LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
2° La Fin est la même pour le Créateur et pour la créature^ mais d'une manière différente. Car la fin de Dieu est de donner, la fin de l'homme de recevoir. Pour le Créateur, cette fin n'est pas un motif, mais simplement un but. Pour la créature, elle est à la fois un but et un motif. Donc Dieu ne se propose pas une fin qui ne contienne pas le bonheur de l'homme. Donc encore, la fin formelle de l'homme n'est pas, dans l'intention Divine, un moz/e?i pour atteindre un but ultérieur.
3" Donc les damnés qui ne parviennent pas à leur fin n'atteignent pas la fin que Dieu leur avait assignée. Ils ne procurent pas par eux-mêmes la Gloire de Dieu, car ^Is sont tombés de l'ordre de la Bonté dans l'ordre de la Justice. — A la vérité, ils restent bien encore d'une certaine manière dans l'ordre de la Bonté, mais ils y tombent au rôle de moyens, en tant qu'ils servent à Dieu pour la sanctification des élus, aux élus pour la g^lorification de Dieu : Omnia propter electos. La prédilection pour les élus est donc le reg-ard de Dieu, en tant qu'iltraverseles réprouvés sans s'y arrêter pour se reposer sur les Prédestinés.
4° La Fin commune à Dieu et à l'homme est que l'homme participe à Dieu. Cette participation, considérée comme sortant de Dieu, est la manifestation de Dieu, c'est-à-dire, sa Gloire ex-
trinsèque ; considérée commereçue en l'homme, elle est le don qui le béatifie Les participations les plus belles sont les participations de sainteté et de vertu, qui associent la créature privilégiée à la connaissance, à l'amour, à la louange de Dieu parDieu lui-même. Ces faveurs élèvent l'homme à cette hauteur que sa fin soit formellement de connaître, d'aimer, de louer, de servir Dieu sur la terre, c'est-à-dire de procurer ici-bas sa plus grande Gloire pour parvenir à jouir de sa Gloire éternelle.
Aux premiers siècles de TÉglise, une secte sacrilège osait opposer le Dieu du Nouveau Testament au Dieu de rAncien. Ce n^est pas le même Dieu, disaient cesManichéens, carTunest doux, l'autre est dur. L'un n'a que des sentiments de bonté, l'autre que des pensées de justice et de vengeance. Or voici comment saint Irénée leur montrait, par l'accord des deux Testaments, quel est le caractère du seul et Vrai Dieu que l'Église adore depuis le commencement du monde (1) :
« Dieu fit Adam, non pas qu'il eût besoin de
1) Iren. cont. Haeres., lib. iv, cap. 4 4.