LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE. 2o
del'ordre physique à l'ordre de l'imputabilité, ce « mieux » répond à une dig-nité du sujet responsable de ses actes.
Nous ne sommes plus, à proprement dire, dans l'ordre physique. Les causes physiques , voire même la Cause Première , considérée comme le Premier Moteur des facultés physiques , ne peuvent plus être invoquées dans la question. Il ne s'agit désormais que du rôle de la liberté humaine. Jusqu'ici, Dieu a tout fait. Il a mis par lui-même dans l'âme l'acte qu'il veut récompenser. Il aoWicite, par cet acte même, Y âme à l'accepter et à s'en rendre propriétaire. Tout ce qui est physiquement requis pour que la liberté s'exerce est posé par la grâce ; tout est préparé , tout est prêt. A la liberté maintenant de consentir à ce divin appel, et, certes, ilesi mieux à'y consentir que de n'y consentir pas.
Ainsi la formule : Meliùs est agere quàm posse, comporte deux sens différents, suivant qu'on l'applique à l'ordre physique ou à l'ordre méritoire, à l'acte indélibéré ou à l'acte délibéré. Dans le premier cas, elle exprime une perfection de l'ordre physique, et prouve la nécessité de l'intervention de la Cause Première par une motion naturelle ou par la grâce, sans distinction de grâce suffisante et de grâce efficace.
Dans le second cas, elle exprime une perfection de mérite, et elle notifie au libre arbitre où se trouve le devoir. Dans le premier cas , le «mieux » se rapporte à un a pouvoir agir »; dans le second, le « mieux » se rapporte à un « devoir consentir ».
Je sais que les Thomistes n'admettent pas l'analyse précédente. Mais avant de faire tant de bruit de leur adage : Melius est agere quàm posse, il serait bon de démontrer que notre distinction est fausse. Je sais qu'ils hésitent à admettre la définition vulgaire de la liberté ; mais c'est à eux d en faire accepter une meilleure. Je sais qu'ils prétendent trouver dans l'acte délibéré méritoire une perfection physique qui ne se trouve pas dans l'acte indélibéré ; mais c'est à eux de montrer comment on peut, en aug-mentant la réalité physique, faire surgir l'imputabilité de lacté.
Enfin, je connais leur objection indignée : « Quoi ! nous disent-ils, le mérite n'est-il pas ce qu'il y a de plus beau et de plus excellent ? Or, c'est précisément le mérite que vous soustrayez à l'influence de Dieu. Vous voulez bien laisser à la Cause Première une part dans les actes de la nature dépourvus de perfection mo-