‹ Bañes et MolinaChapitre 132 sur 174 · LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE

raie. Mais, d'après vous, le mérite ne relève que du libre arbitre, et c'est l'homme seul qui fait ce qu'il y a de meilleur en lui ! »

Voilà une de ces emphases familières aux Thomistes. Aies en croire, eux seuls ont de la dévotion à la Grâce Divine ; eux seuls ont de l'horreur pour le Pélagianisme. Si Taccusation précédente est un peu confuse, l'ardeur du zèle sert d'excuse facile. Quant à nous, pour distinguer ce qu'ils confondent, force nous est de nous adresser à la froide raison , et ce calme même nous donne tort auprès de tous ceux qui se décident plus par impression que par réflexion.

Cependant , pour réduire à néant ces gros reproches , il suffit de distinguer entre la valeur de l'œuvre et le mérite de l'agent. Dans la bonne œuvre, il y a, disions-nous, une réalité physique , un acte de la volonté , et pour expliquer cette réalité physique , il faut remonter jusqu'à la première cause physique, jusqu'au Premier Moteur. Mais dans cette bonne œuvre, il y a aussi une valeur morale, une sainteté, une justice, une bonté morale qui procèdent de la Première Cause morale. Car une œuvre n'estmoralement bonne qu'autant qu'elle est conforme à laLoi Éternelle et Substantielle; une œuvre n'est juste et sainte que par une

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participation à la Justice et à la Sainteté Divines.

Donc l'œuvre méritoire relève totalement de Dieu. — Comme œuvre^ Dieu la produit en nous, en tant qu'il est la Cause Première efficiente, créant, conservant, mouvant, appliquant nos facultés vitales. Comme valeur, Dieu en est encore le Principe, en tant qu'il est la Cause Première morale. Sainteté infinie. Justice infinie, Loi Eternelle, Principe et Raison de toute sainteté, de toute loi, de tout devoir, de toute moralité. Et lorsque Dieu agit en nous immédiatement par sa grâce, il agit à la fois et comme Cause Première physique et comme Cause Première morale. 11 fait surgir de nos facultés une œuvre sainte et méritoire, acte qui relève de Lui et comme œuvre et comme valeur. Que voulezvous de plus ?

A quoi donc se réduit le rôle du libre arbitre? A s'approprier par le consentement un acte surnaturel produit en lui, Dieu X excitant au consentir par cet acte même. — En quoi consiste le mérite de l'homme ? A posséder une œuvre de valeur, que Dieu \aide à accepter. — A quoi sera mesurée sa récompense ? A la valeur morale de l'œuvre que Dieu lui donne et lui conserve ; Dieu, suivant une parole célèbre, couronnant ses dons, lorsqu'il couronne nos mérites.

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