‹ Bañes et MolinaChapitre 23 sur 174 · LIVRE I. HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE I. HISTORIQUE

universellement admise, comment a-t-on traîné Molina comme un novateur à la barre du Saint- Siège ? Si le système de Bailes a été repoussé à sa naissance parles Dominicains les plus marquants, comment s'est-il opéré en quelques années un revirement tel que l'Ordre tout entier de saint Dominique ait pris fait ef cause pour les décrets prédéterminants ?

Cette difficulté arrêtera, j'en conviens, l'âme assez débonnaire pour croire que les doctrines se débattent uniquement dans le champ de la froide raison, avec les seules armes delà logique. Mais elle embarrassera moins celui qui se rappelle cette sentence d'Aristote que « la raison est la faculté du pour et du contre )),et cet enseignement de saint Thomas, que l'intelligence est souvent fixée par la volonté. C'est que la passion a plus d'influence que la logique sur le commun des hommes ; rien n'est plus agissant (jue l'esprit de parti ; la violence est un moyen de succès, même dans les débats de l'esprit.

Il appert, en effet, par l'histoire, que la grande discorde théologique qui nous occupe prit sa source dans une certaine prévention de quelques Dominicains espagnols contre la Compagnie de Jésus.

Ignace de Loyola n'avait pas été nourri dans un cloître, mais dans un camp. Converti, il ne

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prétendit pas augmenter le nombre des couvents, mais lever une compagnie de prêtres soldats, comme le prouve le nom qu'il donna à son Ordre. Pour approprier ses constitutions à cette fin militante, il dut s'écarter en plusieurs points des lois communément admises dans les autres ordres , par exemple relativement à l'office du chœur, à la solennité des vœux, au mode d'élection des supérieurs. On nous permettra, à nous ses enfants, d'attribuer ces modifications, non pas simplement au génie pratique de notre saint fondateur, mais à une direction positive de la Providence. Car nous voyons les congrégations actuelles copier nos constitutions, et le Saint-Siège imposer à d'anciens ordres certains points de notre législation intérieure.

Mais ces nouveautés furent mal accueillies par les Dominicains d'Espagne. Si, dans son chef-d'œuvre théologique, le célèbre Melchior Cano a contesté auSaint-Siège l'infaillibilité dans Tapprobation des ordres religieux, c'est, dit-on, par hostilité contre l'Ordre récemment approuvé. Banes, malgré la bulle : Asce?idente Domino, enseignait publiquement que la solennité des vœux est essentielle à l'état religieux, et lorsque le Nonce Apostolique le rappelait au respect des décisions pontificales, il s'abritait sousl'au-

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