LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
qui est simplement Agent, il ne peut convenir •d'agir pour l'acquisition de quelque fin. Sed Primo Age?iti, qui est agens tantùm^ non convenit agere pro'pter acquisitionem alicujus finis (1). » Donc, il n'y a pas à chercher dans la création ce qu'on appelle Finis operantis, c'est-à-dire un bien que le Créateur recherche pour soi; il n^a que ce qu'on appelle Finis operis^ c'est-àdire un but vers lequel est dirigée la créature. Telles sont les explications qu'exigent déjà les trois mots: « Dieu se propose une fin > Examinons maintenant la phrase tout entière : « Dieu se propose une fin digne de Lui. » D'après ce qui précède, nous pouvons la remplacer par cette autre: « L'intention de Dieu se termine à un butdigne de Lui. » — C'est encore très vrai. Mais qu'entendre par un but digne de Dieu? Les créatures finies sont les termes delà Toute-Puissance Divine, et par là même des termes dignes de Dieu. Soutiendrez-vous qu'une Volonté Infinie ne peut que passer par les créatures pour atteindre un but ultérieur et plus digne? Que répondre alors aux sophistes qui prétendent que le terme final d'une Puissance Infinie ne peut pas être une œuvre finie?
(i) Eod. loc.
D'ailleurs celte Gloire extrinsèque, conçue à la façon d'une gloire humaine et considérée comme la seule fin digne de Dieu, est-elle infinie? Alors elle se confond avec la gloire essentielle. — Est-elle finie ? Pourquoi, alors, est-elle plus digne de Dieu qu'autre chose finie ? Voilà de nouvelles difficultés, pour ceux qui conçoivent les Intentions Divines d'une façon trop humaine. Ajouterai-je que si l'on considère la Gloire de Dieu comme une chose absolue, uniquement digne de Dieu, on glisse aisément dans le Congruisme ou même dans le Thomisme ? Car une fin nécessairement voulue dans l'acte libre de la création serait une fin nécessairement atteinte, soit par le salut, soit parla réprobation des hommes. Le mode de glorification pourrait à la rigueur être différent ; mais la somme de gloire resterait nécessairement la même, il n'y aurait plus à travailler pour la plus grande gloire de Dieu.
Et cependant, rien n'est plus vrai. Dieu a tout fait pour sa Gloire. Mais, il faut, je le répète encore, concevoir cette vérité d'une manière digne de Dieu; et puisqu'il a tout fait par sa Bonté, c'est à sa Bonté qu'il faut demander comment Dieu procure en tout sa propre Gloire.
J'ai expliqué plus haut, d'après saint Denys