LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
impossible que celui qui connaît Je principe des choses, en ignore la fin. Le principe des choses est un Etre extrinsèque à l'Univers, savoir Dieu. Il est donc nécessaire que la Fin des choses soit un Bien extrinsèque au monde (1). »
Dieu estla Fin de l'Univers, — la Fin, non pas de Dieu dans ses œuvres, mais la Fin des œuvres de Dieu, — par conséquent le monde est à la Gloire de Dieu. Développons cet argument du saint Docteur, en expliquant son véritable sens.
Dieu est le Principe Créateur de l'Univers^ et le fond le plus intime de la créature est la relation constitutive, en vertu de laquelle chaque être manifeste les perfections Divines. Or l'être est fait pour agir : Eus est 'pro'pter operationem. — Tel être, telle opération: Operatio sequitur esse. — Donc, le fond même de l'opération de l'être créé est une nouvelle manifestation des perfections Divines. Ce n'est pas tout; chaque opération tend vers un but: operatio est py^opte?' /inem, et dans cette fin l'action trouve son terme, l'agent sa propre perfection. Donc la Fin de la créature est de manifester autant que possible les Perfections Divines, en les repro-
(4) I. q. iOS. a. 2.
duisantpar voie d'imitation. « Car chaque chose tend àparticiper à Dieu et à lui devenir semblable autant qu'elle le peut (1). » Donc, en dernière analyse, la créature a pour fin de procurer la Gloire de Dieu.
Ainsi, l'opération de la créature est une coopération à l'acte Créateur, Par son acte. Dieu est d'abord comme sorti de Lui-même pour se manifester dans une effusion de Bonté. Mais en même temps qu'il constitue une créature par une participation de son Etre, il l'anime par une participation de son opération. Puis, en elle et par elle, sa Bonté pousse la manifestation divine jusqu'au plus loin que la créature puisse aller. — Ce plus loin, c'est Dieu même. Car, à mesure que la créature manifeste davantage la gloire de Dieu, elle se rend plus semblable à Dieu.
Il y a donc comme deux mouvements qui vont à la rencontre l'un de l'autre. Le premier, c'est le mouvement par lequel la Bonté Divine s'épanche dans les créatures en manifestant sa Gloire. Le second, c'est le mouvement par lequel les créatures procurent la Gloire de Dieu en courant vers leur Fin, qui est Dieu ; car toute course tend vers un but, le but est le
(4) Eàd, qu. ad2um.