LIVRÏ IV. DE LA CAUSE FINALE
Le pécheur est tombé. Sa relation avec la volonté de Dieu n'est plus la même : il cesse d'appartenir à la Yolonté antécédente ; il n'est plus l'objet que d'un vouloir conséquent à sa chute, vouloir de justice et de châtiment, et ce châtiment est essentiellement la privation de la Bonté qu'il a méconnue.
On s'étonne parfois de ne pas trouver dans les Pères Grecs le dogme de la Grâce enseigné avec de longs développements. Mais tout le traité de la Grâce n'est-il pas contenu dans cette distinction entre la Volonté antécédente, toute de bonté, et la Volonté conséquente, toute de justice vindicative ? Que voulez-vous entendre affirmer ? — La gratuité de la Grâce ? Mais la Grâce est l'effet de cette Volonté antécédente qui procède de Dieu seul. — La nécessité de la Grâce ? Mais tout bien procède de la Volonté antécédente . — La gratuité delà Préd estination totale ? Mais le principe et la voie et le terme du salut, tout se rapporte à la Volonté antécédente, tout est voulu et fait par cette Volonté de bonté et de miséricorde , qui ne procède que do Dieu, él (xmov ov (1). — Le caractère négatif de la
(4) TertuUien expose la inème doctrine dans le passage dont j'ai tiré son bel adage :... apud Deum tam Optimum quam et Justum; de Suo Optimum, de nostro Justum. Nisi
346 baSes et molina.
réprobation? Mais c'est par une chute non voulue par Dieu, que l'homme tombe dans la Volonté conséquente. Perditio tua, Israël : tantummodo in me auxilium tuum. (Osée, xiii, 9.)
Il reste toujours un mystère qu'on ne peut sonder ; c'est le mystère même de la Prédestination. Pourquoi saint Pierre est-il prédestiné et Judas réprouvé ?
Devant ce mystère impénétrable, le fidèle se prosterne et adore. Mais l'impie blasphème et demande comment un Dieu bon a pu créer des êtres dont il prévoyait le malheur éternel. Or, si le chrétien doit renoncer à démontrer les mystères de la foi, il doit cependant être toujours prêt à répondre aux objections de l'impiété, et sa réponse doit être telle que le dernier mot reste à la vérité.
Ne nous abusons pas : cette objection, tirée du mystère delà réprobation, est connue et comprise aussi bien des ignorants que des philosophes ; car elle n'est autre chose que l'appa-
enim homo deliquisset. Optimum solummodà Deum nosset ex naturœ proprietate ; at nunc etiam Justum Eum patitur ex causœ necessitate. (De resurrect. caro., c. 14.)