LIVRE I. — .HISTORIQUE
une doctrine qui était traditionnellement admise avant et pendant le concile de Trente, et qui a g-uidé les Pères dans leurs définitions dogmatiques. C'est le cas de répondre comme l'agneau delà fable: •
Comment l'anrais-je fait, si je n'étais pas né ?
Et vraiment on se demande ce qui aurait poussé les Jésuites à cette entreprise d'innovation. Homme d'action, saint Ignace n'estimait la science qu'en tant qu'elle est utile ; aussi a-t-il enjoint à ses enfants de s'attacher à la doctrine sûre et commune. Ceux-ci, fidèles àla recommandation de leur Père, ontsuivi l'enseignement universellement admis de leur temps. Pourrais-je passer ici sous silence le témoignage du grand Sorboniste Isaac Habert ? « C'est, dit-il, dans l'école de Paris que les PP. Jésuites ont appris. C'est le sein fécond de cette école qui a donné à leur doctrine naissance, berceau, lait maternel. Ces Pères aiment à le reconnaître et à en tirer honneur (1). » Oui, j'aime aie redire à mon tour, Paris a cette double gloire d'avoir fourni à la Compagnie sa patrie d'origine et les doctrines qui lui sont les plus propres : double lienquirattache,par l'affection et la reconnnaissance, notre Ordre à Paris et à la France,
Les enfants d'Ignace n'ont donc jamais eu que la prétention de suivre l'enseignement traditionnel. S'ils se sont surtout préoccupés du dogme de la liberté, c'est la conséquence de leur vie militante. Placés en face des protestants allemands et des Baïanistes belges, ils durent défendre contre l'erreur les dogmes spécialement attaqués, et ils ont usé pour cela des mêmes armes que les Dominicains combattant au même front de bataille.
Mais, pour en finir une bonne fois avec ce mot de novateurs, grave injure en théologie, je propose des juges qu'on ne peut récuser.
En 1551, c'est-à-dire près de 40 ans avant l'apparition du livre de Molina, Pierre Soto (1), Dominicain favorable aux opinions dont Banes devait être le coryphée, écrivait en gémissant: «Je vois de nombreux catholiques, et e;^/?«r^^c^/lier presque tous ceux qui sont connus par leurs écrits contre les hérétiques, estimer qu'on ne peut accorder les deux dogmes qui concernent le libre arbitre et la nécessité de la grâce, à moins d'admettre, d'une part, que la grâce divine, dont on a besoin pour se convertir, est présente à tous et n'est refusée à personne ; et, d'autre part, que,
(1) Il ae faut pas confondre Pierre Soto avec le célèbre Dominique Soto très opposé à l'opinion bannésienne.