LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
au fond qu'un seul et même être , la personne n'étant pas quelque petite entité surajoutée à la nature ; donc le mérite qui se rapporte à la personne n'est pas non plus une entité surajoutée à l'œuvre de la nature. L'acte qui se passe dans la nature humaine devient formellement acte humain par une prise de possession, suivant ce texte : Illse solse actiones vocantiir propriè « hitmanœ » quariim homo est dominus (1). Et c'est par le libre arbitre que s^opère cette prise de possession, suivant cet autre texte : lilée er^go actiones propriè V- humanse » dicuntiir, quœ ex voluntate deliberatâ procediint (2). Donc l'acte indélibéré et l'acte délibéré ne diffèrent qu'en ce que le premier est simplement une réalité de nature, et que le second est un avoir personnel. Donc, physiquement parlant, ils ne sont qu'un seul et même acte, de même qu'un trésor est numériquement le même, avant et après qu'on en a pris possession. Cette conclusion est la même que la précédente et sape par la base la doctrine des Thomistes sur la grâce. Car, il n'y a plus à parler de différence entitative entre la g-râce efficace et la grâce suffisante, s'il y a
(2) Eod. loc.
identité physique entre l'acte indélibéré et l'acte délibéré, et nous venons de voir que cette identité découle de Fidentité entre la nature et la personne humaines.
Par là nous arrivons à mieux concevoir la liberté. C'est par la liberté qu'a lieu le passage de l'acte de thomme à l'acte humain, de l'acte indélibéré à l'acte délibéré, de l'acte de nature à l'acte personnel, de l'œuvre méritoire au mérite formel. Or ce passage ne produit aucune nouvelle réalité physique. Donc la liberté n'est pas une cause efficiente, spéciale, distincte de la volonté et produisant quelque effet particulier. C'est Yétat de la volonté dans la personne. Et, pour le dire en passant, les philosophes qui font consister la personnalité dans la totalité formelle , comprennent aisément pourquoi saint Thomas définit le libre arbitre par les deux puissances intellectuelles unies ensemble. Est homo dominus sitoriini actuum per rationem et voluntatem. Undè et liberum arbitrnnn esse dicitur facultas voluntatis et ratto?iis (1)
(1) I. II. q. 1. a. 1. On sait combien, dans la plupart des traités de philosophie, l'analyse de l'acte libre est embarrassée et peu satisfaisante. Cela vient de ce qu'on sépare le rôle de la raison et celui de la volonté, et qu'on admet que le jugement pratique précède le consentement. La dif-