LIVRE I. HISTORIQUE
que leurs adversaires de se poser en accusateurs, ils durent s'asseoir sur la sellette des accusés, et depuis ce jour Molina ne fut plus qu'un prévenu. Un prévenu reste toujours suspect : les Dominicains se sont bien gardés de le laisser oublier !
J'ai dit que, malgréles efforts de Bafies, les Inquisiteurs de Portugal et d'Espagne avaient autorisé la publication de la Concorde. Certes, on avait le droit d'en appeler à Rome de ce jugement ; mais l'équité afait prévaloir dans toutes les jurisprudences cette règle que, dans ces sortes d'appels, on commence par informer sur le premier arrêt et par écouter les premiers juges.
Ici rien de semblable. La commission procède du premier coup sur le fond, comme s'il n'y avait à tenir compte d'aucun antécédent juridique (1). Elle rédige une première censure tellement à la hâte que le Pape s'en étonne et la renvoie à un second examen qu'on précipite encore.
Déjà, on écrit en Espagne que le Jésuite va être condamné. Molina s'empresse d'envoyer à Rome des procureurs qui le défendent, et ses amis effrayés implorent et obtiennent à la Cour d'Espagne de puissantes intercessions. Sur la prière de Philippe III , le Pape , animé lui-
^1) P. 247. etseq.
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même de paternelles intentions pour la Compagnie, tente les voies de conciliation, et, dans ce but, institue des colloques entre les chefs des deux ordres. Les Jésuites en profitentpour tâcher de regagner le terrain perdu. Ils présentent l'attaqoe aux Bannésiens ; ceux-ci se dérobent à la discussion de leur système. Les Jésuites demandent que du moins la lutte ne porte que sur la théorie de la Grâce efficace ; leurs adversaires maintiennent contre Molina tous leurs droits d'accusateurs. Aux colloques succèdent les mémoires et les contre-mémoires, et, toute entente ayant été reconnue impossible, le Pape met fin à des réunions stériles.
Alors le procès de Molina reprend son cours avec une égale activité dans l'attaque et la défense. Deux fois, Clément VIII, par esprit d'équité, fait communiquer aux Jésuites les projets de censure ; deux fois, ceux-ci les repoussent comme injustes et calomnieux et vont jusqu'à se plaindre d'altérations dans le texte de Molina (d).
Enfin, les censeurs portent au Pape une troisième et dernière censure^ avec toutes les pièces du procès (2). L'affaire est arrivée à son terme.
(2) P. 272 et seq.