LIVRE III. DE LA CAUSE PREMIÈRE
intrinsèquement Divine à laquelle elle conduit. De là, le nom de grâce qui lui est spécialement réservé par la théologie. Mais encore une fois, cette action surnaturelle, destinée à être reçue dans la nature de l'homme, se conforme à cette nature et n'altère pas les lois essentielles de l'activité humaine. Comme dans l'ordre de la création, il faut à la volonté une motion et une application^ pour qu'elle exerce son activité.
Parlons successivement de l'une et de l'autre. J'ai dit plus haut que c'était la Motion Divine qui, atteig-nant le fond même de la volonté, en faisait surgir la réalité et, pour ainsi parler, la substance même du vouloir ; d'où il suit que «l'être» du vouloir se mesure sur « l'être » de la Motion Divine. D'ailleurs, la cause efficiente est toujours de même ordre que la cause finale ; l'action correspond à la fin. — Par là et d'un seul coup, sont démontrées métaphysiquement la nécessité d'une Motion surnaturelle pour conduire aune Fin surnaturelle, la nécessité d'une Motion immédiate et spéciale de Dieu pour mener à la Vision Intuitive, la nécessité d'une grâce prévenante et intrinsèque pour opérer une œuvre salutaire. Voilà ce qui condamne les erreurs Pélagiennes et Semi-Pélagiennes. Voilà ce qui étahlit que « le commencement du salut » vient immédiatement et gratuitement
de Dieu prévenant nos volontés. Voilà enfin ce qui fait connaître que la grâce actuelle consiste dans une motion intérieure de l'âme, c'est-àdire dans une illustration de l'intelligence et
' une excitation de la volonté (1).
Mais la motion ne suffit pas ; il faut encore l'application des facultés à des actes particuliers. Cette application ne met rien dans l'âme, mais elle présente un objet à ses puissances. Cette application est surnaturelle, en ce sens qu'elle se fait sous la db^ection d'une Providence qui vise alorsspécialementla Fin surnaturelle. Mais, puisque TapplicaLion ne requiert pas une intervention directe du Premier Moteur, la Providence surnaturelle peut y employer les causes secondes naturelles.
Molina le fait observer avec raison. Une bonne lecture, une prédication édifiante et chaleureuse,
iP la vue d^une mort subite sont autant de moyens, en eux-mêmes naturels, voulus et déterminés par la Providence surnaturelle pour appliquer l'âme du pécheur à des pensées et à des sentiments de pénitence. En même temps que ces causesappliquent les facultés et les déterminent par le dehors, la Motion Divine les pénètre comme
(1) I. II. q. 409.