‹ Bañes et MolinaChapitre 17 sur 174 · LIVRE I. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — HISTORIQUE

Saint Thomas exig-erait, lui aussi, une longue étude, sans parti pris de l'attirer dans un sens ou dans un autre. J'avoue qu'il m'est difficile d'admettre avec le P. Schneemann (1) que tout ce que dit saint Thomas de la coopération divine se réduise à un simple concours simultané, tel que l'entend Suarez. Là encore, les Dominicains avaient la partie belle contre les Jésuites, en accumulant les textes où le Docteur Ang-élique affirme une motion divine tombant sur la facultéhumaine.Mais, d'un autre côté, il a été facile au P. Schneemann de prouver que jamais saint Thomas n'a connu les prédéterminations physiques, et que Banes détourne de leur sens naturel les textes dont il se prévaut (2).

Mais, sans recourir à une discussion de textes que je réserve pour plus tard, on peut déjà invoquer contre les interprétations thomistes un argument, à la vérité extrinsèque^ mais bien

concluant. Lorsqu'on attribue à un philosophe de génie une théorie qui aboutit logiquement à une difficulté considérable, on doit toujours supposer que cette haute intelligence a vu la difficulté, et que , l'abordant de front, il l'a exposée clairement et résolue directement. Or, nulle part, dans les œuvres de saint Thomas, on ne trouve mentionnée d'une manière explicite la difficulté énorme qu^éprouvent les Bannésiens à sauvegarder la liberté humaine. Celte difficulé n'a pas été soupçonnée par saint Thomas. Donc elle n'existe pas dans sa théorie de la coopéralion divine. Donc cette théorie est différente du système qu'on lui attribue.

Cet argument constitue une fin de non-recevoir, dont les Bannésiens doivent triompher avant de s'attribuer le titre de Thomistes.

Plus écrasant encore est l'argument que le P. Schneemanu puise dans l'histoire de la théologie.

Les Bannésiens en appellent toujours à saint Thomas contre les « nouveautés » de Molina. Eux seuls comprennent la doctrine de saint Thomas, car c'est à leur Ordre qu'est échue la mission de conserver intact ce trésor. — Je le veux bien. Mais alors on doit trouver dans l'école dominicaine une tradition non interrompue, interprétant constamment le Maître

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