‹ Bañes et MolinaChapitre 142 sur 174 · LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE

avant tout vouloir récompenser; mais sa volonté de punir ne peut être que conséquente et indirecte (1).

C'est ce qu'enseigne saint Thomas avec une admirable précision de langage :

« Ce qui semble s'éloigner de la Divine Volonté, suivant un ordre, « retombe >, relabitur, suivant un autre ordre dans cette Volonté. Ainsi, le pécheur qui, en péchant , s'éloigne , autant qu'il est en lui, delà Divine Volonté, «tombe», incidit, dans un autre ordre de la Divine Volonté, lorsqu'il est puni par la Justice (2). » Remarquez ces expressions. L'acte du pécheur n'est pas une marche en avant vers l'accomplissement d'un bon Vouloir Divin, c'est une chute. Mais cette chute ne peut pas dérober le pécheur à l'ordre de la Volonté Divine ; car cette Volonté, par là même qu'elle aime le bien, hait le mal et le punit.

En résumé, il répugne que Dieu se propose directement une fin pour laquelle le péché serait moyen ; car il répugne que le péché soit utile.

(1) Reconnaissons que Billuarl a réfuté d'une façon analogue son maître Banes. Dissert. IX. a. 9. § 2. Mais cette réfutation s'accorde-t-eile avec ses principes Bannésiens?

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Le mal ne peut être ordonné au bien, mais il peut être réduit à bien.

Banes a donc eu tort d'en appeler à la métaphysique. La métaphysique le condamne comme convaincu d'avoir confondu réduire avec ordonner^ 'privation avec réalité positive. C'est là pourtant l'homme qu'on nous propose comme le plus grand métaphysicien des temps modernes, et comme l'interprète autorisé de saint Thomas î

Le mérite d'une théorie théolog-îque est de s'appuyer sur la métaphysique. Mais il est arrivé trop souvent , et nous venons d'en voir des exemples, que des théologiens, après avoir posé quelques principes philosophiques, donnent tête baissée dans toutes les conséquences, sans se préoccuper des singularités auxquelles ils aboutissent. Or leur confiance dans la dialectique est telle, qu'on ne peut les réduire au silence qu'en les dépossédant des principes mêmes sur lesquels ils s'appuient.

Toute la théorie thomisliquede la Prédestination repose sur deux principes dont Banes fait grand bruit: «Dieu^, avant tout, veut sa Gloire.»

— « On veut la fin avant les moyens. » Ces propositions sont aussi reçues dans la théorie congTuiste, qui n'est, me semble-t-il, qu'une sorte de compromis imposé quelque temps àlaCompagnie de Jésus par une prudence administrative.

Pour restituer au Molinisme la prééminence qui lui convient sur tous les systèmes, il est donc nécessaire d'éclairer dans la plus haute lumière possible ces deux propositions maîtresses, et d'abord celle-ci : « Dieu, avant tout, veut sa Gloire. »

Certes, rien n'est plus vrai, et nul ne peut aller à Fencontre. Mais il s'agit de bien comprendre cette vérité.

Il en est, en effet, de notre intelligence comme de notre œil, qui ne peut envelopper de son regard toute une statue ou tout un édifice. De même que deux observateurs peuvent contempler le même chef-d'œuvre de deux points de vue contraires et le projeter sur deux horizons opposés, de même deux philosophes peuvent concevoir la même vérité sous deux formalités différentes et en déduire des conclusions qui ne se ressemblent guère.

Or, il faut bien l'avouer, l'influence du Thomisme et du Congruisme se retrouve partout. 11 n'est pas rare de rencontrer, soit dans les livres ascétiques, soit dans les prédications, soit

même dans les cours de théologie, la belle thèse de la finalité traitée avec une certaine étroitesse qui enlève aux Conseils Divins l'éclat de leur munificence, avec un certain formalisme qui les rabaisse au niveau des conseils humains.

On distingue entre la Gloire extrinsèque de Dieu et le bonheur de l'homme, et l'on ajoute que Dieu se propose avant tout et nécessairement de procurer sa propre Gloire, qu'il ordonne tout à cette fin, l'élu glorifiant la Miséricorde, le damné glorifiant la Justice. Mais distinguer la fin de ce qui n'est pas la fin, c'est distinguer la fin du moyen, c'est réduire à l'état de moyen tout ce qui n'est pas formellement la fin ; d'oii il semble résulter que, dans l'intention divine, nous ne sommes, comme le prétend Baiïes, que des moyens pour atteindre une fin supérieure.

On dit bien que Dieu, possédant en Soi-même une Gloire Infinie et Essentielle, n'acquiert, par cette gloire extrinsèque, rien qu'il n'ait déjà. Cette remarque très juste explique la liberté de l'Acte créateur, mais ne lui enlève pas son apparence de calcul intéressé. De même, c'est librement et sans aucune exigence qu'un riche propriétaire s'occupe à quelque petit « fairevaloir » qui ne le fait pas réellement plus riche,

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