L. m, — DE LA CAUSE PREMIÈRE. 20o
très violent d'un onfant qui n'a pas encore l'âge de raison, et qui ne peut encore délibérer.
Ce premier mouvement de la volonté se nomme, dans la langue scolastique, acte indélibéré de volonté. Il se produit toutes les fois que l'intelligence présente un bien à la volonté. Il est spontané, mais il n'est pas libre. Son énergie ne dépend pas de notre choix, mais, d'une part, de nos dispositions et de nos passions; de l'autre, de la convenance plus ou moins grande qui nous est montrée dans l'objet. C'est donc un acte vital qui jaillit de l'âme et qui y demeure, mais qui ne dépend pas de nous : In nobis sine nobis, dit saint Augustin.
Je sais bien que, par suite des influences réciproques de la volonté et de l'intelligence, la liberté peut intervenir dans le choix des pensées. La volonté peut détourner l'intelligence de laconsidération d'un objet, comme, au contraire, elle peut l'appliquer à méditer sur la bonté de cet objet. C'est là le jeu complexe des facultés, et, poiir l'expliquer, il faudrait tout un cours de psychologie. Je m'en tiens ici aux éléments primitifs dont dérivent par voie de combinaison toutes les opérations de l'âme. Ces éléments primitifs sont une pensée et une appétence. La pensée d'abord vient à l'esprit par un acte indélibéré de Tintelligence montrant la bonté
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contenue dans un ohjct. Aussitôt et par ]à même surgit naturellement dans la volonté un acte indélibéré d'amour pour ce bien.
Jusqu'ici, tout est spontané, naturel et nécessaire,-parce que tout est indélibéré. Mais lorsqu'intervientlare'/^ejcîow, l'acte précédent acquiert un nouveau caractère, et la liberté se manifeste par le consentement ou le non-consentement, consentirevel dissentire. Le mot « réflexion » est bien choisi. Il indique que les deux opérations de l'âme « se réfléchissent » sur l'acte indélibéré de la volonté, l'intelligence l'approuvant ou le désapprouvant, la volonté l'aimant ou ne l'aimant pas. La conscience nous révèle clairement que dans cet état la volonté est libre.
Étudions la liberté.
1*J On distingue entre la liberté de contrariété qui permet à la volonté de choisir entre deux objets différents, et la liberté de contradiction qui donne de choisir entre vouloir une chose ou ne la vouloir pas. Mais, à vrai dire, la liberté de contrariété se réduit à la liberté de contradiction. En eff"et, la volonté ne peut vouloir un objet que lorsque cet objet lui est pré-