LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
conséquent, elle est parfaite dès son premier instant logique. Dieu n'est pas seulement un acte pur, en ce sens qu'il est essentiellement en acte ; mais il est I'Acte Pur, parce qu'il se pose Lui-même en acte, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Ou mieux, en Dieu il n'y a ni déterminé, ni déterminant, mais simplement un principe et des termes. De là, nous devons conclure que la Volonté Divine, par là même qu'elle est conçue exister, doit être conçue exister en acte, exister à l'état d'acte pur, exister à l'état de principe, et par conséquent exister exhalant un Amour Infini. Le Principe se connaît, et dans l'union avec le Terme Adéquat de sa connaissance, il s'aime, non encore une fois, par une aspiration qui attire, mais par une respiration qui se termine dans le Terme Adéquat de l'Amour.
Voilàjusqu'oti peut s'éleverla raison humaine, non pas, bien entendu, par elle-même et par elle seule, mais soulevée par la Foi. Plus haut, il y a trop de lumière ; la raison éblouie ne peut voir, et la Foi seule nous enseig-ne que le Principe et ses deux Termes Adéquats sont trois Personnes réellement distinctes, tout en n'étant [ju'un seul et même Dieu.
Mais la révélation de cet adorable mystère burnit encore à la raison d'autres lumières.
Diea se connaît et s'aime tel qu'il Est. Donc il se connaît et s'aime comme l'Etre éminent de toute créature possible, de toute perfection finie: et par là même qu'une créature est un des termes de cette éminence, elle est un terme de la Connaissance de Dieu, un terme de son Amour expansif. C'est par cet Amour qu'elle est bonne dans son essence ; c'est par ce souffle de Bonté qu'elle est bonne dans son existence. Car, dit saint Thomas, il n'en est pas de même de notre amour et de l'Amour Divin. Notre amour n'est pas la cause de la bonté des choses, mais c'est leur bonté réelle ou apparente qui provoque notre amour. Au contraire, c'est l'Amour^de Dieu qui crée et verse la bonté dans les choses. Sed Amor Dei est infiindens et creans bonitatem in rebits (1).
Levons donc encore un regard fidèle vers le sanctuaire delà Vie Divine, oii ce qui est fait est vie. Là sont renfermées, comme termes d'une Connaissance et d'un Amour éternels, toutes les choses que Dieu réalisera jamais et toutes les choses qu'il peut réahser. Dieu les voit en voyant son essence ; Il les aime en aimant sa Bonté. Sicut alla à se intelligil intelligendo