LIVRE I. — HISTORIQUE. S
épreuve sans un blâme, sans une correction quelconque. Si jamais on peut suivre une doctrine inoffenso pede^ c'est bien celle d'un tel livre. J'ajoute même que ladéfaveur dont la Concorde était l'objet dans l'esprit de Clément VIII, discrédit dont nos adversaires font tant d'éclat, tourne à la justification de Molina. Car, si le Pape était personnellement enclin à censurer; si déjà, comme on le prétend, la bulle de condamnation était rédigée ; si, humainement parlant, rien ne pouvait plus en empêcher la fulminalion, il nous est permis alors, pour expliquer le résultat négatif, de recourir à l'intervention divine qui protège le Pontife Romain contre l'erreur, et d'attribuer le silence du Pape à cette raison suprême qu'invoquait Bellarmin pour prédire que Molina ne serait pas condamné par l'autorité infaillible (1).
(1) Tiniboschi a fait un raisonnement semblable à propos de la condamnation de Galilée, et donné ainsi, il y a déjà longtemps, la meilleure réponseaux objections que l'on veut tirer de celte affaire contre l'infaillibilité pontificale. « Il faut plutôt, dit-il, admirer la providencede Dieu sur l'Église. Car, dans un temfis où la plupart des théologiens tenaient fermement que le système de Copernic était contraire aux saintes Écritures, Dieun'apas permis que l'Église prononçât à cet égard un jugement solennel. «Tiraboschi, Storia délia lettei'atura Italiana. Tome VIII, Append., p. 346.
6 BA^fES ET MOLINA
Les Jésuites furent donc contraints d'accepter le combat surun terrain choisi par leurs rivaux. Mais il n'en est pas moins vrai qu'Acquaviva avait nettement précisé la question importante. Aujourd'hui que les passions sont calmées, et que les cendres de tous les disputants sont refroidies, il ne s'agit plus de savoir si Molina doit être ou ne pas être flétri, ou si du moins on peut relever dans son livre quelque expression répréhensible. Ce qui préoccupe les théologiens actuels, c'est uniquement le choix entre les systèmes qui portent les dénominations malencontreuses de Thomisme et de Molinisme. En d'autres termes, et pour prendre la disjonctive posée parAcquaviva, faut-il admettre que « Dieu prédétermine d'avance la volonté humaine à chacun de ses actes par une prémotion toutepuissante qui entraîne nécessairement le consentement » ? Ou bien faut-il reconnaître que «la grâce actuelle n'est pas efficace de soi et par sa nature, et par conséquent n'obtient pas nécessairement l'acte auquel elle pousse (1) » ? Encore une fois, là est le nœud, là est la question dégagée de toutes ambages et de toute subtilité de plaideurs. Suivant qu'on se pronon-