LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
sa Miséricorde. Mais, pour obtenir cette fin, le salut de quelques hommes est nécessaire, conséquemment il prédestine absolument quelques hommes. Or ces hommes ne peuvent arriver au salut, sans y être poussés efficacement par la grâce. Conséquemment, Dieu décide qu'il donnera à ces hommes des g-râces infailliblement efficaces. — De même, il se propose, absolument et avant tout, de manifester sa Justice vindicative. Mais cette manifestation ne peut se produire sans quelques damnés ; conséquemment, il réprouve positivement quelques hommes. Or l'impénitence de ces hommes suppose qu'ils n'ont pas reçu des grâces efficaces. Conséquemment, Dieu décide de leur refuser de telles grâces (1).
C'est une doctrine bien dure. Qu'importe, si elle est logiquement déduite de principes certains, comme Banes le prétend !
Molina, il est vrai, fait remarquer avec raison qu'on doit distinguer entre une fin voulue absolument, et une fin voulue conditionnellement. Dieu ne veut définitivement le salut d'un homme qu'à la condition que le libre arbitre
(4) Voir les textes de Banes : Schneemann, p. 208 et seq.
de cet homme corresponde à la grâce, puisque la gloire est à titre de récompense. Il ne décrète définitivement la réprobation du pécheur que si cet homme s'obstine dans l'impénitence, puisque la damnation est à titre de châtiment. 11 n'y a donc pas en Dieu une volonté absolue et antécédente de la fin, de manière à déterminer absolument le moyen nécessaire pour l'obtenir.
Mais Baîies lui répond : Petite Philosophie ! Métaphysique d'expédients ! Théorie qui vise trop bas ! La fin dernière des décrets divins, je le répète, n'est pas le salut ou la damnation d'une créature.^ mais la g^lorification de la Miséricorde ou de la Justice du Créateur. Voilà des fins vraiment divines, et, comme telles, leur réalisation est au-dessus de toutes les fluctuations humaines. Pensez-vous que Dieu attende la permission d'un homme pour déterminer laquelle de ses perfections il manifestera par son moyen? — Erreur grossière ! Dieu ne prend l'avis que de Lui-même , pour décider que sur tel homme il fera luire sa Miséricorde, ou que sur tel autre il fera éclater sa Justice ; et ces décisions une fois prises, tous les desseins et les modes d'exécution s'en suivent, conformément au principe : « Qui veut la fin, veut les moyens. »