L. III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
considère la grâce prévenante qui prévient le libre arbitre, et qui excite l'âme endormie ou surnaturellement morte ; soit que l'on considère la g-râce concomitante qui est comme la substance de l'acte consenti.
2° La grâce est un don g-ratuitjSoit en g-énéral, parce que c'est une Motion du Premier Moteur; soit, surtout, parce que cette Motion, d'ordre surnaturel, conduit à une Fin totalement gratuite.
3° Dieu, en couronnant nos bonnes œuvres, ne fait que couronner ses dons gratuits ; car la bonne œuvre n'est autre chose que l'acte, mis dans l'âme par la grâce et accepté par le libre arbitre. Or, que je sache, l'acceptation d'un don n'en change ni la nature ni la valeur.
4° La grâce perfectionne le libre arbitre. Car la grâce est essentiellement une illumination de la raison dans les vérités divines, et une inclination de la volonté vers le seul et souverain Bien : or une telle motion délivre Tâme de toutes les ténèbres et de toutes les chaînes.
5° Dans nos victoires, c^est la grâce qui triomphe. Certes, la résistance à une tentation est une réalité physique, et TefTort doit souvent être intense. Il se produit dans Tâme des émotions puissantes en sens contraire ; la grâce la
secoue par les terreurs du Jugement et Tattire par les attraits de l'Amour Divin, pendant que, d'autre part, le démon et la nature remuent ses plus mauvaises passions. Tous ces actes indélibérés qui se choquent sont autant de réalités physiques, et leur champ de bataille est la volonté considérée comme nature physique. Le rôle de la liberté est uniquement de choisir entre les motifs contraires celui auquel elle consent. C'est donc la grâce de Dieu qui combat, la grâce qui triomphe, la grâce qui fait tout, et tout le mérite de l'homme est de s'associer librement à ses combats pour être associé à son triomphe. N'est-ce pas le résumé de la doctrine de saint Augustin ?
6" On sait la grande question entre les Thomistes et les Jésuites : La grâce suffisante et la grâce efficace sont-elles de même nature physique, ou sont-elles des réalités physiquement différentes ? An gratia sufficiens et gratia efficax sint entitativè eœdem vel divei^sdn ? — 0 puissance abusive des mots ! Une grâce sollicite au consentement sans l'obtenir; vous l'appelez « suffisante », et cet «^'ec/z/semble rendre inhérente à la grâce une négation qui ne doit être attribuée qu'au libre arbitre. — Une grâce sollicite au consentement et l'obtient ; vous l'appelez « efficace », et cet adjectif semble