LIVRE I, — HISTORIQUE
à Louvain par Bellarmin et Lessius, à Ingolclsladt par Grégoire de Valentia, à Salamanque même par Prudence de Montemayor. Le maître de cette brillante école avait été le Jésuite portugais Pierre Fonseca, le plus grand métaphysicien qu'ait enfanté la Compagnie de Jésus, le même qui, tiré de sa chaire et contraint de s'asseoir dans les conseils de l'Etat, mérita du Portugal reconnaissant le titre de Père de la Patrie. A ce grand homme revient en propre la gloire d'avoir réuni dans une même synthèse les principes, admis de tous, touchant la Prédestination et la liberté humaine. Ce fut là pour la science théologique un grand progrès , un légitime progrès conformément à la règle : non nova, sed nove; et ces deux mots, unis ensemble, protègent Fonseca contre l'épithète de novateur et attestent ses droits au titre de rénovateur. Q\iai.Ti\. à Molina, son nom est resté attaché à cette belle théorie, parce que son livre a servi de bouclier pour la défendre.
Les deux enseignements opposés devaient nécessairement se heurter, et c'est par une attaque de Baiîes contre Molina que se produisit un choc d'oii résulta tant d'agitation. Je me contenterai d'esquisser à grands traits les phases principales de cette longue guerre, et je renvoie pour un récit complet au, livre du
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P. Schneemann. La lecture de son ouvrage, j'en préviens, est peu attrayante, soit parce que celle histoire se trouve fataloment engagée dans un dédale de marches et de contremarches, soit parce que le narrateur est arrêté à chaque pas par la discussion de faits contestés ou d'allégations inexactes Mais, jele répète encore une fois, on ne peutpas apprécier celte querelle en parfaite connaissance de cause, si l'on n'apas étudié ce sérieux ouvrage.
A regarder les choses de loin, on se figure trop aisément que le calme a entouré ces graves assises de la pensée. Mais une phrase du P. Schneemann suffit pour dissiper une illusion aussi naïve : « Il se fit, dit-il, une grande agitalion en Espagne, où, de jour en jour, plus de religieux, de prêtres et même de laïques prenaient parti dans cette querelle. Il n'était personne qui ne disputât sur l'efficacité do la Grâce , comme nous lisons qu'au temps d'Arius on le fit sur l'éternelle naissance du Christ , comme nous avons vu de nos jours disputer sur l'Infaillibilité Pontificale (1) ». Ces quelques mots nous préparent à rencontrer dans notre histoire des intrigues, des habiletés de tactique,