LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
et saint Thomas, comment le propre de l'amour est de donner. C'était trop peu dire et rendre incomplètement la pensée de ces Docteurs. La perfection de l'amour n'est pas simplement de donner, mais bien de se donner soi-même. Car « l'amour est extatique, il sort de soi pour se transporter dans l'objet aimé ». Lorsque Dieu produit une créature, il se donne en quelque sorte à elle, en la faisant participer à son Etre par voie de similitude. Il se communique par ses bienfaits qui sont comme tirés de sa propre Eminence, et Dieu se trouve manifesté dans ses propres dons.
En effet, n'oublions pas la relation réelle, essentielle, de la créature au Créateur. On se figure trop aisément la créature comme un être qui se renferme en soi-même, comme une œuvre qui n'a que des relations extrinsèques avec l'Ouvrier. C'est là une conception incomplète. L'être fini n'est rien, si on supprime son rapport avec rinfini. Cette relation, extrinsèque à Dieu, intrinsèque à la créature, est dans le plus intime de celle-ci ; elle est comme son fond, de telle sorte que si l'on ordonne métaphysiquement les divers concepts qui répondent à une seule et même créature, le premier, en vérité, est le concept de cette relation. La véritable définition d'un être fini est celle-ci : Telle créa-
ture est le terme de telle participation de l'Etre Créateur par voie de similitude.
Nous voilà parvenus à la plus haute conception de la créature; c'est donc ici que nous devons trouver la Gloire du Créateur.
Dieu veut les choses comme elles sont, c'està-dire comme les termes de son Eminence. Donc, c'est en se voulant Soi-même qu'il veut les créatures : Alia a se viilt volendo Bonitatem siiamii). Sa Volonté Créatrice n'est que la libre expansion du souffle dans lequel il s'aime soi-même : Velle divinum est unum et simplex, quia multanonvult nisi per unum quodest Bonitas sua (2). Il aime d'abord sa Bonté, et dans cet unique Amour il aime l'effusion de sa Bonté, c'est-à-dire sa Gloire, et les termes de cette effusion, c'est-à-dire les créatures.
C'est ainsi que, dans un sens très vrai, on peut dire que Dieu veut sa Gloire avant le bien des créatures ; mais il faut ajouter qu'on ne peut concevoir celles-ci plus divinement aimées, puisqu'elles sont les termes d'un Amour Infini qui aime la diffusion de sa Bonté Infinie.
Si je ne me trompe, c'est là l'enseignement
(!) I. q. 19. a. 2. ad Su™.
(2) Eod. loc. ad 4um.