LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
La liberté humaine est donc, à la fois, quelque chose et de bien petit et de bien grand. De bien petit : car elle ne produit rien, elle n'est cause de rien, elle n'est raison ni de la réalité physique ni de la valeur morale qui constituent l'œuvre méritoire. De bien grand : car, par elle, l'homme devient maître et légitime possesseur d'une œuvre digne de Dieu, c^est-à-dire devient méritant.
Cette doctrine est admirablement expliquée par Tertullien dans un passage que je veux rapporter, parce qu'il renferme la plus belle théorie de la liberté que je connaisse.
« 11 fallait, dit-il, que Dieu fût connu ; c'est bon et raisonnable. Il fallait quelque chose qui fût digne de connaître Dieu. Et que peut-on supposer d'aussi digne que l'image et la similitude de Dieu? Ceci encore, sans doute, est bon et raisonnable. Il fallait donc créer une imag-e et une ressemblance du Dieu Libre et Maître de Soi, dans laquelle apparût la liberté et l'indépendance Divines. ■» Voilà pour la dignité de la liberté. ■ •
Veut-on connaître son rôle? Tertullien nous l'apprend aussi. « Il y a encore, dit-il, une autre raison de cette institution. Celui qui possède de toute éternité ce qu'il Est, le possède par nature et non par création. Quant à l'homme,
être tout entier créé, il est bon, non par nature, mais par création. S'il est bon, c'est uniquement parce que son Créateur est Bon et ne produit que des choses bonnes. Afin donc que, par un transfert des droits de Dieu, l'homme possédât le bien en propre; afin que par une espèce d'émancipation l'homme devînt propriétaire du bien, et d'une certaine manière bon par soi-même, il lui a été adjoint une sorte d'agent officiel instituépour opérerjuridiquementce transfert etcette émancipation. C'est le libre arbitre par lequel l'homme accomplit le bien, comme spontanément et par sa propre vertu (1). »
Je ne sais si je m'abuse. Maislorsque je considère cette grandeur et cette dignité de l'homme libre, il me semble que la Cause Première so montre plus puissante dans une telle créalioii que dans tous les cycles et épicycles des déterminations et prémotions Bannésiennes.
(1) Ut ergb bonura jam suum haberet homo emancipatura sibi a Deo, et fieret proprietas jam boni in homine et quodammodb natura, de institutione adscripta est illi quasi libripens emancipati à Deo boni, libertas et potestas arbitrii, quae efficeret bonum et proprium jam spontè^ praestari ab homine. (Contra Marcion, lib. 2, cap. 6.)