LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
du Concile du Vatican. Contre la secte panthéiste qui pousse l'absurde jusqu'à considérer l'être fini comme une chute honteuse de l'Être Infini, le Concile atteste que, tout au contraire, le monde a été créé à la Gloire de Dieu : Mundum aclDei Gloriam conditum esse. Dans le chapitre correspondant il explique ainsi ce décret : « Dieu par sa Bonté et sa Toute-Puissance, non pour augmenter sa béatitude, non pour acquérir, mais pour manifester sa perfection par les biens qu'il distribue aux créatures, a, dans un libre conseil, produit les êtres créés (1).)) Saint Aug-ustin avait dit : « Parce que Dieu est Bon, nous sommes : Quia Bonus est, sumus (2) ». Le Concile enseigne : Parce qu'il a plu à sa Bonté de manifester sa perfection par ses dons, nous avons été créés.
Mais cette manifestation de Dieu, cette Gloire restent latentes , pour ainsi dire, dans les créatures sans intelligence. Lorsque le soleil fait tomber un de ses rayons sur les poussières qui
{i)Hicsolus verus Deus,bonitatesuâetomnipotenti virtute, non ad augendam suam beatiludinem, nec ad acquirendam, sed ad manifestandam perfectionem suam per bona quae creaturis impertitur, liberrimo concilio simul ab initie temporis utramque de nihilo condidit creaturam... (Constitut. de Fid. cattiol.. c. 4.) (2) De doctr. christ;, lib. i, c. 32.
flottent dans Tair, il les illumine, et l'éclat communiqué à ces atomes demeure comme suspendu au rayon qui le produit. Cependant, pour qu'on puisse dire que la splendeur du soleil est ainsi manifestée^ il faut un œil auquel soient manifestés et le rayon et les termes qu'il éclaire. — Uhonneur de Thomme est de connaître, non seulement les créatures, mais la relation essentielle qui les relie au Créateur. Car Dieu s'est manifesté aux hommes par les créatures : Beus enim illis manifestavit. Invisibilia enim Ipsius , a creaturâ mundi, per ea quse facta simt, intellecta co7ispiciimtur (1). Les dons que la Bonté Divine a dispersés par le monde sont ainsi la manifestation de la Perfection Divine à Tintelligence humaine, et la puissance de comprendre cette manifestation est, elle-même, le plus grand don fait à la créature privilégiée.
Toujours nous revenons à cette pieuse exclamation de saint Thomas : « Dieu est donc le seul qui soit absolument libéral, puisqu'il n'agit pas pour son utilité, mais uniquement à cause de sa Bonté ». — Bonté sortant d'Elle-même pour s'épanouir dans ses bienfaits, créant
(1) Rom. I, 49, 20.