‹ Bañes et MolinaChapitre 159 sur 174 · LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE

expose à nos regards, non seulement la majesté de l'ordre essentiel des choses, mais encore le triomphe final de cette Paix, tranquillité éternelle de l'Ordre ! Cette fois encore, pour mieux comprendre saint Thomas, rapprochons-le de saint Denys.

L'Unité Divine, d'après l'Aréopagite (1), surpasse toute unité finie, parce qu'Elle est la Raison éminente delà multiplicité. Dans l'Etre absolument simple, tous les êtres ont leur principe, leur cause, leur type, la raison de leurs diversités, de leurs similitudes et dissimilitudes mutuelles. En créant, la Bonté n'a donc fait, pour ainsi parler, que projeter sur le néant les rayons épanouis de ses perfections. Rayon d'être sur tout ce qui participe à l'être, rayon de vie sur les êtres vivants, et sur l'homme, nature privilégiée, rayon d'intelligence, rayon d'amour, et jusqu'à un reflet de l'incommunicable Aséité, en vertu duquel l'homme est libre, maître de ses actes, propre ouvrier de ses destinées.

Mais saint Denys nous enseigne encore que tout ce qui participe de l'être, participe de l'unité ; car partout l'unité accompagne l'être. Toute

(l) Voir tout le chapitre sur VUnité. Des noms Divins, ch.13.

la multiplicité des créatures est donc comme imprégnée d'unité, et l'union par l'unité constitue l'ordre qui rapporte leschosesles unesaux autres et qui de la multitude des êtres forme un seul et même Tout, l'Univers, Cette cohésion, ces relations, cette hiérarchie, tout cet ordre en un mot, ne tient et ne subsiste que par la participation de l'unité, et cette participation elle-même n'est qu'une relation d'ordre rapportant tout à TUnité substantielle. — Tel est l'Ordre essentiel que déroule saint Thomas dans son beau tableau, et en vertu duquel tout ce qui existe se rapporte à la Gloire de Dieu.

Si donc la puissance propre de l'Infini comme Etre est de produire l'être, comme Yie de produire la vie, comme Bonté de produire la bonté, son influence propre, comme Unité, est de produire l'unité. Or serait-il possible que l'Etre, la Yie, la Bonté, et les autres Perfections Divines sortissent d'elles-mêmes pour semer leurs bienfaits, sans se faire accompagner par l'Unité, quand c'est elle qui les unit dans une très simple Essence ? Donc, à mesure que ces Perfections, par leur épanouissement progressif, pénètrent chaque chose de la perfection spéciale dont elle est capable, l'Unité les suit, recueillant, ramassant, unissant, mettant en gerbe. Et lorsqu'enfin les

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