‹ Bañes et MolinaChapitre 139 sur 174 · LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE

personne, puisque la personne résulte de la nature créée. De même, la volonté considérée comme « nature appétente » précède virtuellement le libre arbitre, puisque l'amour essentiel de la fin dernière est la source de tous les choix libres. De même enfin, l'acte indélibéré est antérieur, au moins logiquement, à l'acte délibéré. Donc, nous sommes, soit dans la constitution de notre être, soit dans le jeu de nos facultés, en relation d'abord avec le Dieu Bon et ensuite avec le Dieu Juste ; — la Bonté Divine précédant et produisant en nous l'acte indélibéré de vertu , la Justice suivant et couronnant le consentement du libre arbitre ; — la g-râce nous mettant en rapport avec la Bonté antécédente de Dieu, l'acceptation docile de cette grâce ou le refus criminel nous mettant en rapport avec la Justice conséquente de Dieu.

L'adage de Tertullien, par sa construction même, nous enseigne cet ordre et cette priorité de la grâce. Deus de siio Optimiis, de nostro Jiistus. — De suo Optimus : voilà le point de départ ; la Bonté donne la grâce. — De nostro: voilà le nœud; la liberté fait « nôtre » l'acte vertueux consenti, du fait « nôtre » la privation de cet acte refusé. — Justus : voilà le point d'arrivée; la justice rend à chacun son dû.

Nous pourrions donc conclure avec Molina :

Dieu prédestine à la grâce, avant de prédestiner à la gloire. Mais cette belle et importante question mérite d'être reprise avec plus de développements.

11 nous faut donc, pour satisfaire au programme que nous nous sommes imposé, rechercher par la pure métaphysique comment on doit concevoir la Prédestination.

Banes part de ce principe que Dieu ne peut pas se proposer, dans ses œuvres, une autre fin que lui-même. En outre, il admet, comme un axiome métaphysique, et par conséquent applicable à Dieu aussi bien qu'aux créatures, que l'on veut la fin avant les moyens, et voici comme il forme son syllogisme à l'aide de ces deux prémisses.

Le bonheur ou le malheur éternels d'une créature ne sont, après tout, que choses finies ; donc il faut remonter plus haut pour trouver les fins dignes de Dieu. Ces fins sont la manifestation de ses propres Attributs, surtout de sa Miséricorde et de sa Justice vindicative. — Il se propose absolument, avant tout, de manifester

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