‹ Bañes et MolinaChapitre 121 sur 174 · LIVRE m. DE LA CAUSE PREMIÈRF · texte numérisé non relu

LIVRE m. DE LA CAUSE PREMIÈRF

Qu'est-ce donc qu'une grâce ? Au sens général, ce mot s'étend à toutes les dispositions providentielles qui ont pour but le salut surnaturel de l'homme. Dans le langage chrétien, un bon conseil, une bonne rencontre, souvent une maladie, un revers de fortune sont autant de grâces, parce que ce sont là autant de circonstances oii Dieu, par le moyen des causes secondes, applique l'âme à des méditations salutaires. Mais, dans le sens strict et théoiogique du mot, la grâce est la motion que Dieu luimême, en tant que cause surnaturelle, produit dans l'âme ; c'est une illutninatioii de l'intelligence, et une excitation de la volonté.

— Faisons un pas de plus. Qu'est-ce que cette excitation, cette illumination, cette motion ? La terminaison grammaticale de ces mots suffît à nous l'apprendre : ce sont des actio7is. — Et qu'est-ce qu'une action? Est-ce une réalité physique différente de l'effet auquel elle se termine ? Les amateurs d'entités le disent ; mais comment le comprennent-ils ?

Pour nous, il n'y a que deux réalités physiques: la cause et l'effet, la cause dans V agents l'effetdans le7J«^«Hz?.Quantàraction,elle signifie formellement l'influence immédiate de la cause sur l'effet. Ce n'est donc pas une réalité physique intermédiaire entre la cause et l'effet. C'est

l'effet, en tant qu'il procède de la cause, d'où l'ancien adage : Actio est in passo. Dire que l'effet résulte de l'action, c'est dire simplement que l'effet est produit par l'agent.

Il en est de même de la motion. Il n'y a que deux réalités physiques : le moteur et le mouvement, le moteur immobile et le mouvement dans le mobile. La motion n'est pas une réalité physique intermédiaire entre le moteur et le mouvement du mobile : Motio est in moto. Dire que le mouvement résulte d'une motion, c'est dire simplement que le mouvement est produit par le moteur.

Ces considérations métaphysiques nous permettent de dire en quoi consiste formellement la grâce actuelle. Ce n'est pas je ne sais quelle qualité morte qui précède l'acte, comme le disent certains Thomistes; c'est une motion de l'âme, c'est-à-dire un acte vital, en tant qu'il se produit par l'influence immédiate de Dieu. Il n'y a pas d'autre réalité physique, sinon cet acte demeurant dans Tâme que Dieu meut à cet acte vital. Voilà ce qu'est la grâce actuelle considérée d'une manière générale.

L'interprétation de certains textes de l'Ecriture et de saint Augustin ont amené à établir plusieurs distinctions dans la grâce actuelle : on distingue la grâce opérante et la grâce coopé-

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