LIVRE IV. — DE LA CAUSE FINALE
ferait de cette grâce empêchait Dieu de la donner, la malice de la créature fermerait certaines voies à la Bonté du Créateur; un possible deviendrait imjiossible, le m«/ vaincrait le Bien.
Appliquez maintenant cette même pensée, non plus à une grâce particulière, mais à toute l'histoire d'un damné, et vous comprendrez l'impuissance du mal contre le Bien. Toute cette histoire est Miséricorde du côté de Dieu, méchanceté du côté de l'homme. Mais la prescience de Tabus des grâces est sans influence sur la Volonté antécédente de faire du bien.
Telle est la victorieuse réponse du Docteur Grec, et, selon moi, c'est le dernier mot de la question ; car c'est répondre par la notion même du bien et du mal, — du bien toujours puissant, du mal toujours impuissant.
Mais je veux citer tout un passage du Dialogue, où saint Jean Damascène montre la distinction qu'il faut faire entre le don fait par Dieu et l'acceptation par l'homme de ce don ; entre la motion qui élève et perfectionne la nature et le mérite ou le démérite personnel ; entre la Volonté antécédente qui est cause efficace de tout bien, et la simple permission du mal qui laisse le livre arbitre tomber daas la Volonté conséquente.
350 baSes et molina.
Le Manichéen demande : Pourquoi le Seigneur a-t-ii dit : // eût été bon à cet homme de ne pas naîtrei^ldXCo.. xxvi, 34)? Et saint Damascène répond (1) :
« Parce que s'il convient que celui qui est bon donne des biens, il y a honte et opprobre, pour celui qui reçoit, à ne pas garder les biens reçus^ cette perte ne provenant pas du donateur mais de la propre lâcheté de l'ingrat. Dieu étant bonne peutpas ne point donner des biens ; il ne peut pas, j'entends par là, il ne veut pas. Mais celui qui se refuse à recevoir ces biens doit s'en prendre à lui-même de ce qu'il devient, aÙTÔç ï(^mQ\i aÏTioç (2), par là même qu'il choisit de refuser au lieu d'accepter. Il n'est donc ni juste, ni convenable, que ce refus d'accepter empêche Celui qui est Bon de bien faire et
[K) Migne, col. io68.
(2) Méditez ces trois mots : Etre cause de soi-même. C'est le caractère d'absurdité que présente le péché. Saint Anselme s'exprime dans les mêmes termes : Pourquoi le Démon a t-il abandonné la justice originelle- Parce qu'il l'a voulu. — Cur ergo voluit ? Nonnisi quia voluit (sa volonté) ipsa sibi causa fuit, si dici potest, et effectus (De casu Diabol., c. 27). — C'est aussi le caractère de malice et de malheur essentiel au péché; car être sa propre et unique cause, c'est se mettre hors des influences de la Cause de tout bien.