L. III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
sente par l'intelligence avec des caractères attractifs de bonté. Donc il faut, pour qu'il y ait lieu de choisir entre deux objets, que la volonté subisse à la fois deux attractions dans deux directions différentes. — D'où provient alors la décision de la volonté ?Pour le Janséniste, qui réduit l'homme à une machine passive, la détermination procède du dehors, et c'est le motif le plus excitant qui l'emporte. Pour le Catholique qui croit au dogme de la responsabilité humaine, et pour le Philosophe qui se confie dans la claire conscience de la liberté humaine, la détermination part du dedans. C'est la volonté elle-même qui se détermine, et son choix entre les deux attractions consiste à consentir à l'une et à ne pas consentira l'autre, c'est-à-dire à pratiquer à la fois un double exercice de la liberté de contradiction.
2° On définit souvent la liberté comme il suit: « La liberté est la faculté pour l'homme, étant donné tout ce qui est requis pour agir, d'agir ou de n'agir pas ». Lihertas est facilitas^ positis omnibus prœrequisitis ad agendum, agendi vel 7ion agendi. Celte définition est bonne, en tant qu'elle exprime, d'une manière générale, l'influence de la liberté ; mais elle n'en détermine pas le caractère propre et intime. En effet, il faut d'abord séparer de l'acte formellement li-
bre ce qui est consécutif à cet acte. J'ai raison de dire que, dans l'état ordinaire des choses, je suis libre de lever le bras ou de ne le lever pas. Mais, en réalité, l'acte formellement libre est l'acte de volonté par lequel je veux lever le bras. Cet acte posé, l'organisme obéit suivant des lois que je ne fais pas et dont je ne suis pas maître. Quand on parle de la liberté d'agir ou de ne pas agir, on doit donc surtout entendre ' « l'agir de la volonté », c'est-à-dire l'acte même de la volonté.
Mais ici encore, il faut distinguer. Dans l'état ordinaire des choses, nos facultés internes réagissent l'une sur l'autre avec une grande facilité. La volonté chasse de l'imagination un fantôme dangereux, éloigne une pensée dont elle ne veut pas, et ramène à la place une idée sur laquelle elle s'arrête avec complaisance. Grâce à cette flexibilité, le libre arbitre est maître chez lui, et les actes de l'âme sont libres. Mais il faut bien peu se connaître soi-même^ pour croire qu'il en est toujours ainsi. Les hommes de plaisir, qui abandonnent les rênes de leurs facultés, peuvent se faire illusion à cet égard ; mais le chrétien, qui met un frein à ses puissances, pour les maintenir dans la voie droite, connaît les luttes et les violences intérieures. Tantôt, c'est impossibilité de fixer l'esprit qui