LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
porte en quelque sorte dans l'objet aimé. >^ Et saint Thomas, paraphrasant ces paroles : « Celui qui aime devient hors de soi, et il est transporté dans l'objet aimé, en tant qu'il veut du bien à celui-ci, et qu'il en prend soin comme de soi-même. Voilà pourquoi saint Denys dit encore : On peut oser dire^ et c'est la vérité, que la Cause de tous les êtres, par l'excès de son amoureuse Bonté^ devient elle-même hors de Soi dans sa Providence sur tous les êtres (1). »
Et saint Thomas, lui aussi (car c'est sur l'Ange de l'Ecole que je veux surtout m'appuyer), lorsqu'il veut rendre compte de l'amour de Dieu pour les créatures, où va-t-il en chercher la raison? Pas ailleurs que dans la naturelle inclination de tout ce qui est bon à répandre son bien. Oii va-t-il en chercher un exemple? Dans ce que la nature nous offre déplus aimant et de plus désintéressé, c'est-à-dire dans le sentiment de la paternité.
Citons tout ce passage :
« Tout être, dans la nature, a une naturelle inclination par rapport à son propre bien, non seulement pour l'acquérir quand il ne l'a pas ou pour s'y reposer quand il le possède,
(1) I. q. 20. a. 2. ad 1""».
mais encore pour le répandre sur d'autres, autant que possible. Aussi voyons-nous que tout agent, lorsqu'il est en acte et parfait, produit son semblable. Il entre donc dans la raison de la bonté de celui qui possède un bien qu'il le communique à d'autres autant qu^il est possible. Cette disposition appartient surtout à la Bonté Divine, de laquelle dérive toute perfection par voie de similitude. Si donc, les êtres de la nature, entant qu'ils sont parfaits, communiquent leur bien à d'autres, à plus forte raison il est de la Bonté Divine de communiquer son propre Bien à d'autres, par voie de similitude, autant qu'il est possible. Sic igitur vult et se et aliaàSe, sed Se ut finem, alia verà ut ad finem, in quantiim condecet Divinam Bonitatem alia Ipsam jmrticipare (i). »
Ainsi, la Raison suprême et unique de la création est renfermée dans ce bel adage : L'amour est extatique, le bon est expansif : Bomim est diffusivum sut.
Nous remarquions plus haut qu'on ne peut s'arrêter à ces deux mots : « Vouloir quelque chose », Velle aliquid. Il faut pousser jusqu'au sujet auquel on veut ce quelque chose. Mais