LIVRE I. — HISTORIQUE
celte grâce étant donnée, il reste libre à chacun, en vertu même de la force et de la nature du libre arbitre, d'en user ou de la repousser». — Je le demande, n'est-ce pas là le molinisme le pluslibéral ? Hé bien! Pierre Soto, après avoir cité, parmi les soutenants de cette doctrine, de g-rands noms et la Faculté tout entière de Paris, conclut ainsi: «Les choses en sont à un tel point que l'Église tout entière semble déjà entraînée à cette doctrine, et plusieurs même interprètent les décrets du concile de Trente comme si ce point y avait été spécialement défini (1) ».
Voilà pour répondre à ceux qui accusent Molina d'innovation.
Et maintenant veut-on savoir comment Banes a été jugé par quelques Dominicains de son temps ?
C'est le Dominicain Médina, professeur à Salamanque en même temps que Banes, qui taxe de nouvelle et inouïe, nova et inaudita^ une opinion de celui-ci sur la justification, opinion déduite logiquement de son système (2).
C'est le DominicainFr.de Araujo, professeur, lui aussi, à Salamanque, quelques annéesaprèsla
mort de Banes, qui écrit :« J'admire comment certainsthéologiens novices, dont beaucoup suivent sans examen les opinions de leurs maîtres, prétendent qu'on ait en eux une foi si vive que, venant après eux, nous soyons tenus de croire leur prédétermination physique de la volonté humaine, bien qu'on ne la trouve ni dans les conciles, ni dansles Pères, et qu'on n'y parvienne que par un raisonnement fallacieux (1) ».
Les Bannésiens s'offusquent de l'appellation de Néothomistes. Mais un Dominicain, enseignant à la Minerve peu après la mort de Banes, Jean Gonzalès Albeda, les appelait déjà « les jeunes Thomistes », juniores Thomistas, et illes combattait en s'appu^ant sur l'autorité de « la vieille école (2) w.
11 n'est g-uère possible que l'exposé précédent n'ait pas soulevé une grosse difficulté dans l'esprit du lecteur. Si la doctrine moliniste était