LIVRE I. — HISTORIQUE
torilé de saint Thomas comme dans un refuge inviolable (1).
Une fois l'hostilité déclarée, on surveilla d'un œil ennemi toutes les paroles et les démarches dos Jésuites , car on avait des revanches à prendre. Faut-il s'étonner qu'on se soit groupé rapidement autour d'un théologien autant renommé par son savoir que par son antipathie pour l'Ordre nouveau ? Banes en appelait toujours à saintThomas, et saint Thomas estla gloire de l'Ordre. Les Frères-Prêcheurs avaient droit d'être fiers de leurs longs services dans l'Eglise, et Banes se posait en champion de cet honneur. Il s'irritait lorsquele Saint-Siège tenta d'étouffer les discordes de doctrine, en imposant le silence aux deux partis ; il s'insurgeait contre cette égalité dans les conditions imposées. « Grâce à ce décret, disait-il, les théologiens de la Compagnie se glorifient et se vantent d'avoir été mis de pair avec nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur (2) .»
Ainsi, des théories abstraites prenaient peu à peu un corps de chair et de sang. Un problème dépure théologie se transformait en cette
question brûlante : Lequel des deux ordres l'emportera ?
On viendrait me monlrer, pièces en mains, que les Dominicains n'ont pas élé les seuls à subir l'influence de l'esprit de corps, que je n'en serais pas surpris. Il est fort possible, bien que je n'en connaisse pas la preuve, que certains Jésuites aient été entraînés en quelque chose par la jq,ctance espag-nole, et se soient échappés en quelques-unes de ces saillies si naturelles à une vie qui commence à se sentir forte. En tout cas, des prétentions blessantes ne rendraient que mieux explicable le zële dos confrères de Banes à soutenir le vaillant chevalier de saint Thomas et de l'honneur dominicain.
Or, en ce temps-là, il y avait diversité d'enseignements dans les ordres rivaux. A Salamanque, Banes, réunissant en corps de doctrine certaines conceptions auxquelles entraînait déjà le formalisme régnant dans son école, fondait son système des « décrets prédéterminants » et, selon sa coutume, plaçait ses opinions sous l'égide de saint Thomas (1).
A Coïmbre, Molina enseignait « la science moyenne ». Si ce mot était de lui, la doctrine exprimée était déjà soutenue dans la Compagnie,