LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
Quelle subjug-ante argumentation ! On m'a cité un homme, instruit et pieux, fait thomiste par dévotion envers saint Thomas, qui disait avec l'accent de la conviction résignée : « Il m'a fallu deux ans de méditations assidues sur la Métaphysique thomiste ; mais enfin je suis parvenu à comprendre qu'il fallait quelques damnés pour la complète glorification de tous les Attributs Divins. » -
J'avoue que, pour mon compte, une telle conclusion n'excite guère ma dévotion. Je me permettrai donc^de discuter sa légitimité.
Banes s'appuie sur le principe : « Qui veut la fin, veut le moyen. Qui veut absolument la fin, veut absolument le moyen nécessaire. » On distingile, en effet, dans l'école, la fin qui est voulue pour elle-même, bonum propter se, et le moyen qui est voulu pour la fin , et qui n'est bien que parce qu'il sert à obtenir un autre bien, bonum propter aliud, bonum utile . L'intention se propose d'abord une fin, ordonne ensuite le moyen pour cette fin, et veut le moyen par le vouloir même de la fin. Dans l'ordre d'exécution, le moyen est effectué d'abord, pour qu'il concoure efficacement à la réalisation de la fin; car un moyen n'est utile que lorsqu'il est, au moins partiellement, cnw^e positive àxi résultat. Ce sont là des vérités admises de tous
et renfermées dans le principe : « Qui veut la fin, veut les moyens. »
Ceci posé, je remarque que la justice vindicative, n'ayant pour objet à punir que le mal moral, en tant que mal, ne peut s'exercer que lorsque le péché a été commis.
D'où je conclus qu'on ne peut se proposer, à priori , l'exercice de la justice vindicative comme une fin positive à obtenir ; à moins : 1° d'y coordonner le péché, en tant que péché, comme un moyen positif ; 2° de vouloir le péché par le vouloir positif de la fin ; S^'de faire concourir le péché, en tant que péché, à la réalisation de la fin. Or le mal, en tant que mal, n'étant qu'une jor/y«^?ow, il répugne : 1° qu'il soit un moyen positif ; 2° qu'il soit voulu positivement par aucune volonté ; 3** qu'il soit un moyen efficace pour aucune fin positive. Lisez saint Thomas, deMalo (1).
Baiïes fait donc une application vicieuse du principe : « Qui veut la fin, veut les moyens.» Dieu, qui peut se proposer pour fin positive et antécédente de manifester sa Miséricorde, ne peut se proposer pour fin positive et antécédente de manifester sa Justice vindicative. Il peut