L. m. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
voltige capricieusement de distractions en distractions; tantôt, c'est obsession d'un fantôme qui excite la passion, absorbe l'attention, maintient dans la partie inférieure de l'àme debasses appétences; et sous l'empire de ces motions, les facultés de l'âme agissent énergiquement, quoique indélibérément. Chaque fois que la réflexion reparaît, la v^olonté se retrouve libre de consentir ou de ne pas consentir : glorieuse, si elle triomphe de ces mauvaises sollicitations ; heureuse, si elle peut reporter l'activité de l'âme sur des objets moinsindignes d'elle. Mais, quelquefois, l'homme a toute la gloire de la victoire sans retrouver le bonheur du calme, et il doit dire humblement avec saint Paul : Non enim qiiodvolobonum, hoc ago ; sed quod odimalum, illud facio (Romains, ^vii, 15). Et que répond à cette plainte un sage directeur? Consolez-vous, dit-il, et soyez sans inquiétude. Vous n'êtes pas maître de tout ce qui passe dans votre âme, mais vous êtes toujours libre de consentir ou de ne pas consentir àlatentation. Cette réponse est la bonne, car l'ascétisme chrétien est la meilleure école où l'on apprenne à être libre. Donc la volonté n'est pas toujours libre dans tous ses actes intérieurs. La liberté ne consiste pas formellement à pouvoir agir ou ne pas agir. Sa définition exacte est la suivante : La liberté
est la faculté de consentir ou de ne pas consentir à l'acte indélibéré de la volonté.
C'est par cette liberté de contradiction que l'homme est formellement libre. C'est par là qu'il devient le maître de ses actes. « Dieu, dit saint Thomas, a donné à la volonté de l'homme le domaine sur son acte, de sorte qu'elle n'est pas obligée à l'un des termes contradictoires plus qu'à l'autre » (1).
3" Cette liberté doit encore se restreindre. Il y a pour certains vouloirs une nécessité hypothétique, et pour d'autres une nécessité naturelle.
Lorsqu'une même fin peut être atteinte par plusieurs moyens différents, on peut vouloir la fin, etcependant hésiter sur le choix des moyens. Alors la raison délibère et la volonté se décide. D'oii l'expression d' « acte délibéré », pour signifier l'acte libre de la volonté, par opposition à r « acte indélibéré ». Le rôle propre du libre arbitre est donc de choisir entre les moyens, et c'est l'enseignement de saint Thomas (2). Mais,
(1) Voluntati horainis (Deusj dédit dominiuin sui actus ut non esset obligata ad alteram partem contradictionis . De Patent, q. 3. a. 7. ad 12um.