LIVRE III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
une lumière et une chaleur, pour leur faire produire des actes déterminés, et, suivant le degré surnaturel de cette Motion, les actes eux-mêmes sont surnaturels.
Ajoutons que ce que Dieu fait par les causes secondes, il peut le faire par Lui-même. Il peut, à la fois, mouvoir et appliquer, sans l'intervention d'aucune cause seconde. C'est alors une grâce de choix, mais une grâce particulièrement rare. Saint Ignace, dans ses admirables règles du discernement des esprits, apprend à reconnaître le cas 011 Dieu seul agit dans l'âme pour la consoler et l'entretenir seul à seule. « C'est, dit-il, lorsqu^aucun objet se s'est présenté, ni au sens, ni à l'intelligence, ni à la volonté, qui puisse par lui-même causer la consolation ressentie (1). »
Mais, dans la conduite ordinaire de la Providence, Dieu emploie ses apôtres à la conversion des hommes, non pas simplement comme des occasions ou des conditions de son action, mais comme de véritables coopérateurs, de véritables causes appliquant les âmes aux vérités éternelles. C'est l'incomparable hon-
(<)Exercices spirituels. Règles du discernement des esprits, 2e semaine, 2^ règle.
238 BANES ET MOLTNA.
ncur de l'apostolat : « Nous aidons Dieu », ose dire l'Apôtre de la grâce, Dei enim sumus adjutores.
Et voyez avec quelle précision saint Paul distingue l'action de Dieu et l'action du ministre. « J'ai planté; Apollon a arrosé. Mais c'est Dieu qui a donné la croissance. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien. Mais celui qui donne la croissance est tout, et c'est Dieu(l).» P]anter,c'est«/?/j%?<erune boutureau sol; arroser, c'est appliquer l'eau au plant. Mais c'est par la vie que ces soins sont utiles, et Dieu seul donne la vie. On plante, on arrose par les mêmes procédés un sarment vert et un sarment sec; le résultat dépend d'une cause plus intime. C'est l'apôtre qui applique l'âme à Tœuvre salutaire ; mais c'est Dieu qui la meut. L'application ne sert de rien sans la motion ; celui qui applique n'est rien, celui qui meut est tout, elle moteur est Dieu Seul.
Ce sontbien là, si je ne m'abuse, les principes généraux de métaphysique que nous avons établis à l'égard de toutes les causes secondes. Or ils contiennent toute la théorie de la^mce actuelle^ la seule qui doive nous occuper ici.
(I) I. Corinlh. chap. 3.