LIVRE IV. DE LA CAUSE FINALE
nous appartient ou de rester dans la vertu et de suivre Dieu qui nous appelle, ou de déserter la vertu, ce qui est se mettre dans le mal » (ch . 30).
Tel est l'enseignement des Pères Grecs sur la Grâce et la liberté ; quant à leur théorie de la Prédestination, elle est tout entière contenue dans leur célèbre distinction entre la Volonté antécédente et la Volonté conséquente.
(' Dieu, dit notre saint Docteur, veut antécédemment que tous soient sauvés et parviennent à son royaume ; car il ne nous a pas créés pour nous punir, mais pour nous communiquer sa Bonté, parce qu^il est Bon. Cependant il veut que les pécheurs soient punis, parce qu'il est Juste. Il y a donc un premiervouloir, antécédent etprincipal, ttûoyjyoûiulsvov, vouloir de bon plaisir, qui procède de Dieu même^ è^ avxov 6v. Tl y a ensuite un second vouloir, conséquent, iuàavjov simple permission, dont nous sommes causes. Ce vouloir conséquent est tantôt de correction pour le salut, tantôt de réprobation pour le châtiment éternel » (ch. 29).
Ce passage doit nous rappeler le mot de Tertullien : Deus de suo Optimus, de nostro Justus. C'est la Bonté qui commence ; le vouloir qui part de Dieu seul s'étend à tous les hommes,
antécédemment à toute détermination humaine. C'est un vouloir de salut et de gloire éternelle. La Justice vient ensuite, et détermine en Dieu un vouloir conséquent à nos œuvres.
Mais voici une remarque sur laquelle il ne faut point passer légèrement. Ce vouloir conséquent n'a pour objet que la punition. CommenI donc est voulue la récompense ? 11 faut bien que ce soit par la volonté antécédente. — Quelle lumière! La Volonté « antécédente et principale », la Volonté qui part uniquement de la Bonté, contient donc pour tous les hommes non seulement la Grâce, mais aussi la Gloire. Le juste reste dans le même vouloir de Bonté jusqu'au bienheureux terme, a Ses bonnes actions sont voulues et approuvées par cette Volonté antécédente » (ch. 29). Prévenu par ce vouloir de Bonté avant tout mérite de sa part, soutenu et comme porté par le flot de ce même vouloir pendant toute sa vie vertueuse, il parvient à Dieu sur ce flot qui rentre dans sa source. Quant au pécheur, il sort de ce courant de Bonté; il tombe dehors, suivant l'expression de saint Thomas. Il tombe parce qu'aucun vouloir Divin ne soutient ses œuvres mauvaises ; car «Dieu ne veut les péchés ni par sa Volonté antécédente ni par sa Volonté conséquente. Il se contente délaisser passage au libre arbitre» (ch. 29).