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LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE

loir, dit encore saint Thomas, n'est rien autre chose qu'une certaine inclination vers l'objet de la volonté qui est le bien universel. Or incliner vers le bien universel appartient au Premier Moteur dM({\ie\. corresponde Fin dernière (\). » D'oii cette conclusion que le propre de Dieu est d'incliner intérieurement la volonté humaine vers sa Fin Dernière.

Ainsi, pendant qu'à l'intelligence la Fin dernière se présente comme le bien suprême vers lequel on doit tendre par les moyens proportionnés, en même temps. Dieu cause effectivement dans l'âme un amour de ce bien suprême, et cet acte vital est, à son tour, cause effective seconde de tous les vouloirs particuliers. On doit donc distinguer dans la volonté deux ordres de causalités : la causalité finale qui dirige les moyens vers la fin, et la causalité effective qui, de l'amour actuel de la fin, passe à l'amour actuel des moyens.

Or, s'il est un principe absolu en métaphysique, c'est à coup sûr le suivant : « Dans l'ordre de la causalité efficiente, la cause précède l'effet, au moins par une priorité logique. » Donc, l'acte d'amour de la fin, acte qui est

cause, précède, au moins logiquement, l'acte d'amour du moyen, acte qui est effet. L'homme, de toute nécessité, veut la fin avant le moyen. A la vérité, la fin est le terme vers lequel il marche par l'action , il exécute d'abord les moyens pour atteindre la fin; mais il n'en reste pas moins que l'amour de cette fin est le premier amour d'où partent ses volontés, l'intention de la fin est la première de toutes les intentions. D'où cet adage, nécessairement vrai pour toute volonté humaine : Primum in intentioiie^ ultimum m€xeci(tio)ie,c'esi-h-àiTe : l'oi'dre d'intention et l'ordre d'exécution courent sur la même voie, mais en sens contraire.

Telle est la loi qui régit la volonté humaine ; mais, remarquez-le encore une fois, cette loi provient de ce que la volonté, cause seconde, est réellement mue par un motif essentiel, et que la vertu de ce motif maintient l'activité de la volonté dans tous les vouloirs particuliers.

Or en Dieu, Cause Première, la volonté n'est pasmwe. La Volonté Divine pose des intentions^ mais ne subit pas l'influence d'un motif. En Dieu, pas de motifs. Donc, il n'y a pas de raison d'appliquer à Dieu la loi suivant laquelle la fin est voulue avant le moyen.

Faisons un pas de plus. Non seulement on ne peut pas prouver que cette loi s'applique à Dieu, mais on peut démontrer qu'elle ne s'applique pas à la Volonté Divine, parce que cette loi, fondée sur le principe de causalité, ne peut atteindre une Volonté qui ne reconnaît aucune cause.

Méditez avec soin le bel article où saint Thomas démontre qiionne peut assigner aucune cause à la Volo?ité Divine (1), et vous reconnaîtrez que sa doctrine est la suivante.

La Volonté Divine embrasse à la fois toutes les choses par un seul et même acte , et cet acte a autant de termes immédiats qu'il y a de choses voulues. Dans chacune , Dieu veut la bonté propre et formelle qu'il y trouve, et il l'y trouve parce qu'il l'y met. Une chose est-elle fin^ Dieu la veut comme une fin. Une chose est-elle moyen^ c'est-à-dire est-elle capable de procurer une fin, Dieu la veut comme un moyen. Une chose a-t-elle une tendance naturelle vers un but, Dieu veut cette tendance et cette relation d'ordre. Vult ea quee simt ad finem ordinari ad finem. Mais aucune causalité ne rattache ensemble les diverses intentions

divines : aucun motif d'aucun vouloir, aucune influence d'aucune intention sur une autre. L'ensemble des intentions divines ne doit pas être assimilé, comme il en est pour nous, à une chaîne dont les anneaux sont suspendus les uns aux autres ; il doit être comparé à un faisceau de lumière, dont tous les rayons partent d'un même centre , mais dont chacun marche en ligne droite pour atteindre son terme propre.

De cette indépendance des intentions divines, il résulte que, sans vouloir une fin. Dieu peut vouloir qu'un moyen soit ordonné pour cette fin; que, sans vouloir un but, il peut vouloir qu'un être tende naturellement vers un but. Vult hoc esse propter hoc, sed non yropter hoc vult hoc (1). Il veut que la graine soit pour l'arbre, mais ce n'est pas pour l'arbre qu'il veut la graine. Que de graines il a voulues et qui ne germeront jamais ! Il veut que le fruit soit l'aliment de l'hoiume, et que de fruits tomberont sans servir à cet usage ! Mais tous ces êtres , s'ils n'ont pas atteint toute leur fin, étaient capables de l'atteindre, et c'est là une

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