;

5° Que queiques uns d'entre ces derniers avaient subi assez inutilement plusieurs opérations sur les saphènes et sur des rameaux collatéraux en vue d’obturer des varices; qu'ils avaient été traités avec les chlorures, les bandelettés agglutinatives , la compression et le repos sans beaucoup de succès ; et qu’enfin ils avaient été soumis à l'influence de nos eaux de Lavey, dont la propriété cicatrisante estsuffisamment connue, mais qui échouèrent complétement encore;

6° Que d’autres malades n’en ont pas éprouvé les effets que nous étions en droit d'en attendre, d’après les promesses de M. Skey;

7° Qu'un ulcère cicatrisé s’est rouvert, quoique l’on eût continué l'usage de l'opium, et que l’état général et misérable du malade se fût singulièrement bonifié ; L

8 Que l'effet de ce mode de traitement, soit à l'hôpital, soit dansma pratique particulière, a surtout été avantageux dans les circonstances citées par M. Skey, et qui sont étrangères aux ulcères atoniques des jambes.

Je dois citer à cesujet le cas remarquable suivant :

Dumuids, âgé de dix-sept ans , avait été opéré deux fois {en novembre 1836 et en janvier 1837) pour une fistule à l'anus, par l’un de nos meilleurs chirurgiens , le docteur Mercier , de Morges. Son état fâcheux l'ayant fait admettre à l'hôpital en mai suivant, je fendis de nouveau l'intestin; j'incisai largement les clapiers, j’excisai même les téguments décollés, je cautérisai diversement toute la surface ulcérée, et je soumis enfin l'individu à l’action des eaux thermales de Lavey pendant plus d’un mois. Tout cela non seulement en vain, mais avec aggravation manifeste et complication d'une fièvre intermittente quotidienne et d’un aspect évidemment cacochyme. Ces circonstances étaient encore plus fâcheuses, par cette considération que le père du jeune homme était mort des suites d’un cancer à la lèvre , lequel on avait inutilement opéré deux ou trois fois. Eh bien! l'influence seule de l’opium a réduit la plaie des trois quarts et considérablement amendé l'état général de ce malheureux. Il est probable qu’en continuantle même moyen nous obtiendrons une guérison complète.

Du reste, on ne peut pas en si peu de temps apprécier tous jes effets, bons, mauvais et indifférents d'un corps aussi héroïque qu’estl’opium ; mais je suis pressé de faire paraître mon ouvrage, dont le traitement nouveau et épisodique des ulcères a déjà trop retardé la publication.

Il est évident toutefois que tout ce que j'ai vu est bien fait pour m'engager à Continuer ce genre thérapeutique , et à le recommander, sinon comme infaillible, du moins comme très actif et digne de fixer l'attention des praticiens. Certes, c’est beaucoup par le temps qui court !

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