‹ Bañes et MolinaChapitre 146 sur 174 · LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE

Essentiam suam, ità alla à se vult volendo Bonitatem suain (1). Dans tous ces mondes possibles, dans tous ces ordres de choses réalisables, il y a vérité parce que Dieu y met son image, il y a bo7ité parce que Dieu y répand son amour. Et Dieu se complaît essentiellement à contempler ces trésors de Sagesse et de bonté. Il s'y glorifie, et toutes ces choses, puisqu'elles sont vie en Dieu, le glorifient éternellement, et rien ne peut être ajouté à cette Gloire qui fait partie de la Gloire essentielle de Dieu.

Que si Dieu veut être loué de tant de gloire par un autre que Lui-même, a-t-il besoin de réaliser quelques-uns de ces mondes ? Ne lui suffit-il pas de créer un esprit auquel il permette de contempler ces' trésors intimes? Oui, nous pouvons le croire, les élus ne glorifieront pas Dieu simplement pour la Sagesse, la Miséricorde et la Justice qu'il a manifestées dans ce monde créé ; à proportion de la profondeur de leur regard intuitif, ils glorifieront Dieu dans la connaissance de mille et mille mondes qui ne seront jamais réalisés.

Peut-être trouvera-t-on ces développements théologiques hors de saison dans un sujet de métaphysique. Mais je m'abrite derrière l'autorité de saint Thomas, enseignant que la révélation du Mystère de la Sainte Trinité nous était nécessaire, entre autres motifs, afin d'acquérir « des notions exactes sur la création et de connaître que Dieu a produit les créatures, non pour quelque besoin de sa part, non pour quelque autre cause extrinsèque, mais uniquement pour l'amour de sa Bonté (1). »

Or, nous savons qu'en Dieu l'Amour est un souffle et non pas une aspiration. Donc la création est une poussée de l'Amour jusque hors de Dieu.

Ce n'est pas moi qui ose inventer ce langage. « L'Amour, dit TAréopagite, est extatique, il pousse hors de soi celui qui aime et le trans-

(1) Cogaitio Divinarum Personarum fuit necessaria nobis dupliciler. Uno modo, ad rectè sentiendum de creatione rerum. Per hoc enim quôd dicimus Deum omaia fecisseYerbo suo, excludilur errer ponentium Deum produxisse res ex necessitale natura^, Per hoc autem qubd ponimus in eo processionem amoris^ ostendilur qubd Deus non propler aliquam indigentiam creaturas produxit, neque propler aliquam aliam causam extrinsecam, sed propter amorem suae Bonilatis... Alio modo et principaliùs... I. q. 32 a. 1. ud 3"m.

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