L. III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
et choisir son mobile, plus sa liberté se restreint et se renferme dans un cercle étroit, plus l'iionime devient esclave.
Donc l'homme est constitué libre, parce que son cœur aspire vers un bien inhni. Quant au pécheur, qui s'est courbé volontairement vers la terre et dont le regard est servilement enchaîné à quelque créature, il reste cependant encore responsable de tousses actes, parce qu'il est toujours libre de délacher son cœur d'un bien fini.
Donc enfin, toutacte libre est un acte d'ordre moral, car, dit saint Thomas, le « consentir » du libre arbitre ne se consomme qu'après un regard de la raison supérieure sur les raisons éternelles (1).
La liberté consiste dans la faculté de « consentir » et de « non-consentir ». Dans le langage théologique, au« consentir » on oppose le « dissentir », et c'est une formule de foi, définie par le concile de Trente, que l'homme peut « dissentir » à la grâce, dissentire posse sivelit (2), Nous emploierons donc ce mot, bien
(1)1. II. q. 15. a. 4.
(•2) Trid. sess. VI. de justifie, can. 4.
qu'il n'ait point encore passé dans l'usage de notre langue.
Et voici une importante et délicate question qui se présente. En quoi consistent formellement le « consentir » et le t dissentir » ? C'est là un des points vifs de la querelle entre les Thomistes et les Jésuites.
Pour le Thomiste , l'acte indélibéré qui précède et l'acte délibéré qui suit sont deux actes ditTérents et successifs que Dieu place, l'un après l'autre et de toutes pièces, dans la volonté humaine. Ces deux actes sont physiquement différents, siint entitativè diversi. Or ils se distinguent par le consentement ou le dissentiment qui existent dans le second et qui n'existent pas dans le premier. D'où l'on déduit que le « consentir » est quelque réalité physique qui provient directement du Premier Moteur.
Pour nous, le « consentir « et le « dissentir » n'introduisent aucune réalité de l'ordre physique. L'acte indélibéré qui précède et l'acte délibéré qui suit ne diffèrent pas physiquement. D'où nous déduisons qu'il n'y a pas, pour expliquer le « consentir », à faire intervenir d'une manière spéciale et effective le Premier Moteur.
Par cet exposé on voit l'importance de la question.
Il est facile de la décider pour ce qui concerne