‹ Bañes et MolinaChapitre 162 sur 174 · LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE

rhomme. Mais il voulut avoir où placer ses bienfaits. Avant Adam, en effet, — quedis-je, — avant toute création, déjà le Verbe glorifiait son Père, au sein de leur éternelle union, et Luimême était glorifié par son Père, comme il le dit : « Mo7i Père, glorifiez-moi de cette gloire que j'ai eue en vous, avant que le monde ne fût {i).J>

c< Ce n^est donc pas pour tirer quelque secours de nos services qu'il nous a ordonné de le suivre, mais bien pour nous sauver. Car suivre le Sauveur, c^est participer au salut, comme suivre la lumière, c'est percevoir la lumière. Or ceux qui sont dans la lumière n'illuminent pas la lumière, mais en sont illuminés; leur illumination est un bienfait pour eux et non pour la lumière. Il en est de même de notre service par rapport à Dieu. Que rapporte-t-il à Dieu ? Quel besoin a-t-il d'hommages humains ? Tout au contraire. Dieu donne à ceux qui le servent et le suivent vie, incorruptibilité, gloire éternelle

« Yoilà donc pourquoi Dieu requiert des hommes leur service. C'est par Bonté, c'est par Miséricorde, c'est pour faire du bien à ceux qui

(1) S. Jean, xvii.,5.

persévèrent dans son service. Car, autant Dieu est au-dessus de tout besoin, autant Thomme a besoin d'être en commerce avec. Dieu, et toute la gloire de Thomme est de persévérer dans le service de Dieu.

« C'est dans ce sens que le Seigneur disait à ses disciples : Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis (1), leur signifiant ainsi qu'en le servant, ils n'ajoutaient rien à sa gloire, mais que par là même qu'ils suivaient le Fils de Dieu, ils participii:i!t à sa gloire., — Et encore : Je veux que là où je suis, ils soient aussi, pour voir ?7ia splendeur (2), rc n pas qu'il voulût tirer de là quelque vaine gloriole, mais voulant que ses disciples participassent à sa gloire. C'est d'eux encore qu'Isaïe disait : De l'Orient j'attirerai votre race, et de l'Occident je vous ramasserai. Je dirai à l'Aquilon : Amène ; à VAuster: IS'ari'ête pias. Attire mes fils du ptlus loin,et mes filles des extrémités de la terre; attire quiconque a été appelé en mon^om, cardans ma Gloire, je l'ai préparé, fait et foriné (3). — Et pourquoi cet appel ? C'est que, partout où est

(1) Jean, xv, 16.

(2) Jean, xvu. 24.

(3) Laïc, XLiii.

le cadavre^ là se réimiro?ît les aigles (1). C'est nous que Dieu a formés, nous qu'il a préparés, pour que, réunis autour de Lui, nous participions à sa gloire ! »

Ces grandes considérations nous ont absorbés longtemps; mais aussi elles établissent les 'ondements vraiment métaphysiques pour la héorie de la Création, et elles nous expliquent e véritable sens de cette proposition : « La gloire extrinsèque de Dieu est la Fin dernière des créaures ».

Ces mêmes principes vont nous fournir la héorie de la Providence et nous permettre de uger cette autre proposition : « On veut la fin ivantles moyens >.

Est-ce là un principe tellement absolu qu'on loive l'appliquer à Dieu aussi bien qu'aux lommes? Telle estla dernière question que nous ivons à résoudre.

(1) Matth., XXIV, 28.

Que cet adage se vérifie dans toutes les entreprises humaines, l'expérience universelle en fait foi. En outre, on peut démontrer qu'à cet égard il y a pour rhomme une nécessité de nature. Je dis « une nécessité de nature », mais de nature finie et contingente. L'homme veut nécessairement le moyen après la fin, parce que sa volonté esiumnote\iTmii,move)îsmotum, c'està-dire parce qu'elle n'agit que par un motif.

On définit le motif ce qui porte à vouloir, et cette définition a un douhle sens que saint Thomas explique en disant : « La volonté est mue par Tobjet qui est bon et par Celui qui cause la vertu du vouloir (1) ».

D'une part, la bonté de l'objet est, dans l'ordre intentionnel, la raison de vouloir, et saint Thomas prouve que pour la volonté humaine aucun objet n'est bon que par sa relation à la Fin dernière ; d'où il conclut qu'un bien particulier ne meut objectivement qu^en tant qu'il est un moyen considéré comme capable de conduire à la béatitude (2). D'autre part, l'acte de vouloir est, dans r ordre effectif,unQTédl\ié,^\\jû(\ue et il est causé par une cause efficiente. « Le vou-

(1) I. q. tOo. a. 4.

(2) I. II. q. 1. a. 6.

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