L. III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
lorsqu'un seul moyen se présente pour atteindre une fin, la volonté sincère d'obtenir la fin entraîne nécessairement la volonté d'employer le moyen. Si je veux absolument la fin. je veux nécessairement le moyen ; c'est de nécessité hypothétique.
Pour d^autres vouloirs, il y a nécessité naturelle. Toujours l'homme veut être heureux , nécessairement il aspire à la béatitude, c'est-àdire à posséder un bien qui rassasie tous ses désirs ; et ce bien, objet de toutes les tendances, est la fin dernière de l'homme, et il n'est personne qui soit libre de ne pas la vouloir.
En outre, la complète béatitude, terme des désirs de l'homme, est en même temps le motif de tous ses actes. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il veut, a pour but d'atteindre la béatitude, ou du moins de s'en rapprocher; toutes les fins particulières qu'il se propose dans ses diverses opérations ne sont que des moyens pour atteindre sa fin dernière.
Mais admirez quelle conclusion se dégage de cette dernière considération. J'ai dit plus haut avec saint Thomas que la liberté ne s'adressait pas directement à la fin, et qu'elle était restreinte au choix des moyens. Mais voici que ces barrières s'écartent. En effet, toutes les
fins particulières ne sont que des moyens par rapport àlaFin Dernière. Donc, par là même, le champ du libre arbitre s'étend à toutes les opérations, à toutes les actions particulières de la vie. Dans chaque vouloir , l'homme cherche le bonheur; pour l'y conduire, plusieurs voies lui semblent ouvertes: voie du plaisir, voie des honneurs, voie de la richesse, voie de la vertu. Il délibère : chacune de ces voies lui promet quelque jouissance ; aucune ne le conduit à la béatitude complète ; Dieu lui-même, qui se cache dans la vertu, ne lui ofîre pas une béatitude immédiate. — La raison délibère, et la liberté choisit.
Si nous pouvions nous attarder, il y aurait ici de belles conséquences à développer; je ne fais qu'en énoncer quelques-unes.
Donc l'homme est formellement libre vis-à-vis de tous les biens particuliers, parce qu'aucun n'est un moyen nécessaire, ni même suffisant, pour obtenir l'objet vers lequel la volonté se porte dans tous ses actes par une nécessité de nature.
Donc, plus l'homme s'affranchit de l'amour des biens particulieis pour ne s'attacher qu'à Celui qui est sa Fin dernière et éternelle, plus il est libre. Au contraire, plus l'homme descend l'échelle des biens particuliers pour placer sa fin