‹ Bañes et MolinaChapitre 128 sur 174 · LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE

domaine sur ses actions et les événements du monde. Mais, surtout, c'est là lepont entre l'ordre physique et l'ordre moral. Etre maître de soi, parce qu'on est libre de consentir aux actes de sa nature, voilà ce qui constitue la dignité de 1 homme, voilà ce qui en fait un être moral.

Et pesez la conséquence capitale de cette vérité. Ce n'est pas dans la nature physique de la Motion Divine ou de la grâce qu'il faut aller chercher la formalité de l'imputabilité. Cette Motion, cette grâce peuvent bien exciter la faculté, produire en elle physiquement des actes merveilleux ; toutes ces opérations effectuent l'œuvre qui peut devenir méritoire. Mais cette œuvre ne devient formellement méritoire que par une prise de possession, lorsqu'on vertu de sa liberté, l'homme s'en empare et la fait sienne.

Ces vérités vont s'éclaircir par la discussion d'un argument auquel les Bannésiens attachent beaucoup d'importance. Lorsqu'on leur demande comment ils prouvent que la grâce efficace diffère physiquement, entitativè, de la grâce suffisante, ils apportent l'argument suivant, qui leur semble irréfutable. « Meliùs est agere

« quam passe. Agir méritoirement est mieux « que pouvoir agir méritoirement. L'œuvre « méritoire contient une perfection que ne u contient pas le pouvoir agi?' méritoirement. « Donc la grâce qui donne /e pouvoir et l'agir « est entitativement plus grande que la grâce qui « donne le simple pouvoir. »

L'argument semble clair , concluant, invincible. Eh bien! regardez-y de plus près, et vous constaterez que cet argument est entaché du vice rédhibitoire qui porte le nom de transitus de génère ad genus. On y confond l'ordrephysique avec l'ordre moral, la perfection de nature avec le mérite 'personnel. C'est là un véritable transitus que met à nu l'analyse suivante.

Dans une œuvre vertueuse (et je ne considère d'abord qu'une vertu naturelle pour rester dans la sphère de la métaphysique rationnelle), il y a deux choses à distinguer, savoir l'œuvre elle-même dans sa réalité physique et le mérite de cette œuvre. Or je dis que ces deux choses sont irréductibles l'une dans l'autre.

D'abord , si le mérite suppose l'œuvre, l'œuvre peut exister sans le mérite. Pour avoir le mérite de l'aumône faite, il faut avoir fait l'aumône ; mais si l'on fait l'aumône au lieu de payer ses dettes, l'aumône n'est pas méritoire. En second lieu, l'œuvre matérielle et le mérite

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