LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
causes interprèle celte parole comme son prétendu disciple. Voyons comment le grand champion de la Cause Première comprend que la Cause Première est la Cause Finale.
« Tout agent, dit saint Thomas, agit pour une fin. Autrement, de l'action de l'agent il ne sortirait pas ceci plutôt que cela, sinon par hasard. Or cette fin est, à la fois, fin de l'agent et fin du patient, identiquement la même en tant que fin, mais avec des relations différentes dans l'un et dans l'autre. Est idem finis agentis et patientis in quantum hujusm^odi, sed aliter et aliter. Car c'est identiquement la même chose que l'agent tend à produire et que le patient tend à recevoir. H y a des êtres qui en même temps agissent et pâtissent, ce sont les imparfaits. Il en résulte que même en agissant, ils tendent à acquérir quelque chose. Mais au Premier Agent, qui est simplement agent, il ne convient pas d'agir pour Tacquisition de quelque fin. Il tend seulement à communiquer sa propre Perfection qui est sa Bonté, et chaque créature tend à acquérir sa propre perfection, qui est une similitude de la Perfection et de la Bonté divine. Ainsi donc la Divine Bonté est la Fin de toutes choses (1). »
Ce qui me frappe d'abord dans ce beau passage, c'est qu'il n'y est pas dit un mot de la gloire extrinsèque de Dieu, comme d'une fin principale et distincte à atteindre.
Mais ce qui me frappe surtout, c'est le nœud essentiel entre la fin de la création et la fin de la créature : Est idem finis agentis et patientis. Je comprends maintenant ces mots : Propter Bonitatem siiam. Car la Bonté est amour, et le propre de Tamour est de donner. — Dieu se propose de donner, et ses dons sont de telle nature que plus la créature en reçoit, plus elle aspire à en recevoir davantage. Un seul et même don passe de la main du riche dans la main du pauvre, glorifiant la bonté et l'opulence du premier,nourrissant la misère du second et l'invitant à s'approcher de plus près pour recevoir une plus large aumône.
Tout s'explique donc par la Bonté et dans la Bonté. C'est de la Bonté que saint Thomas tire sa plus belle preuve de la Providence gouvernant le monde. « Ce gouvernement, dit-il, est démontré par la considération de là Divine Bonté par laquelle les êtres ont été produits. Car, s'il appartient au meilleur de produire les meilleures choses, ciim optimi sit optima producere, il ne conviendrait pas à la Souveraine Bonté de ne pas conduire à leur perfection les