‹ Bañes et MolinaChapitre 138 sur 174 · LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE

physique aux questions de la Grâce, de la Liberté et de la Prédestination.

En effet, de la distinction virtuelle entre la nature et la personne humaines résultent les relations réellement distinctes par lesquelles l'homme est rapporté à Dieu, Cause Première des natures, et Cause Finale des individus. Comme nature créée, l'homme tient tout de la Bonté Divine; comme personne responsable, comme être qui est maître de ses actes, ens sui jiiris, il relève de cette Perfection Divine qui est la source du droit et du devoir, c'est-à-dire de la Justice Divine. L'acte indélibéré se produit sous la Motion de la Cause Première dont le propre est d'agir par Bonté. L'acte délibéré rencontre le Juge Suprême de l'imputabilité et du mérite. En un mot, la Bonté nous fait des dons toujours gratuits dans un certain sens, et totalement gratuits quand il s'agit de l'ordre surnaturel, et la Justice juge ce qui est à nous. Ainsi se vérifie ce bel adage de Tertullien : Deus de suo Optimus, de nostro Justus (1).

Or la grâce actuelle est une motion effective ^ dont le terme formel est, par conséquent, la nature en tant que nature. Donc elle procède

(1) Lib. de resurrect. carn., cap. 14,

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uniquement de la Bonté Divine , sans avoir un rapport direct etimmédiat avecla Justice; enproduisant l'acte indélibéré, la grâce y met la réalité physiqueet la valeur morale, mais sans qu'on y puisse encore rien rencontrer qui soit consentement ou imputabilité. C'est ainsi que nous avonsobtenu, par voie de déduction rigoureuse, la réponse à la première question débattue entre les Thomistes et les Jésuites : La grâce efficace diffère-t-elle entitativement de la grâce suffisante ? — Non, car la g-râce « mouvante » se termine à la nature, en tant que nature, et rien dans la nature n'est mérite ni imputabilité.

Trouverons-nous dans ces mêmes principes la réponse à l'autre question débattue entre les Thomistes et les Molinistes : Dieu prédestinet-il d'abord à la grâce ou à la gloire ? Certainement, si nous prenons garde à la remarque suivante.

Bien que la nature et la personne humaines soient une même réalité, elles se distinguent cependant virtuellement. Or, partout où il y a une dualité, ne serait-ce qu'une dualité logique, il y a un ordre, par conséquent une priorité au moins logique. Ici, la priorité est évidente. Il faut être avant d'être à soi. Prius est esse quàm esse sibi, La nature précède la

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