LIVRE 1. HISTORIQUE. lo
comme vous le faites. Que dire , si l'on constate que cette tradition n'a jamais existé? Vous faites ajDpel à latradition contre la nouveauté : vous avez raison. Mais que conclure, si l'on découvre une tradition constante, universelle, qui vous soit contraire? A qui s'appliquera le titre de novateurs? Pourrez-vous être blessés qu'on vous refuse le nom de Thomistes, et qu'on ne tolère au plus que celui de Néothomistes ?
J'engage àlirecetexposéconçud'une manière à la fois large et didactique II est divisé en épo • ques distinctes au point de vue théologique. C'est d'une bonne méthode; car les controverses n'ont pas le même objet avant et après l'apparition d'une hérésie nouvelle ; les dogmes s'éclaircissent par une définition conciliaire , le langage lui-même devient plus précis parla discussion. Ainsi, par rapport au libre arbitre, autres étaient lespréoccupations avant et après Baius et Calvin. De même encore, les mots : grâce effioace, ont eu plusieurs significations, et il est nécessaire, lorsqu'on les rencontre dans un texte, de tenir compte de répoque(i).
(1) Voir, en particulier, une double signification de ces mots expliquée par le Dominicain Henricus Gorcumiensis,
16 BA?fES ET MOLINA
Ici le P. Schneemann déploie une richesse incomparable de témoignag-es, passant en revue tous les anciens théologiens, et spécialement ceux de l'Ordre de saint Dominique (1). Tous, surtout après l'apparition du protestantisme, parlent le langage moliniste bien avant Molina, soit pour défendre le libre arbitre, soit même pour établir une prédestination à lag-loire postérieure à la prévision des mérites. Mais ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que tous prétendent s'inspirer de saint Thomas, etquctousl'interprètent dans ce sens. Quiconque parcourra cette longue chaîne de témoignages devra conclure avec ce Dominicain, Bannésien converti, que nous avons déjà cité : « Avant les controverses entre les Jésuites et les Dominicains, les ordres célèbres de saint Dominique etde saint François, qui occupaient presque toutes les chaires et dirigeaient la plupart des universités, avaient en horreur les décrets antécédents et prédéterminants Qu'en conclure? ou que les anciens
Thomistes ne comprenaient pas la doctrine du Maître, ou que nos modernes l'interprètent mal. Mais, d'ordinaire, le fleuve roule une eau d'au-
auteur du Supplément de la Somme de saint Thomas. Schneemann, pp. 103 et 104.
(1) P. 98. Devetere scholâ S. Thomœ.