LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
même dans l'ordre de la Justice, à moins qu'une nouvelle impulsion Divine ne le reporte dans l'ordre de la Miséricorde.
Telle est la manière dont Molina conçoit la théorie de la Grâce et de la Prédestination. Cette conception fait-elle Dieu moins grand que la conception de Banes ?
Parvenu au terme de cette longue étude de métaphysique, il semblerait bon d'en recueillir toutes les conclusions dans un résumé clair et méthodique. Mais, puisqu'en théologie l'autorité est d'un grand poids, je préfère renvoyer le lecteur à un enseignement qui s'impose de luimême. Je veux parler de cette véritable Somme théologigue que S.Jean Damascène a intitulée : De la Foi orthodoxe, et dans laquelle il a exposé didactiquement toute la doctrine de TEglise Grecque. Je propose donc, comme Molina l'avait déjà fait, ce grand Docteur pour arbitre.
Si l'on me demande pourquoi j'en appelle spécialement aux Pères Grecs, ma réponse est simple : leur doctrine au sujet de la Grâce se présente avec cet honneur, qu'établie dès
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avant l'apparition du Pélagianisme, elle avait si bien confirmé les fidèles dans l'orthodoxie, que cette hérésie n'a pu, malgré tous ses efforts, pénétrer en Orient. En Occident, le ravage fut grand, la lutte terrible, les efforts d'Augustin uniquement appliqués à écraser l'orgueil stoïcien, ennemi impur de la Grâce. Mais, en Orient , l'hérésie ne trouvait aucun appui dans la philosophie universellement admise ; car ce n'est pas un Platon qui eût proféré cet orgueilleuxblasphème ; «Dieu me fournisse richesse et santé; quant à la vertu, je m'en charge ».
Les Pères Grecs, dans le calme de Torthodoxie, étaient donc en mesure de réunir en synthèse les dogmes relatifs à l'action de Dieu et à l'action de l'homme. Voilà pourquoi rien n'est à la fois plus sublime et plus simple, plus métaphysique et plus clair que leur doctrine, telle qu'on la trouve recueillie dans le traité de la Foi orthodoxe.
Ici encore, le point de départ est la Bonté. « Parce que Dieu Bon et suréminemment Bon ne s'est pas contenté de sa propre contemplation, mais que, par un excès de bonté, il a voulu qu'il y eût des enrichis par ses bienfaits et des participants à sa bonté, il a tiré du néant et appelé à l'existence les choses visibles et les choses