‹ Bañes et MolinaChapitre 129 sur 174 · LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE

peuvent avoir des mesures différentes. Une large aumône peut être d'un petit mérite, et l'obole de la veuve a été grandement louée par l'Évangile. — Or, lorsque deux choses sont indépendantes l'une de l'autre dans leur accroissement et leur décroissement, leurs perfections ne sont pas de même ordre. Donc, on doit déjà conclure que l'œuvre extérieure considérée dans sa réalité physique et le mérite de cette œuvre appartiennent à deux ordres ontologiquement différents.

A vrai dire, cette première conclusion n'a pour but que de débarrasser les abords de la question. Car tous en conviennent : l'œuvre méritoire consiste moins dans l'exécution extérieure d'une bonne intention, que dans l'acte intérieur de la volonté qui pose cette intention. Mais on doit appliquer à cet acte intérieur une analyse semblable à la précédente.

Dans ce vouloir, il faut distinguer entre la réalité physique Qi le mérite formel.

La réalité physique est un acte qui existe actuellement dans la volonté, et qui d'abord n'y existait pas formellement. C'est un acte d'appétence pour un bien présenté objectivement: désir actuel, tendance actuelle, vouloir actuel, qui nous pousse avant toute délibération vers

un objet renfermant quelque bien réel ou appa rent. En un mot, c'est un acte «indélibéré », in nobis sine nobis, qui est produit réellement et physiquement en nous par des causes efficientes internes et externes, savoir : par l'activité vitale dont il surgit, par la Cause Première qui maintient et meut celte activité, par les causes secondes qui l'appliquent à un objet particulier.

Or vous pourrez concevoir cet acte indélibéré aussi réel et aussi intense que vous voudrez, soit qu'il y ait tendance vers un bien réel, soit qu'il y ait attraction violente vers un mal déguisé sous l'apparence du bien ; vous pourrez augmenter à votre gré la réalité, la perfection physique de cet acte de la volonté. Tant qu il restera à l'état indélibéré, vous n'y rencontrerez aucune trace de mérite ou de démérite. Mais aussitôt que, par la délibération , il y aura consentement ou dissentiment, aussitôt que l'acte deviendra «délibéré », à l'instant même apparaîtra le mérite personnel.

Ce que j'ai dit d'un acte naturel doit se répéter de l'acte surnaturel. Sans doute, cet acte ne peut surgir en nous que sous l'influence de la grâce, qui produit en nous une tendance actuelle, formellement et surnaturellement

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