‹ Bañes et MolinaChapitre 170 sur 174 · LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE

rente opposition entre la Bonté du Créateur et le malheur de la créature. Or je ne connais personne qui Tait abordée de front avec autant de hardiesse que saint Jean Damascène dans son magnifique Dialogue contre les Manichéens (l). Cette hardiesse n'est-elle pas la meilleure preuve de la sûreté de sa doctrine ?

Pourquoi (2), dit le Manichéen, Dieu a-t-il créé le démon? — C'est par bonté et pour le rendre heureux. — Mais Dieu s'avait que le démon serait malheureux. — N'importe, puisque c'est uniquement par sa faute que le démon se damne. — Je vous l'accorde. Mais, comment un Dieu bon, sachant que le démon se damnerait par sa faute, l'a-t-il créé malgré cette prévision?

Voilà bien l'objection dans toute sa force, et, je le répète , elle se présente d'elle-même à l'esprit de tous ; on vous la proposera dans les rues et dans les champs. Il ne suffit pas d'y répondre : c'est un mystère, il faut montrer au moins qu'il n'y a pas contradiction.

Répondrez-vous que Dieu avait besoin d'un damné pourmanifester sa Justice vindicative? —

\\) Voir Migne, Patrolog. Grecq., t. xc. (2) lbid.,col, 1340.

Mais la Bonté, que devient-elle? — Direz-vous que Dieu satisfait suffisamment à sa Bonté , en accordant au démon la grâce qui donne le u pouvoir » sans lui donner « l'agir »? — Mais pourquoi un Dieu bon a-t-il refusé « l'ag^ir » ? Pourquoi un Dieu bon a-t-il créé un être qui, parce refus de grâce efficace, tombe infailliblement dans le malheur? — Loin de résoudre la contradiction apparente, votre réponse la corrobore.

Eh bien , demandons la réponse à saint Jean Damascëne. Le premier mot, dans sa théorie, est à la Bonté ; le dernier restera à la Bonté. C'est, dit-il, parce que si la faute future empêchait de créer par Bonté, la malice prévaudrait contre le bien, le mal vaincrait la Bonté de Dieu: 10 zaxôv Èvtxa àv tyjv toù Qeoù à-ya^oTTOTa (1).

Méditez à loisir cette réponse si courte. Le bien est la grâce donnée par la Bonté. Cette grâce est bonne, puisqu'elle contient tout ce qui peut faire le bonheur de celui qui la reçoit et la garde. Elle est bonne; donc Dieu peut la donner par Bonté. Par conséquent, envisagée en elle-même, elle est un possible réalisable, elle peut devenir le terme d'un vouloir Divin. Mais, si la prescience du mauvais usage que le pécheur

(4) Foi orthod., liv. 4, ch. 21.

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