LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
Mais si la liberté n'est pas une cause efficiente, il n'y a plus lieu de chercher sa place dans la hiérarchie des causes, ni d'exig^er qu'elle soit mue par la Cause Première. Tout le raisonnement fondé sur l'efficacité du Premier Moteur s'écroule ; car un moteur ne peut agir avec toute puissance là où il n'y a pas de mobile. Parlez de la motion de l'intelligence, de la motion de la volonté ; mais ne parlez pas de la motion formelle de la liberté. Ce serait un non-sens métaphysique.
Recueillons en faisceau toutes ces considérations.
ficulté disparaît, si l'on admet leur simultanéité et l'influence simultanément réciproque des deux facultés. L'acte est formellement libre ])a.r V unanimité des voix. Aussi les grands auteurs considèrent le libre arbitre comme un concours de raison et de volonté. « Ideb Aristoteles in sexto Ethic. sub dubio relinquit utrum principaliîis pertinent electio ad vim appetitivam vel ad vim cognitivam. Dicit enim quod electio vel est « intellectus appetitivus » vel « appetitus intellectivus » (I. q. 83. a. 3.) — Et saint
Bonaventure : « Et sicut ex concursu virtutis manùs et
oculi résultat potestas scribendi ad quod altéra illarum non sulficeret, sic ex concursu rationis et voluntatis résultat quaedam libertas, sive quoddam dominium ad aliquid faciendum sive disponendum.»(Senl. II. dist. 25. p. 1 . q. 3). Toujours l'idée de totalité et de simultanéité.
La nature et la personne sont dans l'homme une seule et même réalité, mais elles répondent à deux concepts irréductibles. La nature est; la personne a. Dans la nature, le pouvoir physique; à la personne, le devoir moral. — De même : La volonté considérée comme « nature appétente » et le libre arbitre considéré comme « faculté du choix » ne sont en réalité qu'une seul et même puissance. Mais on les distingue en ceci, que la nature appète nécessairement le bien qui la meut, et que par le libre arbitre la personne prend possession des appé- ^ences librement consenties. — De même, enfin, l'acte indélibéré et l'acte délibéré ne sont physiquement qu'un seul et même acte, mais considéré soit avant, soit après l'acceptation par le libre arbitre.
En dernier résumé : Volonté mue vers le bien et acte indélibéré ne correspondent qu'à la nature. — Libre arbitre et acte délibéré ont de plus un rapport formel avec la personne.
Tels sont nos principes , telle est notre métaphysique établie à priori. Je la présente à ceux qui nous accusent de nous borner à des théories d'expédients. Si on la juge fausse, qu'on la réfute. Sinon, que l'on cesse de mépriser le Molinisme; car il n'est autre chose que l'application rigoureusement logique de cette meta-